Par Frédéric Couteau
La nouvelle est tombée tard mardi soir : de source diplomatique française, le président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré, a formellement requis une intervention des forces militaires de l’Afrique de l’Ouest pour reconquérir le Nord du pays aux mains des islamistes.
La presse du continent, ce matin, n’a pas encore répercuté l’information. Mais cela fait déjà un certain temps que l’éventualité d’une intervention internationale est soulevée et même réclamée par certains mouvements.
Ainsi, coïncidence ou pas, en début de semaine, le FDR, le Front uni pour la défense de la démocratie et de la République, qui regroupe plusieurs partis politiques et associations, avait officiellement demandé au président malien l’intervention des forces africaines.
C’est ce que relève ce matin le quotidien Le Républicain : « huit mois après l’occupation des régions nord du Mali entreprise par les groupes armés indépendantiste du MNLA et islamistes d’Ansar Dine, d’Aqmi et du MUJAO, l’Etat malien reste confiné dans une obscure attente, sans réaction décisive à leur progression vers le reste du pays. Suite à l’occupation samedi dernier de la ville de Douentza par le MUJAO, le FDR a, donc, demandé au Président de la République d’adresser, sans délai, à la CEDEAO, à l’Union Africaine et aux Nations Unies la requête aux fins d’intervention des forces africaines, pour aider l’armée malienne à libérer le territoire national. (…) Pour le FDR, relève encore Le Républicain, il est temps, grand temps, de mettre fin aux tergiversations sur la question de la requête qui est la jauge de notre volonté politique et de notre détermination à nous engager dans la voie du recouvrement de l’intégrité de notre territoire. »
« Nous pouvons prendre Bamako en 24 heures »
En effet, le temps presse… Dans un entretien accordé au périodique Mali Demain , le chef d’état major général du MUJAO, Oumar Ould Hamaha, fait étalage de sa force : « l’armée peut venir. Elle nous trouvera ici fin prêts à en découdre, affirme-t-il. Si tel sera le cas, rien ne nous empêchera de prendre Bamako en 24 heures. (…)
Nous sommes prêts, poursuit le chef militaire du MUJAO, avec nos batteries de missiles placées à toutes nos frontières. Nous en avons plus de 20.000. Nous ne blaguons pas ! (…) Nous sommes prêts à recevoir la CEDEAO, le Niger et les autres pays, même Occidentaux. (…) Nous ne sommes pas des rebelles mais des hommes de Dieu, affirme encore Oumar Ould Hamaha. Notre mission s’étendra à toute l’Afrique et dans le monde entier. »
Dans le même temps, le même périodique, Mali Demain , affirme que l’armée malienne est sur le qui-vive : « nos militaires sont fins prêts pour la grande offensive », s’exclame-t-il. Les troupes stationnées à Sevaré sont en train de se préparer activement, affirme encore le journal malien. « Nos militaires restent de braves soldats, estime Mali Demain, malgré tout ce qu’on a dit d’eux même si ce sont les politiciens qui les ont désarmés pour sauvegarder leurs intérêts cupides et sordides. »
Les occidentaux dans l’ombre
Alors quelle forme pourrait prendre cette offensive vers le nord ? La force de la CEDEAO compterait environ 3.000 hommes. Quel rôle jouerait-elle ? Monterait-elle directement au front, aux côtés de l’armée malienne ? Pour l’instant, on ne sait pas. Ce qui est sûr, c’est que les militaires occidentaux, notamment américains, mènent depuis ces derniers mois, des opérations de surveillance.
C’est ce que relève le site d’information Slate Afrique : « selon le Washington Post, écrit-il, des dizaines de militaires sont déployés au Burkina et occupent une partie de l’aéroport international de Ouagadougou. Objectif : surveiller les bandes islamistes au Sahel, et notamment dans le nord du Mali. Nom de code de l’opération : Creek Sand. » Du nom « d’une célèbre bataille menée contre les cheyennes dans l’ouest américain. » Et Slate Afrique de s’interroger : « l’opération sera-t-elle aussi ’concluante’ contre les ’fous de Dieu’ d’Al-Qaïda au Maghreb islamique ? »
Les drones en action ?
En tout cas, de la simple surveillance, les Occidentaux pourraient passer à l’action, en utilisant les fameux drones, relève encore Slate Afrique, ces avions sans-pilotes télécommandés : « des informations non confirmées officiellement font état, avec de plus en plus d’insistance, de vols de drones occidentaux dans le Sahel, et notamment au-dessus de la tête enturbannée des islamistes du Nord-Mali, affirme le site d’information.
Certaines sources font état d’une base dans le sud libyen, d’autres, d’aérodromes isolés dans l’est mauritanien ou dans le nord du Burkina qui serviraient de bases de départ. (…) Les choses bougent, poursuit Slate Afrique. Des experts européens sont arrivés début août à Niamey pour former l’armée nigérienne.
Ils feront de même en Mauritanie et au Mali. Il est donc probable que des frappes aériennes aient lieu contre les bandes islamistes. » Et Slate Afrique de conclure : « l’objectif est de frapper les têtes. Comme en Afghanistan et au Pakistan. Comme en Somalie également. Les chefs d’AQMI ont du souci à se faire ».
Temoust