Un refuge nazi trouvé en Argentine? Ils vivaient en Amérique du Sud sans avoir à se cacher
Des archéologues argentins affirment avoir découvert un repaire nazi dans la jungle. Selon le journal argentin "Clarin", des chercheurs de l'université de Buenos Aires enquêtent sur un site en ruines situé dans le Nord de l'Argentine, qui aurait été construit pour servir de refuge à des nazis en fuite. Éclairage de Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Iris.
Une équipe d’archéologues de la ville de Buenos Aires vient d’exhumer dans le grand nord argentin les ruines inattendues d’un refuge nazi. Les trois bâtiments perdus au fin fond d’une forêt quasiment inaccessible étaient à deux pas de la frontière paraguayenne.
Des monnaies d’Allemagne hitlérienne ont permis d’identifier les constructeurs. Le refuge n’a jamais servi. Les nazis n’ont jamais eu besoin de se cacher en Amérique du Sud. Pas plus d’ailleurs que les militants d’extrême droite venus des quatre coins d’Europe.
Le contexte a beaucoup changé ces dernières années. Il contraint les épigones des diverses familles fascistes à des choix géopolitiques réducteurs.
Une terre d'accueil pour les anciens nazis
Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Paraguay ont accueilli sans problème des anciens nazis dans les années 1950, puis au fil du temps leurs avatars de l’OAS française, et des extrêmes droites italienne et espagnole. L’Amérique du Sud était en 1945 un sous-continent resté relativement à l’écart du conflit. Ses composantes avaient retardé le moment de s’engager au côté des Alliés. L’Argentine, bonne dernière, s’était décidée en mars 1945.
Les dirigeants argentins, mais aussi brésiliens, partisans de méthodes de gouvernement musclées, avaient des sympathies pour les régimes européens totalitaires et nationalistes.
L’argentin Perón, qui avait séjourné à Rome, penchait pour le fascisme italien, tout en cultivant une amitié particulière avec l’Espagne franquiste. L’Allemagne nazie était le principal partenaire en 1939 du Brésil deGetulio Vargas. En signe d’amitié, Vargas avait livré Olga Benario, femme du leader communiste Luis Carlos Prestes, au dictateur allemand Adolf Hitler. Elle est morte en camp de concentration.
On connait la pointe de l’iceberg nazi, quelques figures d’exilés célèbres. Adolf Eichmann, cadre de la SS ayant participé à la solution finale des populations de confession juive, a ainsi été kidnappé à Buenos Aires par le Mossad israélien en 1960. Klaus Barbie, responsable de la Gestapo à Lyon, et de l’assassinat de Jean Moulin, a été extradé vers la France depuis la Bolivie en 1983.
Erich Priebke, "petite main", du massacre des fosses ardéatines, à Rome, a été extradé d’Argentine où il s’était reconverti dans la charcuterie, vers l’Italie en 1995. Bien d’autres ont été signalés ici ou là, mais jamais "pincés", comme le sinistre docteur d’Auschwitz, Josef Mengele.
Une page peu glorieuse de l'histoire
La Guerre froide a légitimé l’émergence en Amérique latine, dans les années 1970, avec la complicité des États-Unis, de régimes militaires. Ce contexte a donné aux "réfugiés" nazis la possibilité de prolonger leurs séjours. Très vite, ils ont été rejoints par de jeunes coreligionnaires européens.
L’un des auteurs de l’attentat du petit Clamart, qui visait le général de Gaulle, Georges Watrin, s’est installé au Paraguay. Jacques Soustelle, autre figure de l’Algérie française, lui rendait visite pour des séjours couplant politique et affaires. Des spécialistes en maintien de l’ordre et en interrogatoires musclés ont également été recrutés par les généraux alors au pouvoir de Buenos Aires à Santiago.
Les militaires français en rupture d’obéissance républicaine ont fait bénéficier de leurs "connaissances" les armées locales d’Argentine au Chili. Les spécialistes allemands ont pu, de leur côté, avec l’autorisation d’Augusto Pinochet, ouvrir un centre de formation et de détention au Chili, appelé "Colonia Dignidad".
Cette page peu glorieuse d’histoire partagée entre Europe et Amérique du sud est-elle définitivement tournée ? La montée en puissance de forces obscures d’Autriche aux Pays-Bas en passant par la France et la Suède contraste avec la démocratisation des pays américains du sud, pour beaucoup gouvernés par des formations progressistes.
Une résurgence de ces dérives ?
Il reste malgré tout un point d’ancrage accueillant pour les anti-communistes de tout poil, le Paraguay. L’hebdomadaire "Minute", recommandait à ses lecteurs effrayés en 1981 par le gouvernement d’union de la gauche, de s’installer au Paraguay. Le FPO autrichien visite Asunción avec assiduité.
Le député européen, élu frontiste, Aymeric Chauprade, grand ami du président dominicain Leonel Fernandez, serait de la prochaine escapade autrichienne au Paraguay.
La résurgence éventuelle de ces dérives, préoccupe écrivains, et cinéastes. "La bataille du petit Trianon", roman du brésilien Jorge Amado, a rafraîchi la mémoire de ceux qui dans son pays auraient oublié les penchants fascistes de Getulio Vargas. Plus récemment, son compatriote Fernando Morais a rappelé dans son livre le drame d’"Olga", livrée par Getulio Vargas aux nazis.
L’argentine Lucia Puenzo a raconté en images un épisode oublié de la vie argentine du docteur Josef Mengele, en 2013, dans son film "Le médecin de famille". La réalisatrice française Marie-Monique Robin a utilement démontré pour ceux qui l’auraient refoulé la responsabilité de certains Français dans les guerres sales d’Amérique du sud. Son film documentaire porte le titre sans équivoque d’"Escadrons de la mort, l’école française".
Source: l'OBS
Relayé par Arturo Plaza.
