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ILERI-Défense

Les cinq principes de la Ligue arabe et de la Russie sur la Syrie

12 Mars 2012 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

La Russie a une nouvelle fois fait la preuve de son savoir-faire diplomatique dans le règlement des différends même là où ils demeurent, et même si aucun camp ne veut faire des concessions.

Et bien que les positions de la Russie et des pays arabes divergent considérablement sur la Syrie, or la crise dans ce pays ne fait que s’aggraver, après le week-end dernier on a l’impression que la paix se rétablira bientôt dans ce pays. En fin de compte, tout le monde poursuit précisément ce but!

Quoi qu’il en soit, les membres de la Ligue arabe et la Russie, qui rejoint leurs positions sur beaucoup de points, ont promis de faire tout leur possible pour y parvenir. Telle est l’issue des entretiens du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec ses homologues arabes qui se sont tenus le 10 mars au Caire.

Oublier les différends

Aujourd’hui, l'examen de la situation en Syrie se poursuivra entre les ministres des Affaires étrangères des puissances mondiales à New York au siège de l’Onu. Pour cette réunion, le ministre russe et ses homologues arabes avaient préparé un document, qui, selon Moscou, pourrait servir de base de discussion. Mais sera-t-il la base du règlement de la situation en Syrie?

Il s’agit d’une déclaration conjointe en cinq points. Les ministres y ont énuméré les principes sur lesquels ils étaient tous d’accord.

Premièrement, ils conviennent sur la "nécessité de mettre un terme à la violence en Syrie indépendamment de son origine". Deuxièmement, la nécessité de créer un mécanisme de contrôle pour le règlement. Troisièmement, mettre en place la fourniture d’une aide humanitaire à tous les Syriens. Quatrièmement, soutenir la mission de médiation de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, actuellement représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour la Syrie.

(Par ailleurs, samedi Annan a rencontré à Damas le président syrien Bachar al-Assad, et avant cela il s’était entretenu au Caire avec le ministre russe Sergueï Lavrov.) Enfin, cinquièmement, et le plus important, le principe de non ingérence dans les affaires de la Syrie.

L’artillerie poursuivra ses tirs

Tout cela serait merveilleux, n'étaient les communiqués permanents faisant état de nouvelles victimes en Syrie. Le problème ne réside pas dans ces objectifs nobles, mais dans les méthodes pour y parvenir.

Cela fait exactement un an que le conflit en Syrie a commencé. Au cours de cette période, selon l’Onu, plus de 7.500 personnes ont été tuées. Rien qu’en l'espace de deux jours on a recensé plus de cent victimes, une situation particulièrement difficile s’est créée dans les villes de Homs et Idlib, mais il y avait également des morts dans la capitale.

Le président Bachar al-Assad a déclaré à Kofi Annan qu’aucun règlement politique de la situation n’était possible tant que "les organisations terroristes sévissant dans le pays, semant le chaos et déstabilisant la situation, en attaquant les civils et les soldats, n’étaient pas éliminées".

A son tour, l’opposition accuse le gouvernement de violences excessives et "criminelles", les chars et l’artillerie ayant été utilisés pour attaquer les insurgés, y compris dans les quartiers urbains. Il est impossible de ne pas faire de victimes civiles dans un tel conflit.

"Des crimes ont été commis en Syrie. Les responsables de la mort des gens doivent être punis", a déclaré aux journalistes le ministre qatari des Affaires étrangères Hamad Ben Jassem Al Thani lors d’une pause pendant la réunion au Caire. Il a ajouté : "Le temps est venu de mettre en oeuvre la proposition d'envoyer des forces arabes et internationales en Syrie". "On espère trouver un terrain d’entente avec la Russie", a déclaré le ministre qatari. L’Arabie saoudite estime également qu’une intervention militaire au profit de l’opposition est inévitable.

Et bien que les autres pays arabes – le Liban, l’Irak et l’Algérie – sont réticents aux appels de s’impliquer plus activement dans la situation, l’avis du Qatar et de l’Arabie saoudite riches et influents pourrait traditionnellement avoir plus de poids.

Qui a cédé?

Alors qu’en est-il des cinq principes? "L'issue de la réunion du Caire est un grand mystère", a écrit dimanche en premier page le quotidien arabe Asharq Al-Awsat.

Les auteurs de l’article supposent que la Russie a fait des concessions aux Arabes, en acceptant prétendument le plan de départ du président Bachar al-Assad. La presse russe avance des explications contraires en estimant que le Qatar belliciste a cédé du terrain.

Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré à maintes reprises ces derniers jours que la Russie n’avait pas l’intention de changer sa position. Et, apparemment, c’est le cas. "Nos approches du règlement des conflits nationaux sont conformes au droit international et la Charte des Nations Unies. Il est avant tout question du respect à la lettre du principe d’inadmissibilité d’une ingérence extérieure, qui plus est militaire", a-t-il été récemment déclaré.

Les diplomates russes se sont même permis de railler les suppositions formulées à l’étranger selon lesquelles après l’élection présidentielle l’attitude de la Russie envers les événements en Syrie s’assouplirait au profit d’une plus grande coopération avec l’Occident. "Notre position ne dépend pas l’influence des cycles électoraux, contrairement à certains de nos collègues occidentaux. Comme le dit un proverbe russe, il ne faut pas tout mesurer à son aune".

L’entente convenue au Caire entre la Russie et la Ligue arabe est plutôt une démarche tactique qui ne sera pas suivie de changements considérables dans aucun des camps. Les pays arabes ont accepté de le faire, car ils craignent encore de s’impliquer sérieusement dans les affaires de la Syrie, en ayant conscience que c’est lourd de conséquences imprévisibles.

Et l’administration du président américain Barack Obama n’est pas encore prête pour une autre opération militaire. La poursuite du litige avec la Russie n’apporte rien. Et en fin de compte, les cinq points d’un document ne sont pas gênants, d’autant plus que ce sont des principes sur lesquels tout le monde est déjà d’accord.

La diplomatie russe a montré son savoir-faire pour trouver un terrain d’entente. Et ce, après la réprimande adressée en février à Moscou par le roi saoudien. A l’époque, il avait adopté un ton très ferme dans une conversation téléphonique avec le président Dmitri Medvedev, en le critiquant pour le veto au Conseil de sécurité des Nations Unies contre la résolution sur la Syrie. Après cela, le ministère russe des Affaires étrangères a demandé l’Arabie saoudite d’organiser rapidement une rencontre entre les ministres à Riad, mais cette requête a été rejetée.

C’était un moment désagréable. Et aujourd’hui, on parvient enfin au succès. Sauf que cela ne rendra la vie de la population syrienne meilleure. Tout simplement, durant cette courte période tout le monde a décidé de faire bonne mine en continuant chacun à jouer à son propre jeu.

Mais en fin de compte, l’art de la diplomatie consiste précisément à feindre en public que les problèmes se règlent, sans les régler pour autant.

 

ria novosti

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