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ILERI-Défense

Terres rares : Comment l’Europe peut-elle résister au protectionnisme chinois ?

10 Avril 2012 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Occident

Les terres rares sont à la Chine ce que le pétrole est au Moyen-Orient. L’expression de Deng Xiaoping, père fondateur de la puissance chinoise, n’est pas nouvelle mais se révèle chaque année un peu plus réaliste. Fournisseur de plus de 95% de ces métaux dans le monde depuis 2008, le pays a récemment pris conscience de la puissance politique

que lui confère ce quasi-monopole, et n’a pas hésité à l’utiliser dans des conflits sans lien apparent avec les terres rares. Cette volonté d’utiliser ce pouvoir acquis sur les pays consommateurs (principalement le Japon, les Etats-Unis et l’Europe), sa stratégie d’intégration industrielle, ainsi que le fort développement de la consommation à l’intérieur de ses frontières ont poussé Pékin à durcir ses quotas d’exportation depuis deux ans.

 

Une politique de rétention qui, combinée à une demande mondiale en forte croissance, a rapidement engendré les premiers déficits en dehors de la Chine, atteignant 14% de la production de lanthanides1 en 2010. L’approvisionnement des pays consommateurs est ainsi particulièrement menacé à court et moyen terme. Le 13 mars dernier, l’Union européenne s’est associée aux Etats-Unis et au Japon en déposant une plainte à l’OMC contre l’empire du milieu afin de dénoncer ces pratiques qualifiées de « déloyales ». D’après le Commissaire européen au Commerce, ces mesures protectionnistes « affectent [les] producteurs et consommateurs au sein de l’Union européenne et dans le monde», alors que ceux-ci font face à la flambée des cours et à un risque d’intensification de la spéculation.

Deux leviers en mesure d’atténuer les menaces qui pèsent sur la filière des terres rares…

L’optimisation de l’utilisation de la ressource1 et la sécurisation de son approvisionnement sont deux leviers permettant de diminuer les risques menaçant la filière.
Les mesures d’optimisation de l’utilisation de la ressource interviennent dans les phases amont ou aval du cycle de vie des produits. La réduction de l’intensité matérielle, qui peut être opérée grâce à une amélioration du design ou des propriétés des matériaux dans leurs applications, et la substitution, c’est-à-dire le remplacement des matériaux critiques par d’autres, non menacés et aux propriétés similaires, sont mises en œuvre en amont de la production, lors de la phase de design. La réutilisation, l’extension de la durée de vie et le recyclage quant à elles, prennent place à la fin du cycle de vie. Ces mesures permettent de diminuer la demande en matières premières et ainsi de limiter la dépendance des économies consommatrices. Néanmoins, prises séparément, leurs impacts demeurent relativement limités, à l’image du recyclage des Equipements Electriques et Electroniques (EEE), dont le potentiel de réduction de la production primaire en lanthanides n’est que de 10%. C’est utilisées de concert que ces mesures affichent une efficacité maximale.


Flux de ressources et mesures d’optimisation au cours du cycle de vie d’un produit utilisant des terres rares
(Cliquer pour agrandir)

Outres ces actions d’optimisation, la sécurisation de l’approvisionnement est un levier indispensable d’atténuation des menaces pesant sur la filière. Dans le cas des terres rares, aujourd’hui produites à 97% par la Chine, celle-ci passe principalement par la diversification des sources, c’est-à-dire l’ouverture de mines dans d’autres pays et si possible dans des pays politiquement stables.

… avec des potentiels et des niveaux de mise en œuvre variables

En ce qui concerne l’optimisation des ressources, l’impact à court terme des différentes mesures mentionnées précédemment est très hétérogène.
Au niveau de la substitution et de la réduction de l’intensité matérielle, les bénéfices sont limités. Quelques substituts existent au niveau des produits finaux utilisant des terres rares. Entre autres, les moteurs à induction et les diodes électroluminescentes dites organiques (OLED), deux technologies dénuées de lanthanides, pourraient prochainement remplacer les moteurs de véhicules électriques (utilisant des aimants NdFeB2 ) et les ampoules à économie d’énergie. Déployées à grande échelle, ces technologies pourraient participer à la réduction de la demande globale de ces métaux high-tech.
La substitution au niveau matériel n’a, quant à elle, aucun débouché viable à l’heure actuelle. En effet, aucun matériau connu ne dispose de propriétés comparables à celles des 17 métaux rares et de nombreuses applications industrielles demeurent aujourd’hui sans alternatives. Il en va de même pour la réduction de l’intensité matérielle qui ne devrait pas connaitre d’avancée à court terme. D’importants efforts de recherche devront donc être fournis afin d’obtenir des bénéfices significatifs dans le futur.
Concernant le recyclage, des résultats pourraient être obtenus plus rapidement et de manière plus significative. En Europe, le taux de recyclage des terres rares avoisine aujourd’hui 1% alors que celui de certains métaux rares comme le platine est supérieur à 50%. L’abondance des ressources primaires et leurs faibles prix n’ont, en effet, jamais incité les gouvernements et les industriels à développer des systèmes de collecte et de traitements adaptés. Les processus de recyclage de ces métaux sont certes complexes et très coûteux, mais ils deviennent de plus en plus attractifs compte-tenu de la récente flambée des prix des matières premières. Le potentiel de développement de ce moyen d’optimisation s’avère important, d’autant plus que des gisements prometteurs sont sur le point d’émerger avec l’arrivée en fin de vie des premières générations de technologies vertes (éoliennes, voitures électriques, ampoules à fluorescence), grandes consommatrices de terres rares.

L’Europe n’a que récemment pris conscience de la nécessité d’investir dans ce domaine. Elle en a d’ailleurs fait l’un des trois piliers de sa stratégie relative aux matériaux critiques -l’initiative « matières premières » (ou Raw Material Initiative) datant de 2008- les deux autres piliers étant l’amélioration de l’approvisionnement extérieure et de la gestion des ressources internes. Dans le reste du monde, des pays comme les Etats-Unis et le Japon ont adopté des stratégies similaires et vont même plus loin que l’Europe en recommandant également des politiques de stockage.
Le processus de diversification semble quant à lui bien engagé puisque treize pays d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie (représentés sur la carte ci-dessous) ont lancé des projets d’ouverture de mines. Aux Etats-Unis et en Australie, les sites de Mountain Pass et Mount Weld, tous deux entrés en production cette année, pourraient même fournir à eux seuls environ 30% de la production mondiale d’ici 2013.
L’Europe est la seule région à ne disposer d’aucune ressource en terres rares économiquement viable. Cependant, beaucoup d’espoirs reposent sur les mesures de déconcentration de la production dans le reste du monde car si leurs effets à court terme seront nécessairement limités, elles devraient permettre à terme une levée significative des menaces pesant sur l’approvisionnement.


Carte des pays producteurs ou hébergeant des mines en projet dans le monde
(Cliquer pour agrandir)

Collaboration internationale et recherche sont les clefs de la sécurisation de la filière européenne

Ne disposant d’aucunes ressources viables, l’Europe doit mettre en œuvre d’autres moyens pour sécuriser son approvisionnement en terres rares, notamment en investissant dans des programmes de recherche visant à optimiser l’utilisation des ressources primaires et en développant des initiatives de coopération internationale.
En matière de R&D, les programmes prioritaires pour l’UE concernent l’optimisation des ressources et plus particulièrement le recyclage. Dans le cas du recyclage, beaucoup reste à faire car très peu de processus de traitement rentables sont aujourd’hui connus. De plus, le besoin en technologies et techniques de recyclage adaptées est pressant car les gisements de terres rares « de seconde main » issus des premières générations de technologies vertes sont sur le point d’émerger. La recherche sur les autres axes d’optimisation (substitution et réduction de l’intensité matérielle) ne doit également pas être négligée même si les effets ne se feront sentir qu’à plus long terme.
Le deuxième axe qui contribuera à la sécurisation de la filière en Europe est la coopération. A l’intérieur de l’UE tout d’abord, où l’intégration des politiques et stratégies relatives aux matières premières devrait permettre d’améliorer l’approvisionnement entre états-membres et de faciliter les échanges avec le reste du monde. De plus, si tous les pays européens s’impliquent dans la Raw Material Initiative, l’Union pourra mener des programmes de recherche à grande échelle et ainsi développer des infrastructures de recyclage efficaces.
Hors de ses frontières, les acteurs stratégiques du marché des terres rares tels que les Etats-Unis ou le Japon sont également pour l’Europe des partenaires de choix. Ils mènent en effet depuis plusieurs années de vastes programmes de recherche sur des procédés de traitement et d’optimisation qui leurs ont permis de déposer la majorité des brevets utilisés aujourd’hui.
Par ailleurs, outre les initiatives de coopération d’ordre technologique, l’ensemble des acteurs du marché des terres rares aurait intérêt à se concerter sur la mise en place d’un cadre strict de régularisation du marché financier pour limiter les effets néfastes de la spéculation .
Les récents bouleversements du marché, résultats de la politique protectionniste chinoise, ont finalement permis une prise de conscience globale quant à la nécessité de sécuriser la filière. Néanmoins, trop peu d’actions ont été entreprises jusqu’à maintenant pour diminuer la dépendance des économies vis-à-vis de ces métaux et il est temps d’y remédier car la déconcentration ne portera pas ses fruits avant plusieurs années, tout comme la plainte portée à l’OMC, qui a d’ailleurs peu de chances d’aboutir. L’investissement dans des programmes de recherche visant à optimiser l’usage de la ressource, en collaboration avec des partenaires tels que le Japon et les Etats-Unis permettrait donc à l’Europe de ne pas se faire exclure des avancées technologiques et stratégiques du secteur et de rester un acteur concurrentiel du marché. Enfin, si ces actions sont entreprises à temps, le marché mondial des terres rares sortira renforcé de cette crise, d’autant qu’elle aura également permis d’améliorer les standards environnementaux du secteur, jusqu’ici alarmants.

 

Sia conseil

http://energie.sia-conseil.com/20120403-terres-rares-comment-l%E2%80%99europe-peut-elle-resister-au-protectionnisme-chinois/

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Blog(fermaton.over-blog.com).No-20, THÉORÈME PORZIUNCOLA.-Le Père de l'Europe.
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