Contre-piraterie : une école de l’opérationnel pour la marine chinoise
La marine de l’Armée populaire de libération joue un rôle croissant dans les opérations de lutte contre la piraterie dans l’Océan Indien. Elle y redécouvre l’art d’opérer loin de ses propres frontières dans un contexte multinational qui n’est pas toujours évident à appréhender pour Pékin. Une occasion pour la marine chinoise d’afficher sa puissance et sa volonté de participer aux opérations internationales.
Depuis 4 ans, la présence des navires de guerre chinois dans l’Océan Indien est presque devenue normale. Si la stratégie chinoise reste centrée sur une forte défense de ses territoires, évitant toute forme d’interventionnisme militaire, la globalisation de ses enjeux appelle aussi à une capacité de déploiement éloignée.Depuis le début des années 2000, les responsables communistes discutent de la nécessité de faire progresser la marine vers des eaux plus distantes des côtes chinoises. Aujourd’hui, cette dernière semble capable d’opérer loin de son propre sol.
La marine chinoise participe ainsi aux opérations de lutte contre la piraterie dans l’Océan Indien, notamment à proximité des côtes somaliennes. La cohabitation avec les flottes de l’Union européenne, de l’OTAN et des Etats-Unis n’ont pas été des plus naturelles. Les militaires chinois sont en effet plus à l’aise dans des relations binationales que dans un dialogue avec des organismes multinationaux. Les échanges se sont pourtant largement améliorés et les bâtiments de guerre de Pékin sont aujourd’hui capables de travailler avec des puissances avec lesquelles les relations diplomatiques ne sont pas toujours au beau fixe, comme l’Inde ou le Japon.
Cette participation à la police des mers internationale s’est imposée d’elle même. Aujourd’hui, quelques 100 000 cargos empruntent ces voies maritimes. Ce sont 66% des livraisons de pétrole mondiales qui suivent cette itinéraire. Les navires chinois comme ceux de leurs partenaires économiques n’échappent pas à ces réalités. Et pour Pékin, la piraterie est devenue un frein aux échanges commerciaux dont les biens, notamment en matière d’énergie, voyagent via l’Océan Indien.
La présence chinoise à proximité du Golfe d’Aden et des côtes somaliennes se compose d’un groupement de trois navires, déployés sur pour des rotations de quatre mois et armés successivement par les différentes flottes. La majorité du temps, elle regroupe deux navires combattants, soit un duo de frégates, soit un destroyer un peu plus lourd et une frégate. Ce couple de bâtiments est toujours accompagné d’un ravitailleur.
Une participation formatrice
Tant bien que mal, la flotte chinoise a du apprendre à communiquer avec les autres puissances militaires qui interviennent dans l’Océan Indien. C’est ainsi que leurs navires se sont équipés du dispositif de communicationMercury, partagé par tous les bâtiments du secteur en dehors des Iraniens. La Chine participe à présent pleinement aux dispositifs d’alerte, d’information et de surveillance de la région. Ils communiquent et interagissent de manière fluide avec des bâtiments américains ou européens. Ils interviennent même dans les réunions organisées, notamment en Afrique, pour échanger et proposer des solutions en matière de lutte contre la piraterie.
Pour les Chinois comme pour les Occidentaux, ces rencontres sont aussi l’occasion d’observer les méthodes de travail des uns et des autres. Mi-septembre, les équipages du destroyer Winston S. Churchill et de la frégate Yi Yang ont mené un exercice d’abordage et de contrôle de navire commun. Les commandos américains et chinois ont travaillé de concert au sein d’un groupe d’intervention binational. Les officiers chinois profitent de toutes ces opportunités pour afficher leur participation aux actions internationales.
Cette présence nouvelle dans ces eaux internationales (la marine chinoise ne s’était pas aventurée aussi loin depuis le XVème siècle), permet également aux militaires chinois de nouer des relations privilégiées avec certains pays. Leurs navires de guerre ne manquent jamais une occasion de parader dans les ports du Kenya, du Mozambique, de Madagascar, de Tanzanie, d’Afrique du Sud ou des Seychelles. Un moyen de tisser des relations stratégiques et de rencontrer les interlocuteurs avec lesquels pourraient se négocier à l’avenir certains partenariats : Pékin continue de chercher aux Seychelles un point d’attache pour fonder l’un sites stratégiques de son fameux « collier de perles ».
Photos : US Navy /Specialist 2nd Class Aaron Chase & 2nd Class Nathanael T. Miller

