Le raz-de-marée du 11 mars 2011 et ses retombés sur les forces aériennes japonaises : des changements pour les rapports de force dans la zone ?
Le 11 mars 2011, un séisme de forte puissance s’est déclaré au large du Japon. Il a entraîné des destructions importantes, mais aussi et surtout un raz-de-marée massif qui a, en plus des destructions civiles qui sont à déplorer, porté atteinte à l’intégrité de la défense militaire japonaise. Afin de mettre en lumière les principales retombés de cette catastrophe sur le système de la Défense nippone, il faut s’intéresser d’une part, aux dommages que cette catastrophe à fait subir aux forces et à leur réaction, et dans un deuxième temps aux possibles changements de rapports de forces de l’archipel avec ses voisins proches.
Au 11 mars 2011, les forces aériennes d’autodéfense japonaises disposaient de quelque 800 appareils, dont 400 d’armes. Sur ces 800 appareils, au moins 100 devaient sortir de service (des F-4 Phantom), ce qui demandait l’achat ou la production d’appareil de remplacement. À l’époque la communauté internationale pensait voir le Japon investir dans des appareils F-18 ou F-15 modernisés. Les événements vont notoirement changer la donne.
Durant le raz-de-marée, les forces perdent en quelques heures 18 F-2 sur la base de Matsushima. La perte est estimée à deux milliards deux cent quatre-vingt-six millions de dollars américains. Sur ces 18 appareils, 6 s’avèrent réparables pour 365 millions de dollars, ramenant à terme la perte à un milliard huit cent quatre-vingt-huit millions de dollars (soit 3,35% des dépenses militaires annuelles de l’archipel).
Devant le montant extraordinaire de cette perte, l’État major japonais décide de faire preuve d’un flegme inattendu et accélère la sortie de service des F-4 Phantom. Mais pour pallier cette perte capacitaire, l’État major annonce également l’achat de 42 appareils de dernière génération F-35. Le Japon annonce donc une dépense de plus de 7 milliards de dollars, à répartir sur les prochaines années, pour renouveler sa flotte d’avions multi rôle. Ainsi, en huit mois, les dépenses annoncées s’élèvent à huit milliards huit cent milles dollars américains. Cependant, en attendant la livraison des F-35, il faut noter une perte capacitaire notable pour l’aviation nippone.
Cette perte capacitaire est à mettre en perspective avec le voisinage immédiat de l’archipel. En effet, la perte des cent F-4 Phantom et de 18 F-2 (bien que six seront de retour au service actif dans le courant du premier semestre 2013) est importante.
La Chine, en constant développement de ses capacités aériennes, notamment grâce à l’avènement futur de son J-20 (possible équivalent du F-35), est à prendre en compte comme principal adversaire théorique de la force japonaise. Cependant dernièrement la Chine se place en médiateur sur la zone.
En effet, la Chine a dernièrement appelé la Corée du nord et le Japon au calme. La Corée du nord qui, elle aussi, constitue un adversaire possible aux forces nippones, mais dans des proportions différentes. Étant donné que nul ne peut réellement prévoir leurs actions, les forces coréennes du nord restent dangereuses. On notera également l’avènement du nouveau « guide » de ce pays, dont on ne connaît pas les velléités.
Outre les adversaires possibles, le Japon doit également compter avec ses alliés, notamment la Corée du sud et les États Unis. La Corée qui a d’ailleurs annoncé qu’elle pourrait suivre le Japon et elle aussi commander une flotte de F-35 (à hauteur de 60 appareils). Ces deux alliés sont en mesure d’assurer à l’archipel une situation stable et sans risque le temps de sa transition. Transition qui implique d’ailleurs également la mise à niveau de plusieurs frégates de défense anti-aérienne au système Aegis.
Pour conclure il paraît donc fort improbable que le raz-de-marée ai impliqué des dangers pour l’archipel et pour sa Défense. Les rapports de force restant inchangés. Il semble qu’il ai plutôt accéléré le processus de mise à niveau de la flotte aérienne japonaise, la forçant à un pragmatisme exacerbé, qui lui offre de rester en première place des flottes de la zone.
Bibliographie :
Ouvrages :
- Jane's All the World's Aircraft 2010 – 2011, Jane’s Publication
- National Defense Program Guidelines Toward Dynamic Defense Force, Ministère de la Défense japonais.
- Livre Blanc de la Défense japonais, éditions 2010 et 2011.
Publiations :
-DSI n°72, Juillet-Août 2011 : Chine : la modernisation ou montée en puissance.
-DSI n°70, Mai 2011 : F-35 Lightning, la problématique industrielle.
-DSI n°62, Septembre 2010 : Corée du sud, Affaire du Cheonan, quelle stabilité régionale ?.
-JSDF We are, revue du Ministère de la Défense japonais
Adrien FIEUX, BACHELOR 3, équipe ILERI DEFENSE, Mars 2012