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ILERI-Défense

Bouddhas de Bâmiyân et mausolés de Tombouctou, mimétisme ou coïncidence ?

3 Novembre 2012 , Rédigé par ileridefense Publié dans #note de synthèse

par: Joffrey Bouquet de Jolinière, Beyrouth, Equipe ILERI DEFENSE.

 

Le gouvernement malien a certes perdu la partie nord de son territoire, mais le peuple malien est en train de perdre son patrimoine. Cette rébellion constituée de rebelles touaregs du MNLA (mouvement national de libération de l’Azawad) et au mouvement salafiste Ansar Dine, alliés à d'autres mouvements islamistes dont d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), occupe les principales villes du pays, parmi elles Gao, Tombouctou et Kidal depuis le début de l’insurrection du 17 janvier 2012.

Les intérêts de chaque protagoniste sont différents, en revanche ceux AQMI convergent avec ceux d’Ansar Dine, notamment sur la question de l’application de la charia sur le territoire occupé. Il est évident que l’objectif final est d’instaurer la loi islamiste sur l’ensemble de la région sahélienne.

 

Le patrimoine malien de Tombouctou

 

Depuis quelques mois, la communauté internationale a constaté la mise en application des revendications de ces islamistes fondamentalistes, principalement dans la ville de Tombouctou et de ses faubourgs. Ces hommes s’attaquent désormais aux monuments culturels de cette ville mondialement connue pour ses vestiges classés au patrimoine mondiale de l’UNESCO.

Dans une dépêche de RFI, nous apprenons que le 27 octobre 2012, ils s’en sont pris au monument de l’Indépendance, en le détruisant au beau milieu de cette ville sainte, déjà sujette aux saccages en avril dernier lors de l’arrivée du groupe d’Ansar Dine. Autre paradoxe, du fait que la charia interdise que des tombes soient supérieures à d’autres, ils ont détruits, le même jour, des mosquées et profanés des tombes. Selon un témoignage recueillit par RFI, « Ils sons venus avec le matériel de travail de la Fatome. Ils ont cerné les lieux et ils ont commencé à démanteler les monuments par des vérins et des marteaux pour le terrasser jusqu’en bas. C’est un monument élevé, construit de ciment et de béton. Ce même monument avait déjà été attaqué. C’est un symbole de Tombouctou. C’est un joyau de l’architecture de la ville qui tombe ce soir comme l’ont été d’autres déjà. En tant qu’habitant et comme toute la population de Tombouctou, c’est la consternation, la désolation totale. Les citoyens de Tombouctou. Ils ne savent plus à quel saint se vouer. La ville de Tombouctou est méconnaissable, Tombouctou est en ruines. Notre ville est dénaturée. Nous en appelons à tous les amis de Tombouctou, et du Mali de venir au chevet de cette ville, cette ville mythique qui est en train de s’effondrer. On a peur ».

 

Les Bouddhas de Bâmiyân

 

Autre fait similaire, il y a onze ans en Afghanistan, en mars 2001 le régime taliban a abattu les Bouddhas de Bâmiyân, situés au Nord Ouest du territoire afghan. La destruction de ce monument également classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, avait été influencée par l’Arabie Saoudite, venue prêter main forte au gouvernement taliban, pour former une police religieuse égale à sa mutawa saoudienne. En effet, la doctrine wahhabite interdit toute représentation humaine telle que les Bouddhas. Durant l’opération de destruction, Qadratullah Jamal, le ministre de l'Information taliban, déplora que « ce travail de destruction n'[était] pas aussi facile que les gens pourraient le penser. Vous ne pouvez pas abattre les statues par quelques coups de canons car toutes deux sont découpées dans une falaise et sont fermement attachées à la montagne. »

 

L’intervention de la communauté internationale

 

A l’heure où la communauté internationale élabore un plan d’action pour reprendre le contrôle de la région, certains experts estiment que ce conflit va conduire les troupes de la CEDAO, soutenues par la France et les Etats-Unis, à un « nouvel Afghanistan ». Les conflits asymétriques connaissent un grand succès en ce début du XXIème siècle.

Il faut toutefois réussir à décrypter ou à connaître les stratégies de ces rebelles fanatisés. Avec une détermination sans limite, il est en droit de se demander, si ces hommes vont chercher à récurer la stratégie talibane ?

Y a-t-il un lien entre la destruction de ces mausolées maliens et celle des bouddhas par les talibans ? Est-ce un clin d’œil ? Une forme de mimétisme stratégique ?

Ou est ce tout simplement une coïncidence parmi d’autres faits semblables ?

Il semble évident que la communauté internationale ne peut employer la même politique, employée en Afghanistan pendant près de 10 ans. Elle doit comprendre ses erreurs de ce conflit afghan pour éviter tout nouvel enlisement.

Les multiples provocations des djihadistes ont sans doute pour objectif d’attirer les pays concernés à s’engager de la même manière qu’en Afghanistan, et donc déboucher vers un futur enlisement. Elle doit donc réagir de façon la plus asymétrique possible, en utilisant des unités de forces spéciales, services spéciaux, et bombardement aériens. Le plus grand point faible, reste cette troupe de la CEDAO et malienne, sous équipée et peu entrainée. Son efficacité risque donc d’être fortement limitée, pouvant traduire en échec la stratégie en trois phases, évoquées notamment, par le Président français François Hollande. En effet dans l’entourage du ministre de la défense français, Jean-Yves Le Drian, le déroulement de cette stratégie serait, un, de stabiliser le sud du Mali et protéger Bamako dès la fin du mois de novembre ; deux, de mettre en place la formation des armées africaines en janvier ; trois, d’amorcer la reconquête du nord début mars au plus tard.

 

En Afghanistan, les troupes de l’OTAN et de ses alliés, fortes de 130000 hommes et hommes de sociétés militaires privées, ont réussi sur le terrain à repousser les quelques milliers de talibans d’une majorité des provinces entourant Kaboul. Les harcèlements, les embuscades, et autres supercheries, ont eu malheureusement raison de la coalition alliée. A l’heure où les troupes de l’OTAN se retirent d’Afghanistan, en particulier les français,  l’Armée Nationale Afghane (ANA) certes formée et entrainée par les forces de l’OTAN, se voient attribuer la difficile tâche de contrôle de manière autonome le territoire afghan. Cette guerre d’Afghanistan a montré à quel point, l’implication d’une trop importante troupe face à des hommes mobiles, n’appartenant à aucune armée, ne revêtant aucun uniforme, connaissant parfaitement leur territoire et aguerrit à la guerre depuis près de 40 ans, se révélait difficile et vouée à l’échec sur le long terme.

 

 

Nb : les propos de cet article n’engagent que l’auteur.

 

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