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ILERI-Défense

La CIA et la NSA soupçonnées d'avoir participé à l' «Opération Phénix »

31 Décembre 2013 , Rédigé par ileridefense Publié dans #note de synthèse, #Amérique latine

Au matin du 1 Mars 2008, les forces aériennes colombiennes firent une incursion sur le territoire équatorien avec l'objectif de bombarder un campement Farc situé dans les alentours de Angostura, à 1,8 kilomètres de la frontière. Ce campement était d'une importance stratégique majeur pour le gouvernement colombien car il abritait Raul Reyes, numéro deux des Farc. Cette opération baptisé « Opération Phénix », provoqua une crise diplomatique entre les deux pays.

C'était une violation flagrante de la souveraineté, de l'intégrité territoriale équatorienne ainsi que des principes fondamentaux du Droit International Humanitaire (DIH), et notamment l'interdiction de causer des dommages et des souffrances non nécessaires. En effet, 26 personnes perdirent la vie au cours de cette opération, certains faisaient parti des Farc, mais d'autres non. Les moyens déployés étaient bien supérieurs à ceux de leurs opposants, excessifs et disproportionnés.

La réaction de la Chancellerie équatorienne fut dans un premier temps mesuré, elle exigea « une explication pour l'indu procédé des forces militaires colombiennes […] des excuses pour les faits survenus et dans le cas d'éventuels dommages sur des personnes ou des biens équatoriens, le payement d'indemnités correspondantes ». Cependant, au soir du 2 Mars, la position du gouvernement équatorien pris un ton plus agressif. En effet, le président Correa déclara à la télévision que cette opération était « la plus grave agression du gouvernement du président Uribe envers l’Équateur ». Il accusait directement Uribe de mentir à l’Équateur et au monde et affirmait que « des excuses diplomatiques du gouvernement colombien ne suffiraient pas », il annonça notamment l'expulsion de l’Ambassadeur colombien. Il déclara ensuite qu’il irait jusqu'au bout de ses possibilités pour faire respecter la souveraineté de son pays. Il expliqua qu'il demandait une réunion urgente de l'Organisation des États Américains (OEA) et qu'il allait débuter immédiatement une tournée des différents pays de la région, afin de trouver des appuis pour la cause équatorienne.

Le président du Venezuela, Chavez, qualifia cette opération d' « acte de guerre » et annonça qu'il allait mobiliser ses troupes à la frontière. Cette menace vénézuélienne, bien que rhétorique, donna une dimension régionale à ce conflit initial entre la Colombie et l’Équateur. En effet, Chavez insinuait que cette crise pouvait aller vers un dénouement militaire. Chavez et Correa multiplièrent les attaques personnelles contre le président colombien et les critiques envers sa politique de sécurité, dans le sens ou elle représentait une extension de la politique des États Unis dans la région ; les États Unis finançant une partie de la politique de sécurité colombienne. Le président Bush réaffirma d'ailleurs au lendemain de l'attaque son soutien inconditionnel à la Colombie.

Deux semaines après cette attaque, les chancelleries de la OEA promulguèrent une résolution qui condamna l'incursion sur le territoire équatorien, la considérant comme une violation des articles 19 et 21 de la charte de la OEA et enregistra le compromis pris par la Colombie de ne pas réitérer une telle opération. En contre partie la résolution demandait à tous les acteurs, l’Équateur inclus, de combattre les groupes de combattants irréguliers et les organisations criminelles, pour la menace qu'ils représentent pour la sécurité internationale. En somme elle affirmait qu'aucune action extra territoriale ne pouvait être justifiée par le principe de légitime défense et renforçait le compromis continental d'une lutte commune et organisée contre les menaces transnationales.

Le quotidien The Washington Post a indiqué, le 22 Décembre 2013, que la CIA et la NSA avaient appuyé la Colombie dans cette attaque. Le chancelier équatorien Richardo Patiño a indiqué que l’Équateur soupçonnait depuis toujours la CIA d'aider la Colombie, mais qu'il fallait néanmoins prendre avec prudence les révélations du quotidien, qui pouvaient être une tentative de sabordage ; des relations entre la Colombie et l’Équateur pleinement rétablies en 2011, ou du processus paix en cours de négociation entre Bogotá et les Farc.

Dans le rapport publié par The Washington Post, l'aide américaine concernait plusieurs attaques contres des chefs Farc, à travers un programme secret qui comptait un budget de plusieurs millions de dollars. Cette aide incluait l'approvisionnement des forces colombiennes d'un système de traçage GPS pour leurs milices, ce qui leur donnait une plus grande précision.

Ces révélations ont provoqué un débat en Colombie sur les limites des interventions de l'organisme étasunien dans ce conflit interne avec les Farc. Le premier à réagir fut l'ex président colombien Andrés Pastrana Arango qui déclara, sur Blu Radio, que c'était son gouvernement qui avait ouvert le pas à cette coopération, qui s'était montrée « déterminante à l'heure de planifier de grandes opérations contre l'organisation ». L'ex ministre Gabriel Silva Lujan a lui confirmé la collaboration active et permanente entre la CIA et le gouvernement Uribe en indiquant que celle ci ne nuisait en rien à la souveraineté de la Colombie dans le maniement de ses forces armées.

De leur coté, les congressistes Iván Cepeda et Jorge Robledo, du Polo Democrático, ont eux déclaré que le gouvernement « doit donner des explications à l'opinion publique sur l'intervention de la CIA et d'autres agences des États Unis dans le conflit armée colombien » et ajoutent qu'il est maintenant « nécessaire de connaître la portée de ces interventions, quelles ont été leurs modalités et éventuellement, si en plus des opérations militaires, il y a eu d'autre type d'espionnage ». Ils ont souligné que la Corte Constitucional n'avait pas approuvé l'accord sur l’implantation de bases étasuniennes sur le territoire colombien.

L'Amerique latine reste l'aire d'influence privilégiée des États Unis ; sur laquelle ils pèsent de tout leur poids économique, diplomatique et militaire. Les révélations du Washington Post interviennent à un moment délicat de la négociation de La Havane, entre le gouvernement colombien et les Farc. Elles pourraient bien raviver des tensions latentes, entre les différentes forces en présence.

Claire HILZENKOPP, équipe ILERI défense, zone Amérique Latine, promotion Bachelor 1, ILERI,

SOURCES :

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La CIA et la NSA soupçonnées d'avoir participé à l' «Opération Phénix »
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