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ILERI-Défense

Vers une "somalisation" de la Libye ?

23 Décembre 2013 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Afrique, #note de synthèse

Les Libyens ont récemment fêté le second anniversaire de la mort de Kadhafi pourtant l'événement est pratiquement passé inaperçu du fait des problèmes internes. Ainsi la Libye est au bord de l'éclatement dû à ses revendications régionales. Le gouvernement officiel ne semble plus contrôler le pays, ou l'a-t-il réellement contrôlé un jour ? Signe de l'aggravation de la situation, le Premier ministre libyen a récemment été enlevé pendant quelques heures par un groupe armé, et cela en plein cœur de Tripoli.

Les premiers à faire entendre leurs différences ont été les fédéralistes à l'est. Ils ont annoncé la formation d'un gouvernement autonome composé de 24 membres de la région, après avoir bloqué plusieurs terminaux pétroliers au motif que les revenus étaient détournés par des officiels de Tripoli, et sans que la région en profite. Le drapeau local, noir orné d'un croissant et d'une étoile blanche symbole de la région de Cyrénaïque, a été hissé pour l'occasion. Pour répondre à leurs exigences, le Premier ministre libyen a plusieurs fois envoyé des chèques afin que les fédéralistes se retirent des terminaux. Il a également demandé à la population de manifester leur mécontentement contre les groupes armés, pariant que ceux-ci n'oseraient pas tirer sur des femmes et des enfants. Sans succès. «Qu'est-ce qu'on peut attendre d'un gouvernement dont le chef a été kidnappé dans sa chambre et d'un Congrès qui n'accorde pas d'attention aux demandes des Libyens ?» réplique le chef des fédéralistes, Ibrahim Jadhrane.

La transition libyenne semble être un échec à cause du phénomène séparatiste, mais aussi de la menace des islamistes radicaux qui contrôlent plusieurs villes comme Syrte (ancien fief de Kadhafi) ou Derna. Ils poursuivent un tout autre but que les fédéralistes, ils veulent l'unification de la nation par la stricte application de la Charia, la loi islamique. Même si politiquement ils ne reçoivent pas l'adhésion de la majorité des Libyens, ceux-ci commencent à progresser du fait de l'incompétence du gouvernement de Tripoli dans certaines régions. Récemment, Benghazi a ainsi été le lieu d'une réunion des principaux représentants de groupes islamistes de la région avec en tête AQMI. Il y a quelques jours, le chef des renseignements local a été assassiné en pleine rue tout comme un professeur américain il y a quelques semaines.

À l'Est, les Berbères demandent la reconnaissance officielle de leur culture et de leur langue dans la prochaine Constitution, ce que Tripoli refuse. En conséquence, ils ont bloqué le complexe gazier de Mellitah, près de Zouara pendant plusieurs semaines. Le siège ne sera levé que le 15 novembre malgré eux, mais à titre provisoire. Le sentiment d'indépendance ou d'autonomie est de plus en plus fort dans cette communauté où l'on parle la langue berbère et où leur drapeau, flotte sur les bâtiments officiels. Une radio berbère émet plusieurs heures par jour et des manuels scolaires de la langue amazigh ont été distribués

dans les écoles. Ils ont pris une part importante dans les combats contre les forces de Kadhafi, ils veulent maintenant être récompensés. «Tout le monde a ri lorsque nous, Berbère, avons posé un ultimatum de dix jours, mais nous nous sommes préparés à une intervention militaire et nous sommes la grande force de l'Ouest», fanfaronne Ayoud Sofiane. «Si le Congrès refuse nos demandes et ratifie une Constitution sans notre participation, je ne sais pas quelles seront les étapes suivantes, ajoute-t-il. Indépendance, autonomie.... Toutes les options sont ouvertes.» Ces revendications sont renforcées par la menace islamiste ainsi que la montée des Frères Musulmans. «Le gouvernement ne fait rien et les Frères musulmans vont prendre le pouvoir, prédit sombrement Sifaou Touawa, entrepreneur dans l'immobilier. Nous sommes musulmans, mais nous ne voulons pas de cet islam importé de l'est.»

Le ministre des affaires étrangères était récemment à Paris pour le Sommet sur la sécurité en Afrique. Il a rappelé le soutien de la communauté internationale à la Libye pour ramener la sécurité notamment au niveau des frontières. Il a ainsi confirmé l'information que des forces libyennes et nigériennes allaient patrouiller ensemble afin de mieux lutter contre la contrebande et surtout contre les groupes terroristes. L'utilisation de satellites américains ou de pays européens est aussi envisagée. Le Premier ministre libyen avait menacé les milices d'une possible intervention militaire étrangère sous mandat de l'ONU afin de rétablir l'ordre. Ce n'est sans doute pas une bonne solution. Le ministre des affaires étrangères le reconnaît lui-même : «Je ne pense pas que l'environnement politique en Libye nécessite ni une intervention militaire étrangère, ni l'envoi d'une force de maintien de la paix. D'ailleurs, les acteurs politiques en Libye n'y sont pas favorables. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un soutien tant sur les plans sécuritaires que politiques et économiques. Mais aussi sur le plan judiciaire, car il nous faut impérativement mettre sur pied une justice efficace qui respecte naturellement les droits de l'homme.»

En conclusion, la Libye est une nation en pleine transition, fragilisée par sa composition ethnique diverse. Ce pays a vécu sous la dictature de Kadhafi pendant plus de 40 ans et avant elle le Royaume d'Idris I et la colonisation italienne. De ce fait, ce territoire n'a jamais réellement connu la démocratie, mais plutôt des lois coutumières, propres à chaque tribu. Il faut le prendre en compte face aux difficultés du gouvernement de Tripoli. Malgré tout, la communauté internationale surveille attentivement la situation sur place, mais une intervention armée notamment des casques bleus n'est pas à l'ordre du jour, voire, pourrait être contre-productif. Tout comme avec la guerre en Syrie, le monde occidental et plus particulièrement les Etats-Unis ont peur de reproduire les mêmes erreurs que dans le passé comme avec la Somalie, l'Afghanistan ou l'Irak.

Par Pierre Ferrebeuf, équipe Ileri Défense, étudiant en première année à l’ILERI, zone Afrique.

Bibliographie :

Jeuneafrique.com

http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/ARTJAWEB20131205174501/onu-developpement-securite-aqmimohamed-abdelaziz-la-libye-risque-de-devenir-un-tat-failli.html

Lemonde.fr

http://www.lemonde.fr/libye/infographie/2013/12/04/la-libye-en-voie-d-eclatement_3525324_1496980.html

http://www.lemonde.fr/libye/article/2013/12/03/les-berberes-n-excluent-pas-de-reclamer-l-independance_3524725_1496980.html

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