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ILERI-Défense

Visite délicate du président afghan à New Delhi

4 Mai 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Asie

Le premier ministre indien Narendra Modi, son homologue pakistanais Nawaz Sharif et le président afghan Ashraf Ghani, à Katmandou (Népal), le 27 novembre 2014. NIRANJAN SHRESTHA/REUTERS
Le premier ministre indien Narendra Modi, son homologue pakistanais Nawaz Sharif et le président afghan Ashraf Ghani, à Katmandou (Népal), le 27 novembre 2014. NIRANJAN SHRESTHA/REUTERS

La visite de trois jours en Inde commencée par Ashraf Ghani, lundi 27 avril, s’annonce délicate. Le président afghan va devoir déployer tous ses talents de stratège pour rassurer un premier ministre indien passablement irrité par les jalons diplomatiques que le successeur de Hamid Karzaï a posés en Asie du Sud ces derniers mois.

Les deux hommes ont sensiblement le même âge – autour de 65 ans – et sont arrivés aux commandes de leur pays respectif en 2014, avec seulement quelques mois d’écart. Cela ne suffit pas à en faire des alliés : peu après son investiture, fin septembre, Ashraf Ghani a choisi la Chine pour son premier déplacement à l’étranger, et s’est rendu depuis au Pakistan. Il n’a rencontré Narendra Modi qu’à l’occasion d’un sommet régional au Népal, il y aura bientôt six mois.

Commande d’armes suspendue

Les rencontres bilatérales doivent porter, pour l’essentiel, sur le rôle que l’Inde peut jouer dans la stabilisation de l’Afghanistan, alors que l’armée afghane se retrouve en première ligne face aux talibans, l’OTAN ayant mis un terme officiel à ses opérations à la fin de l’année dernière. Les deux pays sont liés depuis 2011 par un accord de partenariat stratégique, par lequel l’Inde s’est engagée à entraîner les forces de sécurité afghanes et à fournir des armements. Une commande que M. Ghani s’est empressé de suspendre. « L’Inde est impatiente de l’entendre sur la façon dont il veut faire avancer [ce partenariat], explique Lalit Mansingh, ancien secrétaire général du ministère indien des affaires étrangères. Il a refusé notre offre et il s’agit de savoir si l’accord est encore valide ou pas. »

Selon Kanwal Sibal, ex-ambassadeur à Paris et Moscou, New Delhi« s’interroge sur les intentions » d’un président afghan manifestement enclin à penser que « l’Inde n’a pas de rôle clé à jouer en Afghanistan » et qui préfère « compter sur le Pakistan » pour résoudre le problème taliban. Ashraf Ghani, du reste, ne s’en cache pas, multipliant les gestes amicaux en direction d’Islamabad. En dépit de ce nouveau contexte, Narendra Modi n’entend pas renoncer, bien au contraire, à son rôle de « premier partenaire stratégique de l’Afghanistan », expression employée mi-avril par sa ministre des affaires étrangères, Sushma Swaraj.

Voie étroite

La voie reste néanmoins très étroite, car le président Ghani joue par ailleurs la carte d’une Chine qui cherche, elle aussi, à tirer parti du désengagement américain dans la région. Cette dernière attend de lui un soutien dans sa lutte contre les djihadistes ouïgours de la région autonome du Xinjiang, en échange de quoi elle joue les médiateurs entre le gouvernement de Kaboul et les talibans afghans, dont des délégations ont été reçues de façon inédite cet hiver à Pékin. La Chine est en outre en train de renforcer sa présence chez son allié historique, le Pakistan, dont il est le premier fournisseur d’armes. En annonçant il y a huit jours la construction d’un « corridor »entre le Xinjiang et l’entrée du golfe Persique, le président chinois, Xi Jinping, a donné corps au dialogue stratégique tripartite lancé à Kaboul en février entre la Chine, le Pakistan et l’Afghanistan.

En réaction, l’Inde tourne maintenant son regard vers l’Iran. Le 23 avril, le gouvernement Modi a fait savoir qu’il allait prochainement signer avec Téhéran le contrat d’extension du port de Chabahar, situé sur le détroit d’Ormuz. Prolongé par des infrastructures terrestres, ce projet permettrait de rejoindre par l’ouest l’Afghanistan et les ressources énergétiques et minières d’Asie centrale. « Le Pakistan n’autorisera jamais l’Inde à traverser son territoire pour accéder à l’Afghanistan, c’est donc un dossier capital sans lequel M. Modi n’aura pas grand-chose à offrir lors de son déplacement en Asie centrale en juillet prochain », fait remarquer une source du ministère des affaires étrangères citée par le quotidien Hindustan Times. Encore faudrait-il que l’accord international sur le nucléaire iranien soit bouclé, faute de quoi l’embargo qui frappe Téhéran risque de se prolonger et de retarder d’autant le « plan B » de Narendra Modi. –(Intérim.)

Source: Le Monde, 27 avril

relayé par B.L

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