L'Europe du Nord face à la menace russe.
Le 24/04/14
De Olivier Truc, lemonde.fr
La crise ukrainienne pousse les pays d'Europe du Nord à revoir leurs stratégies de défense face à la Russie. La coalition de centre-droit au pouvoir en Suède depuis 2006 l'a rappelé en déclarant, mardi 22 avril, que la défense suédoise allait être renforcée.
La part du budget de la défense dans le PIB avait été réduite de moitié depuis la fin de la guerre froide. Dans les dix ans à venir, les dépenses militaires augmenteront progressivement pour parvenir à une hausse annuelle de 5,5 millions de couronnes (600 millions d'euros). La priorité ira au renforcement de la présence militaire suédoise en mer Baltique et notamment sur l'île de Gotland, au milieu de cette mer quasi fermée qui connait l'un des plus forts trafics maritimes du monde et où la Russie a prévenu qu'elle augmenterait sa présence militaire -notamment pour assurer la sécurité du gazoduc Nord Stream, reliant la Russie à l'Allemagne.
Il y a tout juste un an, deux bombardiers et quatre chasseurs russes avaient survolé les frontières suédoises, sans entraîner la moindre réaction. A l'époque, le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, pourtant prompt à critiquer la Russie, avait tenté de minimiser cette provocation, véritable pied de nez à une défense suédoise dont le chef d'état-major venait d'expliquer qu'en cas d'attaque militaire limitée, elle ne serait capable de défendre le pays qu'environ une semaine. Pour répondre à la nouvelle menace russe et être pris au sérieux, les Suédois ont annoncé mardi l'achat de dix nouveaux avions de chasse JAS 39E, fabriqués par le Suédois Saab, et deux sous-marins du fabricant Kockums, sur le point d'être repris par Saab.
Pour financer cet effort, qui va donner un sérieux coup de pouce à l'industrie suédoise, le gouvernement prévoit d'augmenter différentes amendes, et de réduire sa participation aux opérations internationales et son aide à la coopération pour la sécurité environnementale et nucléaire en Russie.
La Finlande, qui comme la Suède est membre de l'Union Européenne non de l'OTAN, a traditionnellement une attitude plus réservée vis-à-vis de la Russie. En mai, la Finlande et l'OTAN doivent toutefois signer un accord pratique de coopération qui, sans améliorer la capacité de défense finlandaise, devait faire réfléchir un peu plus un éventuel agresseur. Le ministre de la défense Carl Haglund a déclaré que l'agression russe en Ukraine a rapproché la Finlande de l'OTAN comme jamais auparavant.
Achat d'avions
Les récents sondages montrent un soutient bien plus élevé en faveur d'une adhésion de l'OTAN, même si ni le gouvernement ni le Parlement ne soutiennent une telle option. "En cas de crise, la Finlande doit être prête à se défendre seule", a rappelé le ministre, qui espère une rallonge budgétaire pour l'achat d'avions de chasse et de navires de guerre.
Les autres pays nordiques, le Danemark et la Norvège, sont tous deux membres de l'OTAN. Fin mars, les Danois ont annoncé que six chasseurs iront patrouiller en mai l'espace aérien des pays Baltes, qui comptent une importante population russophone. Si cette patrouille fait partie des bons offices habituels de l'OTAN à l'égard des Baltes, une large publicité y a cette fois été donnée, d'autant qu'elle correspond à une demande d'aide accrue des trois anciennes républiques soviétiques. Plusieurs responsables politiques de l'opposition danoise ont réclamé une adaptation du matériel danois, notamment une modernisation des navires de guerre afin de les adapter à la lutte anti-missiles.
La Norvège a déplacé vers le nord du royaume son commandement militaire, depuis que l'Arctique, où la Russie est très active, est devenu il y a dix ans sa priorité stratégique. Le chef d'état-major vient de déclarer que la défense norvégienne manquait d'hommes et que son matériel était vieillissant.
