Dépenses militaires : les disparités s'accentuent au plan mondial
Le 15/04/14
De lesechos.fr
Les dépenses militaires dans le monde ont chuté en 2013, tirées à la baisse par la réduction des budgets des armées occidentales, notamment celle des Etats-Unis, a annoncé lundi le Sipri, un centre de recherche suédois. Mais elles ont augmenté dans les pays émergents et doublé depuis 2004 en Chine, en Russie et en Arabie saoudite.
Le monde a globalement dépensé 1.750 milliards de dollars (plus de 1.250 milliards d'euros) en 2013 pour équiper ses armées, un chiffre à nouveau en baisse du fait de la réduction des budgets des armées occidentales et en particulier de l'armée américaine, a annoncé lundi l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) un centre de recherche suédois. Ces dépenses avaient déjà baissé de 0,4% en 2012 _ et ce, pour la première fois depuis 1998 _ mais le recul s'est accéléré l'an passé, atteignant 1,9% (l'évolution en pourcentage de ces dépenses tient compte de l'inflation).
Toutefois, « l'augmentation des dépenses militaires dans les pays émergents et en développement se poursuit sans relâche », a souligné dans un communiqué le directeur de recherche sur les budgets militaires, Sam Perlo-Freeman. «Même si dans certains cas elle est la conséquence naturelle de la croissance économique ou une réponse à des besoins de sécurité réels, dans d'autres cas elle représente une dilapidation des revenus tirés des ressources naturelles, (est) le fait de régimes autocratiques, ou (de)l'apparition de courses régionales à l'armement », a-t-il ajouté.
Budgets doublés depuis 2004
Les États-Unis, qui disposent du plus gros budget consacré à la Défense, l'ont toutefois baissé de 7,8% à 640 milliards de dollars, avec la fin des opérations en Irak, le début du retrait d'Afghanistan et les coupes automatiques dans les dépenses adoptées par le Congrès en 2011. Ses trois suivants : la Chine, la Russie, deuxième exportateur d'armes et l' Arabie saoudite, font en revanche partie des 23 pays qui ont plus que doublé leur budget depuis 2004 (voir la carte en p.6 du document ci-dessous).
Pékin qui pourrait rivaliser avec Washington sur le plan militaire d'ici à 2050, selon le rapport annuel de l'Institut international d'études stratégiques _ a dépensé 7,4% de plus en 2013 (soit 188 milliards de dollars selon l'estimation du Spiri) et les différends territoriaux avec la Chine ont incité certains de ses voisins à accroître les crédits accordés aux militaires. "Les inquiétudes du Japon quant à la puissance militaire croissante de la Chine, s'ajoutant à la politique nationaliste du gouvernement nippon, ont amené Tokyo à mettre fin à la baisse de longue date et progressive de ses dépenses militaires", a souligné Sam Perlo-Freeman.
L’Arabie devance la France
En Asie toujours, l'Afghanistan, dans la perspective du retrait de la plupart des soldats étrangers de son territoire fin 2014, a connu la plus forte hausse (+77%). En Europe, la France se distingue car, elle a, "malgré sa croissance économique faible, largement maintenu ses dépenses militaires pendant la crise économique mondiale, avec des dépenses en 2013 inférieures de seulement 4% à celles de 2008", poursuit le Sipri.
La plus forte progression des dépenses a été enregistrée en Afrique + 8,3%, à 44,9 milliards de dollars, dopée par les revenus pétroliers de pays comme l'Algérie et l'Angola. Le Ghana a plus que doublé son budget (passé de 109 à 306 millions de dollars entre 2012 et 2013).
Au Moyen-Orient, les budgets se sont accrus de 4% en 2013. Une estimation qui reste sujette à caution, aucun chiffre n'étant disponible pour les Émirats arabes unis, l'Iran, le Qatar et la Syrie. "Et même là où elles sont disponibles les données ne couvrent peut-être pas toutes les dépenses militaires", ajoute l'expert. En 2013 enfin, l'Arabie Saoudite a dépassé non seulement la France tombée à la 5e place _ alors qu'elle 3ème en 2010 (voir la vidéo des Echos ci-dessous tournée en 2011) _ mais aussi le Royaume-Uni (6e). Le Sipri a expliqué le bond de 14% de ses dépenses par les tensions avec l'Iran à l'extérieru et les craintes de révolte à l'intérieur.
Les disparités en matière de dépenses militaires ne devraient pas cesser de sitôt. Les dépenses repartiraient même à la hausse cette année, une première depuis 2009, selon une étude du cabinet de consultant IHS.
