Le Géant démantelé
La Armada (Marine espagnole) fait ses adieux au porte-avions “Principe de Asturias” (Prince d’Asturies) qui sera mis aux enchères pour la ferraille.
Des tonnes de ferraille d’acier. La Armada a fait ses adieux à son plus ancien fleuron pour la dernière fois aujourd’hui [13 décembre], le Principe de Asturias, un porte-avion de 25 ans qui était déjà obsolète pour naviguer. Du géant, il en reste à peine un squelette vide couleur grise navale et 13. 400 tonnes immobiles. Ce midi, le nom du navire a été enlevé de la liste officielle des bâtiments en service du Ministère de la Défense dans une cérémonie militaire et discrète dans l’Arsenal militaire de Ferrol, qui fut présidée par Jaime Muñoz Delgado, l’Amiral chef de l’État Major de la Marine (AJEMA – Amirante Jefede del Estado Mayor de la Armada).
De production galicienne, le “Principe de Asturias” aussi connu comme R-11 dans le jargon opérationnel de la Marine, est “né” dans l’estuaire de Ferrol, conçu et construit dans les chantiers navals publiques de Navantia – auparavant Bazán- d’où il prit la mer en 1988 pour remplacer le “Dédalo”. Jusqu’en 2010, le porte-avion a été le premier bâtiment de la flotte espagnole avec 198 mètres de longueur, 596 membres d’équipage et un pont d’envol de 175 avec une capacité de 25 aéronefs. Il a fait le tour du globe, avec des arrêts dans les ports du monde entier et eut 14 commandants différents. Dans les années 1990, il participa aux guerres du Golfe et de Bosnie déployé avec les forces de l'OTAN et a participé à plusieurs missions humanitaires. En 2005 il fut un prestigieux figurant défilant aux actes commémoratifs du 200e anniversaire de la bataille de Trafalgar en présence de la reine Elizabeth II, mais tout ce parcours marin ne l’a pas sauvé d’une fin malheureuse qui se finira à la décharge.
Son dernier périple marin a été une traversée depuis la base navale de Rota jusqu'à l’estuaire de Ferrol, du 6 au 8 février qui se termina avec le navire mouillant au quai nº7 de Navantia, le même chantier qui lui donna vie et où il a jalonné les dix derniers mois comme sur une vitrine à la recherche d’un acheteur. Son maintien en service était estimé à 30 millions d’euros par année et le ministère de Pedro Morenés prit la décision d’anticiper sa mise en retrait. La Armada a essayé tant bien que mal de lui trouver des clients parmi les flottes d’autres pays et de diverses délégations étrangères - l’Angola ou l’Indonésie, par exemple – l’ont visité dans la ville navale sans que les négociations n’atteignent bon port. Cette fois étant écartée, le “Principe de Asturias” sera mis aux enchères par l’État en tant que ferraille navale. Avant tout, le ministère de la Défense va consacrer les prochaines semaines à escroquer sa structure pour enlever tous les équipements militaires et les éléments utiles à bord depuis l’hôpital jusqu’à la boulangerie en passant par les cabines, le cabinet dentaire et les salles informatiques. Seule une offre d'une armée étrangère peut sauver le porte-avions de la démolition. En attendant que celle-ci arrive, le navire aura le panneau “À vendre”.
El País (espagnol) / traduction Martin Tammik, Bachelor 1, équipe ILERI défense, pole Occident .
article en espagnol:
http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/12/13/galicia/1386949921_844860.html


