Inde : et avec vos Rafale, vous voulez quoi ?
On le sait : le contrat du Rafale en Inde est encore loin d'être signé. Il faut dire que les sommes concernées (autour de 10 milliards d'euros pour 126 avions) sont énormes ! C'est le tiers d'une annuité budgétaire de la défense indienne... Où en sont les discussions ? Le PNC (Price Negotiation Committee) doit ouvrir ses discussions avec le fournisseur français dans les six semaines qui viennent. Et au-delà de la stricte acquisition des 126 avions (et peut-être 72 de plus), plusieurs questions se posent. L'une d'elles porte sur les compensations réclamées par les Indiens. Ils exigent que la France achète dans leur pays des biens ou des services équivalant à 50 % de la valeur du contrat. Ce qui n'est pas une mince affaire... Quand il a vendu à la Grèce ses Mirage 2000 voici dix ans, Dassault a dû trouver des solutions pour écouler d'importants tonnages de raisins de Corinthe.
Ni Dassault ni les Indiens n'ont donné d'éléments sur la nature de leurs discussions à venir. L'industriel ne fait par exemple aucun commentaire sur les modèles dont l'acquisition est envisagée. Une chose est sûre : à ce stade, ce sont les modèles "Air" qui sont concernés, dans une version proche du standard F3 français. On ne dispose pas d'information officielle sur le nombre d'appareils biplaces qui seraient commandés. L'Inde, qui ne dispose pas de porte-avions à catapulte et brin d'arrêt Catobar (Catapult Assisted Take Off But Arrested Recovery) et n'a pas fait part de son intention de s'en doter, n'a pas signifié son intérêt pour la version Marine du Rafale. Mais rien n'interdirait qu'elle s'intéresse au couple porte-avions/Rafale Marine. On sait que l'expansionnisme naval chinois représente l'une des obsessions indiennes et on ne voit pas l'Inde acquérir un équipement aussi performant que le Rafale sans le doter d'une capacité d'action en mer. À cet égard, le couple Rafale-Exocet SM 39 a certainement été évalué par les Indiens.
Les armes qui fâchent
Concernant l'armement emporté par les avions indiens, les équipements évoqués sont logiques : missiles air-air Mica, bombes guidées laser A2SM et GBU. Le futur missile air-air Meteor à statoréacteur est également évoqué, mais il n'est prévu que pour la version F4 du Rafale. Les points sensibles, sur lesquels il n'est actuellement pas possible d'obtenir des informations, concernent deux armes qui fâchent. Puissance nucléaire, l'Inde dispose de missiles sol-sol et mer-sol, et peut larguer des bombes à gravité avec ses Jaguar IS Shamsher et ses Mirage 2000H Vajra. On voit mal qu'elle acquière des Rafale sans exiger qu'ils puissent être dotés de cette capacité, tout comme les modèles de l'armée française. Ce à quoi Paris répondra immanquablement qu'il s'agit d'une affaire purement indienne ne concernant pas le vendeur.
Autre point d'interrogation sans réponse : le missile Scalp (Système de croisière conventionnel autonome à longue portée), de MBDA, développé en commun avec les Britanniques, également appelé Black Shaheen ou Storm Shadow. Officiellement, ce missile ne fait que 250 km de portée avec une charge de 450 kg. Il n'entre donc pas en contradiction avec le Régime de contrôle de la technologie des missiles, dont la France a été l'un des pays initiateurs, et qui exige - quelle heureuse coïncidence ! - que les missiles exportés par les puissances signataires ne dépassent pas une charge de 500 kg pour une portée de 300 km... Quand les Français ont vendu la version aux Émirats arabes unis la version Black Shaheen du Scalp, ils ont provoqué un violent courroux des États-Unis. Qu'en sera-t-il si l'Inde demande de tels engins, comme c'est probable ? Nous verrons bien !
Jean Guisnel, Défense Ouverte, Le Point