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ILERI-Défense

Obama-Nétanyahou, la haine pour seul moteur

21 Novembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Dessin de Chappatte, paru dans Le Temps, Genève.
Dessin de Chappatte, paru dans Le Temps, Genève.

Défait aux élections de mi-mandat, le président américain ne pourra exister que sur la scène internationale au cours des deux prochaines années : il va se réconcilier avec l’Iran et soutenir les Palestiniens.

Deux ans : c’est ce qu’il aura fallu attendre pour que le rêve de Benyamin Nétanyahou se réalise – Obama a mordu la poussière. Les premiers jours de novembre 2012 [présidentielle américaine], l’excitation était à son comble autour de Nétanyahou. Les sondages secrets et les estimations semblaient indiquer que, contrairement aux craintes israéliennes, le candidat républicain Mitt Romney allait vaincre le sortant démocrate, tout comme, en 1996, Nétanyahou avait pris de court les experts en raflant la victoire au nez et à la barbe du Premier ministre [travailliste] sortant Shimon Peres [qui avait succédé à Yitzhak Rabin, assassiné fin 1995]. Alors, quand il apparut qu’Obama était réélu, Nétanyahou fut en état de choc.

Fondées sur le scénario tenu pour certain d’une défaite de l’exécré président américain, les stratégies déployées par le Premier ministre israélien face à l’Iran et à la Palestine s’effondraient. Mais ce qui ne s’est pas réalisé il ya deux ans vient de se concrétiser lors du renouvellement partiel du Congrès américain. En obtenant la majorité à la Chambre et au Sénat et en humiliant le président démocrate, le Parti républicain a redonné des couleurs au camp conservateur de Nétanyahou. Le Premier ministre israélien sait que ce n’est pas encore la fin, ni même le commencement de la fin. Mais, au moins, c’est la fin du commencement.

Au bout d’un interminable tunnel, Jérusalem commence à voir la lumière d’une Amérique à la fois nouvelle et ancienne : celle qui rejette la vision du monde de l’administration actuelle et se prépare à agir à nouveau comme un empire. Les rapports à couteaux tirés entre le brillant orateur de Chicago [Obama] et l’éclatant tribun de Jérusalem [Nétanyahou] sont fondés depuis le départ sur une haine réciproque. Pour Obama, Nétanyahou n’est qu’un conservateur fumeur de cigares échappé du XIXe siècle et qui a sans relâche cherché à saper sa politique de paix et de progrès.

Pour Nétanyahou, Obama n’est qu’un extraterrestre arrivé accidentellement sur la Terre pour prendre le contrôle idéologique de la Rome du XXIe siècle et stériliser sa puissance. Pourtant, la haine réciproque qui anime les deux hommes est fondée sur le même postulat erroné : en leur for intérieur, tous deux sont persuadés que Nétanyahou est le véritable chef du Parti républicain [américain].

Folie. Voilà pourquoi ils sont incapables d’agir en hommes d’Etat, l’un à la tête d’une immense démocratie et l’autre à la tête d’une petite démocratie, mais comme des ennemis politiques jurés. Au lieu d’œuvrer ensemble à la défense des valeurs communes à leurs deux pays, ils se comportent comme les candidats d’une même élection rivalisant de coups fourrés et d’insultes comme dans une campagne électorale. Cela peut paraître dément, mais c’est ainsi. Et c’est ce qui, pendant six ans, a mené les relations israélo-américaines au bord de la folie.

L’homme de Rehavia [quartier où résident les Premiers ministres israéliens] peut respirer : ses collègues et amis ont gagné des scrutins difficiles dans le Kentucky, en Virginie-Occidentale, en Caroline du Nord, dans le Colorado et en Géorgie. Les Nétanyahou compatibles ont repris en mains le Sénat et l’agenda américains. Mais la jubilation affichée à Jérusalem est peut-être prématurée. C’est précisément parce que, ces deux prochaines années, Obama ne pourra plus prendre la moindre initiative en matière sociale qu’il risque de tout faire pour laisser un héritage en matière internationale.

C’est parce qu’il ne peut plus espérer laisser sa marque sur l’Amérique qu’il va essayer d’en laisser une sur la planète. La seule façon d’y arriver, c’est de sceller un accord de réconciliation avec l’Iran et avec la Palestine autoproclamée. C’est parce qu’Obama a une vision à l’opposé de celle du Premier ministre israélien qu’il risque de ne pas attendre longtemps avant de tenter de faire des pires cauchemars de Nétanyahou une réalité. Nétanyahou, pour sa part, s’efforcera de faire ce qu’il aime le plus : encourager la nouvelle majorité républicaine à croiser le fer avec une administration démocrate affaiblie.

La chronique de cette haine réciproque est donc loin de toucher à sa fin. Dans l’interminable bras de fer israélo-américain, les deux années à venir risquent d’être les plus violentes et les plus dangereuses de toutes.

source: C.I. (20 nov, à partir d'un article de Ha'Aretz)

relayé par B. Longère

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