Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
ILERI-Défense

Que se passe-t-il exactement au Mali ?

3 Avril 2012 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Afrique

Putsch militaire, avancée fulgurante des rebelles touaregs, embargo africain, rôle des groupes islamistes : la situation malienne est de plus en plus complexe, au point qu’Alain Juppé demande aux Français de quitter le pays. Explications.

 

Quel est le point de départ des troubles au Mali ?

C’est indirectement la révolution libyenne. Beaucoup de touaregs, dont la direction politique est opposée au pouvoir central malien, combattaient auprès de Mouammar Kadhafi comme mercenaires.

Après la chute du dictateur, ils sont rentrés au pays avec les armes lourdes dont ils disposaient en Libye et ont rejoint les rangs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le principal groupe touareg revendiquant l’indépendance du Nord du pays (voir notre sujet : "Des armes de Kadhafi retrouvées chez les touaregs du Mali"). Le MLNA est composé de tendances très disparates, entre soldats de métier et exilés installés en Europe -notamment en France- depuis plusieurs années.

Pour la première fois depuis longtemps, le MLNA, composé d’environ 2.000 à 3.000 hommes, s’est ainsi retrouvé avec les capacités militaires nécessaires pour affronter frontalement l’armée régulière. Au début de l’année, il a donc lancé ses troupes à l’assaut des villes du Nord, qui sont tombées petit à petit.

Pourquoi l’armée a-t-elle pris le pouvoir ? Les putschistes du jeudi 22 mars expliquent avoir agi en raison du laxisme du président Amadou Toumani Touré -démocratiquement élu en 2002 puis réélu en 2007- et de son incapacité à lutter contre les touaregs. Face aux armes venues de Libye, le Comité national pour le redressement de la démocratie et de la restauration de l’Etat (le nom que se donne la junte), dirigé par le capitaine Amadou Sanogo, affirme qu’il ne disposait pas des moyens militaires pour combattre le MNLA.

 

Sur le plan militaire, que se passe-t-il depuis le coup d’Etat ?

Ironie de la situation : les putschistes, qui ont officiellement déposé Amadou Toumani Touré pour protester contre les faibles moyens mis à leur disposition pour combattre les touaregs, sont écrasés par la nouvelle offensive de ces derniers. Lancée il y a quelques jours, elle a permis au MLNA de prendre ce week-end le centre administratif de Kidal, la ville-garnison de Gao puis Tombouctou dimanche. Les rebelles contrôlent donc désormais les trois plus grandes localités du Nord du pays, vaste désert plus grand que la France.

 

Où en est la situation sur le plan politico-diplomatique ?

Elle est très confuse. La communauté internationale dans son ensemble, notamment de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), demande le rétablissement de la démocratie et des échéances électorales -la présidentielle, censée donner un successeur à Amadou Toumani Touré, devait se dérouler le 29 avril. Lundi, la Cédéao a ainsi voté un "embargo total", concernant des "mesures diplomatiques, économiques, financiers et autres", contre la junte.

Sous pression, les militaires avaient pourtant de nouveau promis dimanche le retour à un pouvoir civil et une transition vers des élections à une date non précisée. Ils avaient aussi pris "l’engagement solennel" de rétablir immédiatement la Constitution de février 1992, ainsi que les institutions républicaines dissoutes lors du coup d’Etat -donc de fait le retour à son poste d’Amadou Toumani Touré. Lundi, c’était loin d’être le cas, d’où l’embargo. A terme, la Cédéao possède-t-elle la puissance pour intervenir par les armes ? En tout cas, elle a décidé la "mise en place immédiate" de sa force militaire.

 

Quel est le rôle des islamistes ?

Outre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a fait du Mali l’un de ses sanctuaires, plusieurs groupes islamistes agissent dans la zone. Le principal est Ansar Dine, dirigé par le chef touareg Iyad Ag Ghal. Cette figure du combat touareg de la fin des années 90 revendique désormais l’instauration de la charia au Mali -90% des Maliens sont musulmans. Ansar Dine serait plus ou moins lié à Aqmi.

Pour le MLNA, d’obédience laïc, il n’y a pas débat : il n’a aucun rapport avec Aqmi (voir notre sujet : Rébellion touareg au Mali : nous n’avons aucun lien avec Aqmi") ou avec Ansar Dine. Pourtant, selon certaines sources, il serait l’allié objectif d’Ansar Dine, principal artisan de la prise de Kidal ce week-end, et aurait certaines convergences d’intérêt, pas forcément militaires, avec Aqmi. Alain Juppé, le chef de la diplomatie française, s’inquiéte d’ailleurs que "cette fraction islamiste/jihadiste extrémiste soit en train de prendre le dessus parmi les différentes factions touareg". Les spécialistes de la région sont quant à eux moins catégoriques et font remarquer que l’intérêt du MLNA est, à terme, de lutter contre Aqmi afin de bénéficier de soutiens internationaux.

 

Quelle est la position de la France ?

Comme à chaque crise dans l’une de ses anciennes colonies africaines, elle marche sur des œufs. Impossible d’intervenir sans être taxée de néo-colonialisme, impossible de ne rien dire ou faire sans être taxée d’indifférence. Pour ne rien arranger, la question des six otages français détenus par Aqmi quelque part dans le Nord du pays vient se greffer au strict problème malo-malien.

Lundi, Alain Juppé a affirmé "que la France ne s’engagera pas militairement". Il propose en revanche une aide "sur le plan logistique ou la formation". En attendant, face à une "situation qui se dégrade rapidement", le Quai d’Orsay appelle les Français à quitter le pays.

 

Peut-on craindre des violences contre les civils ?

Le MLNA affirme qu’il revendique uniquement son indépendance et qu’il ne vise donc que des objectifs militaires liés au pouvoir central de Bamako. Selon lui, les civils installés dans les zones dont il a pris le contrôle n’ont donc aucune crainte à avoir. Malgré tout, face à l’avancée touareg et aux scènes de pillage observées dans les localités prises ce week-end, plusieurs centaines d’habitants de Mopti et de ses environs, dans le centre du pays, ont préféré prendre la fuite vers Bamako en prévision d’une nouvelle percée touareg. Selon plusieurs témoins, des milices seraient aussi en train de se créer pour défendre la ville en cas d’attaque.

 

Au final, peut-on assister à une partition du Mali ?

Sur le plan strictement militaire, c’est aujourd’hui de fait le cas puisque le MLNA contrôle tout le Nord, c’est-à-dire la région dont il exige justement l’indépendance. Mais, pour l’instant, aucun pays ne soutient les revendications politiques du MLNA.

 

Avec LCI et Temoust

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article