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ILERI-Défense

LIBYE: Morts pour avoir défendu la démocratie

7 Novembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Moyen Orient

Les militants des droits de l'homme seraient la cible prioritaire des groupes armés qui veulent perturber le processus démocratique. Sur l'année écoulée, 35 meurtres de ce type ont été perpétrés. Des assassinats qui n'ont jamais été revendiqués.

Muni de son appareil photo, Nader Elgadi avait réussi à capturer la révolte populaire contre la violence des milices. C'était le 26 juillet 2014, et ce militant des droits de l'homme de 27 ans venait d'assister à sa dernière manifestation à Tripoli. Après avoir immortalisé le ras-le-bol des Libyens, il rentre chez lui pour mettre ses photos en sécurité et déposer son appareil. Et c'est en sortant en fin d'après-midi qu'il est enlevé et emmené loin de la ville.
"J'avais les yeux bandés, raconte-t-il, mais, d'après leur accent, mes ravisseurs venaient de Tripoli." Il est accusé d'être un partisan de l'opération Dignité, une opération militaire lancée [par le général Hafter le 16 mai à Benghazi] contre les brigades islamistes. Ces dernières se sont regroupées [depuis le 13 juillet] sous le nom d'Aube de la Libye. Jeté dans une prison de fortune où il sera interrogé, Nader Elgadi est finalement libéré le lendemain soir. D'autres n'auront pas cette chance.

Une campagne de terreur

Selon les organisations des droits de l'homme, au moins 35 personnalités issues de la société civile ont été tuées en Libye cette année. A la suite de l'effondrement du système judiciaire lors de la révolution libyenne de 2011, les milices rebelles imposent leur propre conception de la justice. Les enlèvements sont monnaie courante, et les gangs armés ont également recours aux assassinats dans le cadre d'une campagne de terreur de plus grande ampleur.

Et puisque dans de nombreuses régions du pays la police est inexistante, toute justice est impossible. "Nous ne savons pas qui sont exactement les auteurs de ces meurtres, mais une chose est sûre : le recours à la violence est devenu systématique", explique Hassan Al-Amin, militant des droits de l'homme et ancien membre du Congrès national général (CNG, le Parlement libyen).

Le CNG n'a pas réussi à s'imposer depuis sa prise de fonction en août 2012. D'après Hassan Al-Amin, comme les milices contrôlent les ressources du pays, de nombreux membres du CNG font du lobbying pour des gangs armés et des groupes fanatisés.

Les militants pour la démocratie poursuivent leur lutte

En août dernier, Aube de la Libye a pris le contrôle de la capitale pour soutenir la mainmise du pouvoir du CNG sur le pays et empêcher la Chambre des représentants nouvellement élue [le 25 juin 2014, et soutenue par les forces alliées à Hafter] de prendre ses fonctions [depuis la mi-septembre, le pays a de facto deux Parlements et deux gouvernements].

Aube de la Libye accuse la Chambre des représentants d'avoir des liens avec des figures de l'ancien pouvoir du dictateur Muammar Kadhafi. Et si la Chambre des représentants a fui les combats et trouvé refuge à Tobrouk, dans l'est du pays, certains militants pour la démocratie ont choisi de ne pas se dérober et de poursuivre leurs activités dans leurs villes.

"Assassinée pour avoir encouragé les gens à voter"

Tawfiq Ben Massoud, un blogueur de 19 ans également acteur de la société civile, savait qu'il mettait sa vie en danger en s'opposant aux islamistes de Benghazi. Mais il se refusait à quitter la ville et il a fini par être tué au volant sa voiture, le 19 septembre dernier. On ignore toujours l'identité des auteurs de ce crime.

"N'importe qui aurait pu tuer Tawfiq et ensuite rejeter la faute sur les islamistes, explique Ayat Mneina, un compagnon de Tawfik, également engagé et fondateur du Mouvement de la jeunesse libyenne. Personne ne revendique ces assassinats."

Salwa Bugaighis, autre militante des droits de l'homme très populaire, a été tuée à Benghazi le jour du dernier scrutin législatif. Des militants cagoulés ont fait irruption chez elle et lui ont tiré dessus à plusieurs reprises.

Selon Claudia Gazzini, spécialiste de la Libye pour l'International Crisis Group, si les islamistes ciblent tous les secteurs de la société, les groupes armés qui essayent délibérément de perturber le processus démocratique s'attaquent en priorité à des gens comme Salwa Bugaighis. "Salwa a été assassinée pour avoir encouragé les gens à voter", explique Claudia Gazzini.

AL-MONITOR | MAT NASHED // http://www.courrierinternational.com/article/2014/11/05/morts-pour-avoir-defendu-la-democratie

article relayé par Jihene Chafi.

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