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ILERI-Défense

Égypte: Case prison pour les figures de la révolution

6 Mars 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Le militant Alaa Abdel Fattah lors de son procès au Caire
Le militant Alaa Abdel Fattah lors de son procès au Caire

En enfermant les acteurs emblématiques du “printemps arabe”, le président Sissi veut montrer que l’ordre règne à nouveau.

La révolution de la place Tahrir le 25 janvier 2011 avait propulsé de nouveaux visages sur le devant de la scène égyptienne. Quatre ans plus tard, les mêmes visages apparaissent à nouveau dans les médias. Mais aujourd’hui les photos les montrent derrière les barreaux. C’est ainsi que le nouveau régime du maréchal Abdelfattah Al-Sissi envoie à l’opinion publique le message que la révolution c’est terminé. Désormais, la place des révolutionnaires est en prison, si ce n’est au cimetière.

Et les mêmes chaînes de télévision qui avaient célébré ces jeunes pour leur refus de la tyrannie s’acharnent aujourd’hui à les dénigrer. Voici quelques exemples. Ce n’est certainement pas un hasard si Alaa Abdel Fattah a choisi le métier de développeur informatique. Fils légitime d’Internet, Alaa tenait un blog sous le pseudonyme de “Dragon Rose”. Maniant l’ironie, qui est l’arme la plus redoutable contre les tyrans, il avait fait de son blog la tribune la plus virulente contre les pratiques policières.

Sous l’ancien régime de Moubarak, il avait déjà été emprisonné. Il a également connu la prison pendant la période de transition, sous le Conseil suprême des forces armées [dirigé par le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui entre février 2011 et juin 2012], puis sous la présidence du Frère musulman Mohamed Morsi. Et le voilà de nouveau en prison sous la présidence de Sissi. Depuis son dernier procès, les médias égyptiens n’ont cessé de publier des images de lui qui ne sont pas sans rappeler la macabre mise en scène de Daech sur la vidéo montrant le pilote jordanien Maaz Al-Kassasbeh enfermé dans une cage avant d’être brûlé vif [l’accusé comparaissait enfermé dans une cage grillagée].

On a du mal à le reconnaître tant il est amaigri et semble affaibli depuis sa grève de la faim. Le régime égyptien a fait exprès de diffuser massivement ces photos. A l’instar de Daech, il cherche à terroriser et à briser la volonté de tous ceux qui étaient descendus dans la rue ces dernières années. Le message est le suivant : voilà ce qui arrive quand on défie l’autorité de l’Etat. Mahinour Al-Masri, 29 ans, est une autre victime. Le régime persiste à l’enfermer comme un oiseau dans une cage.

On la surnomme “Hypatie d’Alexandrie”, en raison du charme et du courage qu’elle a en commun avec cette célèbre figure de l’Alexandrie antique. Issue d’un milieu bourgeois, elle avait rejoint les ouvriers en grève en 2008. Avocate, elle défendait les familles de prisonniers dans sa ville d’Alexandrie. Elle avait été l’une des premières à révéler l’affaire Khaled Saïd, le martyr mort sous la torture [en 2010], qui a donné lieu à l’un des slogans de la révolution : “Nous sommes tous Khaled Saïd.” “Les six filles”, c’est ainsi que les médias ont désigné six jeunes femmes qui ont été traînées par terre, dénudées et tabassées par les forces de l’ordre lors d’une manifestation devant le Conseil des ministres en 2011.

Parmi elles, Hend Nafea, qui a été traduite en justice comme une criminelle. Le 4 février dernier, elle a été condamnée à perpétuité avec 229 coaccusés, tous pour le même motif : la participation à cette manifestation de 2011. Après le procès, elle a diffusé une photo où on la voit menottée sur un lit d’hôpital militaire, après avoir été agressée par la police. Elle l’a publiée sur Facebook avec le commentaire suivant : “C’est un cadeau au juge Chahata, qui m’a condamnée aujourd’hui à la prison à vie avec 229 personnes pour avoir manifesté en scandant ‘Pain, liberté, justice sociale’. Il aurait mieux fait de condamner les policiers qui m’ont traînée par terre et qui ont détruit ma vie.” [Parmi les coaccusés,] il y a également Ahmed Douma, 25 ans, qui avait été arrêté en janvier 2012 pendant quinze jours.

Alors qu’il était derrière les barreaux, il avait signé la pétition demandant la chute du président Mohamed Morsi. Après la destitution de celui-ci, sous la présidence temporaire d’Adli Mansour, il avait de nouveau été emprisonné. On avait espéré qu’il pourrait bénéficier d’une amnistie présidentielle à l’occasion du quatrième anniversaire de la révolution, en janvier dernier. Son exemple montre parfaitement que personne n’est à l’abri du pouvoir actuel, celui-là même qu’Ahmed Douma avait initialement soutenu pour renverser les Frères musulmans.

Source: Courrier International, extraits traduits d'un article par Ahmed Medhat publié dans An-Nahar le 21 février

relayé par B.L.

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