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Par Philippe Tesson
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Par Armin Arefi et Julie Schneider
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Par Alexandre Ferret
"Le retrait d'Afghanistan, c'est maintenant." C'est par cette phrase que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a signifié dimanche au Parisien le coup d'envoi du départ des troupes françaises d'Afghanistan. D'ici fin août, ils seront 650 soldats français à quitter le pays. Dès ce mardi 10 juillet, ce sont trois Mirage 200D qui se sont les premiers envolés de la ville de Kandahar pour rejoindre leur base de Nancy. Le 31 décembre 2012, c'est la totalité des 3 400 combattants français présents en Afghanistan qui seront rentrés en France.
Seules exceptions, des officiers chargés de la formation des forces afghanes, ainsi que de la responsabilité de l'aéroport militaire et de l'hôpital militaire de Kaboul. Ces derniers devront attendre la fin du mandat de l'Isaf (Force internationale d'assistance à la sécurité), c'est-à-dire la fin de l'année 2014, pour rejoindre la France. "Les Français peuvent être fiers du travail réalisé pendant onze ans par notre armée", s'est félicité le ministre de la Défense au Parisien. "Les objectifs que s'était fixés la coalition sont atteints. L'Afghanistan n'est plus un État terroriste. Al-Qaida a vu son pouvoir profondément affaibli, et ses chefs et ses infrastructures, comme Ben Laden, éliminés", a ajouté Jean-Yves Le Drian.
Lourdes pertes
"Qu'il y ait encore des problèmes internes de pacification, c'est évident, a-t-il toutefois nuancé, mais nous ne sommes plus dans la même logique." Ces "problèmes internes de pacification", comme les appelle le ministre, c'est encore la mort, dimanche, de six soldats américains de l'Isaf, tués dans l'explosion d'une bombe artisanale dans l'est du pays. Le 9 juin dernier, ce sont quatre soldats français qui ont été abattus au cours d'une attaque d'insurgée, portant à 87 le nombre de militaires français tués depuis le début de la guerre en 2001. "Et on ne parle même pas du nombre considérable de blessés, dont certains demeurent amputés et handicapés, sans oublier les traumatisés", rappelle Mariam Abou Zahab, chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri)..
Ces lourdes pertes - 234 soldats de l'Otan tués en depuis 2012- n'ont pas empêché la communauté internationale de promettre dimanche de verser à Kaboul quelque 16 milliards de dollars d'ici à 2015. En outre, les 80 nations et organisations réunies à Tokyo se sont engagées à continuer de financer le pays en 2016 et 2017. En échange, elles exigent des autorités afghanes qu'elles s'engagent à organiser des élections en 2014 et 2015, améliorent l'accès à la justice pour tous, notamment les femmes, et qu'elles luttent plus efficacement contre la corruption.
L'irrésistible retour des talibans
Justement, onze ans après le début de l'intervention de l'Otan en octobre 2011, l'Afghanistan a-t-elle enregistré de réels progrès ? Chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Karim Pakzad évoque un échec global, teinté toutefois de quelques notes positives. "Première cible de l'Otan, les talibans ont certes été rapidement chassés de Kaboul, mais ils n'ont pas disparu pour autant", note le spécialiste de l'Afghanistan. "Aujourd'hui, ils sont même plus forts qu'avant. Ils ont mis en échec l'armée la plus puissante du monde, si bien qu'ils ont poussé les Américains à négocier leur retour au pouvoir"..
Étonnamment, les populations afghanes ne seraient pas insensibles à ce retour en grâce. "Face à un gouvernement qui n'a plus aucune légitimité, les talibans bénéficient d'une supériorité morale", estime pour sa part Mariam Abou Zahab. "Avec leurs administrations parallèles en milieu rural, ils sont considérés comme plus efficaces. Ce soutien populaire est donc plus pragmatique qu'idéologique", souligne la chercheuse. Le pays peut tout de même se targuer d'avoir enregistré certaines avancées notables.
80 % d'analphabètes
Inscription de tout parti politique, ou liberté de la presse, l'Afghanistan de 2012 n'a plus rien à voir avec son passé. Problème, que valent ces progrès dans un pays où 80 % de la population est toujours analphabète ? Chiffre étonnant, 30 % de femmes ont été admises au Parlement afghan, soit plus qu'en France. Mais dans les faits, leur liberté de ton serait des plus limitées. "Tous ces acquis demeurent extrêmement fragiles car ils ont été imposés et ne répondent pas à une évolution de la société", analyse Karim Pakzad. La preuve, "en zone rurale, le statut de la femme n'a pratiquement pas changé, tout juste ont-elles gagné un peu en sécurité", note Mariam Abou Zahab.
Dernier exemple en date, la diffusion d'une vidéo montrant l'exécution par balle d'une femme soupçonnée d'adultère dans un village à une centaine de kilomètres de Kaboul. Pour Mariam Abou Zahab, cette pratique qui n'a "rien à voir avec les talibans", traduit la mentalité liée aux conceptions de l'honneur de la famille en Afghanistan. "Cela existait avant les talibans, et ne disparaîtra pas avec l'Occident." "La société afghane demeure extrêmement rigoureuse en termes de lois islamiques", renchérit Karim Pakzad. "Si les talibans ont pu y faire leur nid, c'est qu'ils disposaient d'une base en ce sens."

