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ILERI-Défense

Les Émiratis attendent le départ de Charles Edelstenne

24 Novembre 2012 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Armement

 

Dans les milieux industriels de l'armement, le sujet est tabou, mais n'en occupe pas moins nombre de conversations. Nombreux sont nos interlocuteurs qui rapportent, certains en le tenant "de la bouche du cheval", que les Émirats arabes unis ne reprendront avec la France les discussions sur le Rafale qu'à la seule condition que le P-DG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, ne soit plus aux commandes de son entreprise. Cette prétention inhabituelle est rapportée par plusieurs de nos interlocuteurs comme "incontournable pour comprendre" le problème rencontré par le Rafale dans ce pays.

 

Une affaire d'États

Rappelons que l'Élysée avait annoncé le 5 juin 2008 le début de négociations entre la France et les Émirats sur la vente de 60 Rafale. Depuis, les choses ont évolué, les Émiratis ont négocié durement les évolutions techniques sur les moteurs, les radars, le système d'armes, etc., en exigeant à chaque fois que les industriels français mettent la main à la poche pour payer les améliorations. Lesquels se tournent vers la puissance publique pour demander que ces frais soient pris en charge par la défense. Souvent, ça a coincé, quelquefois, c'est passé. C'est toujours comme ça avec les Émiratis. Immensément riches et exigeants, ils ont pour habitude de faire payer leurs fournisseurs.

Précédents douloureux

Les Français ont du mal avec les Émirats. S'ils leur ont vendu en 1999 la plus performante version du Mirage 2000, le 2000-9, ils ont en revanche échoué à leur fournir des centrales nucléaires EPR finalement vendues par les Coréens. Et la vente de 136 chars Leclerc - unique exportation de ce char à ce jour - en 1991 s'était faite à des conditions catastrophiques pour l'industriel français GIAT-Industries, devenu Nexter. Non seulement ses clients ont exigé des compensations, mais en outre la mise à niveau permanente des chars avec ceux de l'armée française. Ce contrat s'est terminé par des pertes colossales.

L'équation Edelstenne

Les Émiratis ont un don rare pour mettre la pression. Excédé par le refus de Charles Edelstenne de revoir ses prix à la baisse, le cheikh Mohammed ben Zayed, prince héritier et ministre de la Défense d'Abu Dhabi, lançait voici un an une attaque en piqué contre Dassault qui "ne semble pas porter attention au fait que la meilleure volonté diplomatique et politique au monde ne peut pas passer outre des propositions commerciales non compétitives et impraticables". Chez Dassault, on a regardé ailleurs en prétendant en privé que ce discours s'adressait en fait à l'Élysée de Nicolas Sarkozy. Depuis, les socialistes sont arrivés au pouvoir et le discours entendu de la part du même ben Zayed s'est révélé encore plus ferme. En substance : "Tant que Charles Edelstenne sera là, les conversations ne reprendront pas." Et d'enfoncer le clou en annonçant récemment l'ouverture de négociations avec les Britanniques sur le Typhoon.

Vieille affaire

À Paris, même les très bons connaisseurs du dossier s'avouent perplexes devant l'ampleur du rejet d'Edelstenne par les Émiratis. Un vieux routier des ventes d'armes nous confie qu'il a constaté les dégâts de cette relation, "mais sans comprendre d'où vient cette haine. La seule chose que je sais, c'est qu'il s'agit d'une vieille, d'une très vieille histoire personnelle. Le Rafale n'a rien à voir là-dedans !" Lorsque le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian s'est rendu aux Émirats fin octobre, il n'a officiellement pas évoqué la question de l'avion français avec Mohammed ben Zayed : "Je ne suis pas allé aux Émirats pour les Rafale. Les Rafale attendront !" déclarait-il au Parisien le 24 octobre dernier.

Attendre, mais jusqu'à quand ? Jusqu'au 9 janvier 2013 ? Ce jour-là, Charles Edelstenne aura 75 ans, limite d'âge de son poste de président de Dassault Aviation. Qu'il quittera donc, non sans garder un rôle éminent de conseiller du groupe Dassault. Mais cela suffira-t-il pour que les Émiratis reprennent les discussions ? Rien n'est moins sûr et nombreux sont ceux qui pensent à Paris que le contrat du Rafale aux Émirats est définitivement perdu.

 

jean Guisnel

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