Défense : Moscou s'offre deux navires de guerre français Mistral supplémentaires
De passage à Paris la semaine dernière, le ministre de la Défense russe, Anatoli Serdioukov a confirmé son intention d'acquérir deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) de la classe Mistral supplémentaires auprès de DCNS, en dépit d'une forte opposition d'une partie de l'armée et du lobby des fabricants d'armes russes. Après l'acquisition de deux BPC, Moscou a levé l'option sur les deux derniers.
Le ministre de la Défense russe, Anatoli Serdioukov, a beau être pris dans une série de scandales liés à la corruption dans son ministère, il reste campé sur ses positions. De passage à Paris le 31 octobre dernier, où il a rencontré son homologue Jean-Yves Le Drian, le ministre russe, il a indiqué que "les fonds pour la construction des troisième et quatrième bâtiments Mistral ont déjà étés insérés dans la loi de budget pour la défense, et nous pouvons les utiliser en 2013", rapporte l'agence RIA Novosti. Anatoli Serdioukov a précisé que les négociations avec DCNS n'avaient pas encore démarré mais que son ministère avait déjà entamé des "consultations avec OSK (chantiers navals de Saint-Pétersbourg, ndlr) pour les troisième et quatrième du Mistral. La consultation permettra de déterminer le calendrier et la coopération" avec le côté français.
Une décision qui signifie que Moscou a levé son option sur le contrat de 1,15 milliard d'euros signé l'année dernière. La Russie et la France étaient tombées d'accord pour la construction de deux BPC de classe Mistral baptisés "Sébastopol" et "Vladivostok". La construction du premier navire a démarré cette année aux chantiers navals STX de Saint-Nazaire. Il sera livré par DCNS en 2015. Les Russes désirent que les deux Mistral suivants soient en majeure partie construits par les chantiers navals russes. Ils posent aussi comme condition d'importants transferts de technologies.
Transferts de technologies
"Les Français nous fournissent déjà des technologies nouvelles aussi bien pour les deux premiers Mistral que pour le troisième et le quatrième. S'ils ne nous avaient pas transféré ces technologies, [OSK] aurait déjà fait depuis longtemps hurlé au scandale", a souligné Anatoli Serdioukov. En réalité, le scandale enfle depuis déjà longtemps et est alimenté par des articles dans la presse russe affirmant que la France, récalcitrante aux transferts de technologies, vendrait une "coque vide" aux Russes. Ces accusations s'appuient largement sur le fait que les officiels de part et d'autres sont récalcitrants à expliquer aux médias de quelles technologies il est question. La polémique ne s'arrête pas là. Selon Konstantin Makienko, expert au Centre d'Analyses stratégiques et technologiques, les deux premiers Mistral ont déjà dû mal à trouver leur place dans la flotte Pacifique. Aussi, l'acquisition de deux bâtiments supplémentaires soulève des interrogations parmi les hauts gradés.
Le budget défense en hausse de 25%
En 2013, les dépenses de la Russie pour la Défense augmenteront de 25%, soit 3,2% du PIB. L'achat à la France de navires Mistral a brisé le tabou russe d'achats d'armes étrangères. Les fabricants hexagonaux courtisent depuis allègrement les généraux et décideurs russes, qui font miroiter aux Français l'achat de systèmes FELIN de Sagem (équipements électroniques pour les fantassins) et d'hélicoptères Eurocopter notamment.
En juin 2011, Paris et Moscou avaient signé le contrat de vente de deux navires de guerre Mistral à la marine russe, un accord qui faisait l'objet de négociations depuis des mois, pour plus d'un milliard d'euros. Ce contrat portait sur deux commandes fermes auxquelles s'ajoutaient des options pour deux bâtiments supplémentaires. Les deux porte-hélicoptères sont construits par les chantiers navals français DCNS, maître d'oeuvre sur le contrat, et STX, en collaboration avec le groupe public russe United Shipbuilding Corporation, OSK.
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