Sharia4Belgium et son leader soupçonnés d’avoir recruter pour le djihad en Tchétchénie
Belge d’origine marocaine, Fouad Belkacem a pris la tête d’un groupe d’islamistes radicalisés baptisé Sharia4Belgium. Connu des médias pour de nombreuses provocations et par les services de police pour des violences et des incitations à la haine, il ferait cette fois l’objet de poursuites pour terrorisme. Le porte-parole du groupuscule, proche de Forsane Alizza en France, aurait incité des jeunes à s’engager dans la guerre sainte.
En avril 2011, des militants de Sharia4UK et de Sharia4Belgium venaient rencontrer Forsane Alizza en France.
Le parquet fédéral belge soupçonne Sharia4Belgium d’avoir joué un rôle dans la mobilisation de candidats au djihad en Tchétchènie et au Yémen. Son chef a été arrêté par la police belge ce matin. Début mai, deux ressortissants belges ont été arrêtés dans ce pays avant d’être expulsés le mois dernier vers la Belgique. Soupçonnés d’entretenir des liens avec le groupe islamiste somalien Al Shabaab, ils seraient proches de l’organisation dirigée par Fouad Belkacem.
Le sulfureux dirigeant de Sharia4Belgium n’a jamais caché ses convictions concernant le djihad. Auteur prolifique de vidéos radicales et véhémentes, il revendique de longue date sur la toile l’appel à la guerre sainte. Il y « appelle chaque musulman à faire le djihad », déclarant que c’est grâce à ceux qui ont franchit le cap de la lutte armée que « l’on [les musulmans] a encore un peu de fierté ». Il se félicite également de faire « chaque jour le djihad contre les Etats mécréants« , à coups d’idées faute d’utiliser des armes.
Cette information, non commentée par le parquet, a été relayée par l’ensemble de la presse belge. Elle survient alors qu’un autre procès est en cours pour une affaire de terrorisme impliquant 14 personnes. Ils sont accusés de participation à des activités terroristes, d’infraction à la législation sur les armes et d’appartenance à un groupe terroriste. L’un des personnages clef de ce dossier, Hassan H., est soupçonné d’avoir planifié des attaques en Belgique et d’avoir été en contact avec Al Qaeda. L’homme, victime de troubles mentaux, était surveillé suite à l’interpellation de plusieurs de ses soutiens logistiques et financiers. Il se serait ensuite rapproché d’un groupe de trois membres de Sharia4Belgium qui planifiaient d’aller combattre en Tchétchénie.
Il est important de noter que dans ces dossiers, les liens entre les organisations, les militants et les suspects de terrorisme restent floues. Sharia4Belgium n’a en effet aucune existence légale ou administrative, ses sympathisants ne disposent pas de cartes de membres. Ils peuvent être des activistes actifs ou n’avoir cotoyé le groupe que pendant quelques temps. En France, le groupuscule Forsane Alizza avait fait l’objet de toutes les attentions et de plusieurs interpellations suite aux attaques de Mohammed Merah, ce dernier ayant pu avoir des contacts avec eux. De nombreuses dissensions avaient alors fait leur apparition en son sein, ses membres n’étant pas tout à fait unanimes sur les fins et les moyens à adopter dans leur action.
A l’imitation des radicaux voisins
Dans ces enquêtes pour terrorisme, Sharia4Belgium se rapproche d’ailleurs plus de son homologue Sharia4UK que de la française Forsane Alizza, parfois moquée par les islamistes les plus radicaux. Si les discours et les manifestations se ressemblent, l’organisation britannique accueille en son sein plusieurs figures condamnées pour apologie et soutien au terrorisme. Trevor Brooks, alias Abu Izzadeen, en est l’un des exemples les plus médiatisés : après avoir été condamné à un an et demi de prison, il a continué ses activités militantes et prosélytes avec autant de ferveur.
Fouad Belkacem, lui, n’a pas encore été poursuivi pour ce type de motifs. Il fait cependant l’objet de plusieurs poursuites pour incitation à la violence et à la haine raciale. Ces derniers mois, il a été condamné à deux reprises, à trois et six mois de prison. En tout, il a été jugé coupable à une dizaine de reprises, en général pour des faits de violences physique ou verbales, souvent à l’encontre de policiers. Il fait l’objet d’une mesure exceptionnelle qui pourrait le voir destituer de sa nationalité belge.
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Photo : Romain Mielcarek