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ILERI-Défense

Beau prétexte à la répression : les crimes de l’Etat islamique offrent les meilleures raisons aux régimes arabes pour sévir contre leurs peuples. Et ils ne s’en privent pas.

13 Février 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Dessin de Danziger, Etats-Unis.
Dessin de Danziger, Etats-Unis.

Daech est aujourd’hui ce qu’a été la “cause palestinienne” pendant des décennies, à savoir un fourre-tout qui sert de prétexte à toutes les erreurs et à tous les excès répressifs des régimes arabes, régimes qui se présentent comme les alliés incontournables des Occidentaux. Mais, si le fourre-tout palestinien se nourrissait de la sympathie des peuples pour une cause, celui de Daech se nourrit de la frayeur provoquée par la capacité de cette organisation à s’imposer par la violence. Les mouvements palestiniens cherchaient à soigner leur image. Lorsqu’ils commettaient des exactions, ils le faisaient à huis clos.

Daech, en revanche, non seulement assume sa réputation sanglante, mais en rajoute en diffusant les photos de ses crimes. Dans le passé, sous prétexte qu’aucune voix ne devait rompre l’unanimité si l’on voulait remporter la bataille de la Palestine, les régimes arabes déclaraient l’état d’urgence pour, en fait, museler les opposants et faire taire jusqu’aux revendications politiques et économiques les plus élémentaires. La même chose se reproduit aujourd’hui avec l’invocation de l’épouvantail de Daech. Dans le passé, les régimes faisaient croire qu’ils combattaient Israël avec toute leur énergie, et qu’on allait bientôt pouvoir prier à Jérusalem. Et la génération de nos pères a vécu quarante ans d’attente, d’humiliations et d’échecs.

Aujourd’hui, les héritiers de ces mêmes régimes cherchent à convaincre notre génération qu’une guerre sans merci est lancée contre Daech et qu’il suffira de prendre un peu sur soi pour la remporter. Prendre un peu sur soi, cela veut dire renoncer à ses droits et faire le deuil des revendications pour lesquelles des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées [au moment des printemps arabes], et au nom desquelles beaucoup ont donné leur vie.

En Egypte, des centaines de militants laïcs, pacifiques et dans la fleur de l’âge viennent d’être condamnés à perpétuité. C’étaient pourtant eux qui, après avoir fait la révolution du 25 janvier 2011, avaient été les premiers à combattre le pouvoir des Frères musulmans sous la présidence de Mohamed Morsi. De même, des centaines de personnes ont été condamnées à mort pour appartenance à des “groupes extrémistes”, ce qui va des adeptes d’un islam politique modéré à des cellules [réellement] affiliées à Daech.

A cela s’ajoutent des arrestations d’étudiants et de journalistes, accusés de “propagation de fausses nouvelles”, sans parler du fait que les appareils de sécurité peuvent continuer à sévir impunément. Les attentats [en janvier] dans le Sinaï et ailleurs semblent légitimer ces méthodes, les autorités pouvant se prévaloir d’avoir reçu un mandat du peuple pour agir à leur guise. En réalité, ce qui se passe n’est que la conséquence d’une politique qui consiste à exclure toute une partie de la population, et donc à la condamner à la clandestinité. Les dérives terroristes qui en découlent étaient parfaitement prévisibles.

Arbirtraire. Au Liban, la situation est moins grave, mais non moins explosive. Le pays vit dans un état d’urgence non déclaré. Dans le sud du pays, le Hezbollah risque à tout instant d’ouvrir un front de guerre avec Israël. Dans l’est, à la frontière syrienne, des soldats meurent dans une guerre non déclarée [avec les mouvements islamistes] qui produit son lot de cercueils.

Et il n’y a même pas de président [depuis huit mois] pour annoncer un deuil national pour eux. Dans le même temps, sous prétexte de combattre Daech et le Front Al-Nosra [les islamistes affiliés à Al-Qaida], les appareils de sécurité libanais arrêtent arbitrairement des gens et détruisent leurs taudis dans des quartiers de misère. De même, ils chassent des réfugiés syriens accusés de fournir un terreau favorable à l’extrémisme djihadiste. Plus grave encore, le Hezbollah a de nouveau le feu vert pour décider seul de la guerre et de la paix.

Car on estime qu’il vaut mieux le laisser mener “une guerre préventive” contre les terroristes en Syrie avant que ceux-ci n’arrivent en territoire libanais. [Le Hezbollah combat les djihadistes avec les troupes du régime syrien.] Quant à la Syrie, Bachar El-Assad a réussi un coup de maître en s’imposant aux yeux de larges couches de la population comme étant le seul rempart contre Daech et un allié acceptable pour la communauté internationale.

Tout comme son père, Hafez El-Assad, avait réussi à faire de la Syrie un acteur incontournable dans la région en tirant les ficelles dans les pays voisins, voici le fils qui réussit, avec les Iraniens, à se placer dans le même camp que les Américains dans la guerre contre le terrorisme. Et à convaincre ceux-ci que “les questions intérieures” pourront être laissées à des négociations organisées par l’entremise des Russes.

Justice. Tous les conflits ne se terminent-ils pas à la table des négociations ? Peut-être, mais il n’en est pas moins dramatique qu’Assad fils semble ainsi échapper, comme avant lui son père, à la justice et qu’au nom de la priorité absolue d’éradiquer Daech les massacres et les milliers de morts dont il est responsable semblent destinés à l’oubli.

Assad avait très tôt compris que l’actuelle administration américaine n’était pas encline à la guerre et qu’il pouvait donc engraisser le monstre Daech, quitte ensuite à se proposer comme étant le mieux placé pour le tuer. Finalement, il va sans dire que Daech procède lui aussi de cette manière. Il prétend qu’en coupant des mains et des têtes il combat la tyrannie. Lui aussi se présente comme la seule solution de rechange [face aux dictatures arabes].

Source: C.I. (12 février) d'après un article de Bissan Al-Cheikh dans Al-Hayat (Londres)

relayé par B. Longère

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