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ILERI-Défense

Le groupe Janus précise son projet de garde nationale (actualisé)

28 Mars 2012 , Rédigé par ileridefense Publié dans #France

Devant l'abondance des commentaires suscités par la publication de la tribune du groupe Janus, il nous a paru nécessaire de revenir avec l'un de ses membres sur la proposition phare du texte : la création d'une garde nationale. Notre interlocuteur s'explique aussi sur la démarche du groupe, ses objectifs, son (non) positionnement politique, les raisons de son anonymat. Précisons que nous connaissons depuis quelques mois la démarche de ce groupe et quelques-uns de ses membres. Ce sont des défenseurs de l'institution, qui veulent la voir se prémunir contre une réduction de format irréfléchie à l'occasion des prochaines et inéluctables réductions budgétaires. Leur démarche se situe donc très loin de l'option vivement polémique choisie naguère par le groupe Surcouf. Ce n'est vraiment pas faute de le leur avoir proposé, mais ils ne souhaitent pas apparaître au grand jour. Pour l'instant ?

Le Point : Certains de nos lecteurs vous soupçonnent de connivence avec le Front national, qui a, lui aussi, proposé la création d'une garde nationale, tout comme Charles Pasqua en son temps. Que répondez-vous ?

Notre démarche est complètement apolitique. Elle ne fait suite à la demande d'aucun parti ni à aucune impulsion politique. L'objectif de Janus n'est pas de réfléchir en priorité aux missions ou à la problématique d'emploi, mais à l'organisation de l'outil militaire et à son adaptation aux budgets, dans un contexte global. Il n'y a là-dedans rien de politique !

 

La garde nationale que vous proposez remplirait des missions actuellement confiées à la gendarmerie, à la sécurité civile, aux armées ou à leurs réserves opérationnelles. Ne serait-il pas plus judicieux d'étoffer ces structures, de préférence à la création d'une nouvelle ?

Le premier point de chevauchement n'est autre que Vigipirate, mission à vocation principalement dissuasive dans laquelle les armées subordonnées aux forces de sécurité intérieure assurent une présence. On voit bien que la garde nationale remplacerait utilement les militaires dans ce type de missions, qui sont sans doute appelées à se développer. Elle serait orientée vers des missions de service public : catastrophes, protection de l'environnement, protection des côtes, y compris en cas de pollution, en relation avec la Société nationale de sauvetage en mer. La garde nationale remplirait des quantités de missions actuellement assurées par des ministructures, qui seraient mieux coordonnées et organisées à partir des régions. Les missions prioritaires seraient liées à la continuité des services publics et accessoirement militaires.

 

Dans votre esprit, la garde nationale remplacerait-elle la gendarmerie d'active ou sa réserve opérationnelle pour la sécurité de grands événements sportifs ou culturels ?

Elle ne remplacerait pas la gendarmerie ou la police dans de telles circonstances, car ces dernières ont des prérogatives exclusives, y compris en matière de maintien de l'ordre et de police judiciaire. Mais elle les renforcerait éventuellement. Exemple, parmi tant d'autres : pourquoi pas ne pas aider sur les routes, durant l'été ?

 

Vous expliquez que les membres de cette garde nationale seraient des cadres venant de l'armée d'active, pour 20 % d'entre eux. D'où viendraient les 80 % restants ?

Ce seraient des volontaires, dont la durée d'engagement serait libre : un an, deux ans ou plus, mais à temps partiel. Lorsque ces personnes seraient convoquées, ce serait pour des périodes d'une à plusieurs semaines, voire quelques mois. L'avantage de ce système, c'est que ces personnes seraient rémunérées au taux de leur grade, cette activité supplémentaire venant augmenter leurs revenus.

 

Pourraient-ils être cumulés avec des prestations sociales ou des indemnités de chômage ?

Dans notre esprit, ce serait le cas. Je vous accorde que des adaptations législatives seront à trouver pour les demandeurs d'emploi ou les salariés. Je suis convaincu que des entreprises connaissant des problèmes de plan de charge seraient satisfaites de conclure des accords avec la garde nationale. Plutôt que de ne pas travailler, ce personnel aurait une activité complémentaire, la base du système demeurant le volontariat. Le nombre de jeunes sans activité est invraisemblable. Pourquoi ne serviraient-ils pas leur pays dans ces conditions ?

 

Mais ils peuvent le faire dans la réserve opérationnelle, dès aujourd'hui !

Sauf que la fonction de cette réserve est marginale, puisqu'elle est peu utilisée, et ne concerne que des activités strictement militaires, au sens propre.

 

La garde nationale est-elle armée ?

Oui, car elle est organisée sur le modèle militaire et possède une fonction de défense opérationnelle du territoire, qui implique l'emploi d'armements. Le recrutement est à base régionale. On n'habite pas à plus de cent kilomètres de son unité d'affectation. De tous les côtés, on trouve des enceintes militaires dont nul ne sait plus que faire. On peut les réutiliser sans aucun problème. Cette organisation replacerait des unités de sécurité au sens large dans des zones immenses n'acceptant plus aucune présence militaire ou assimilée.

 

Venons-en à la méthode. Pourquoi demeurez-vous anonymes ?

Cette attitude nous protège, nous permet de réfléchir sereinement. Notre objectif ne consiste nullement à être connus. Nous voulons contribuer de manière constructive à un mode d'organisation, sans aucune pression, ni hiérarchique ni politique. C'est un pur travail intellectuel destiné à faire avancer les idées. Nous croyons cette démarche nécessaire, singulièrement avec le rapatriement des forces déployées en Afghanistan. Second point : la remise à niveau prochaine du Livre blanc ouvre, elle aussi, le champ de la réflexion, du travail de fond.

 

Mais que craignez-vous ? Vous êtes des officiers d'expérience. Vos camarades et vos chefs adoreraient savoir qui vous êtes, pour discuter vos idées neuves...

Euh... oui, il est permis de le supposer ! D'ailleurs, ces idées - celle de la garde nationale et les autres traitées dans notre texte - traînent ici ou là dans les armées. Où, de façon générale, la bonne idée est celle du chef ! Si nous avions travaillé de manière ouverte, nous aurions subi toute la pression du dispositif pour nous orienter, nous conseiller, nous montrer le chemin... Notre idée est différente : nous choisissons délibérément de rester hors de clous, afin de pouvoir raisonner totalement librement. Nous souhaitons la publicité autour de nos idées, pas la célébrité de nos personnes. Janus est indépendant dans ses réflexions, et satisfait d'avoir pu les diffuser grâce à vous.

 

Dernier point : pourquoi avoir choisi Janus, le dieu aux deux visages ?

Car nos idées sont publiques, quand nos identités n'ont pas vocation à l'être !

 

Jean Guisnel, Défense ouverte

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