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ILERI-Défense

Les États-Unis veulent l'aide de l'Albanie pour détruire l'Arsenal chimique syrien

5 Novembre 2013 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Occident, #Armement, #Syrie

Les États-Unis veulent l'aide de l'Albanie pour détruire l'Arsenal chimique syrien

Les États-Unis ont sollicité l'Albanie pour qu'elle organise sur son sol la destruction de l'arsenal chimique syrien. Tirana étude l'offre attentivement. Cette demande, confirmée de source albanaise et française, a été formulée la semaine dernière. Ses détails n'en sont pas encore connus.

"Nous sommes au cœur du processus de discussion", indique un diplomate albanais. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, a reçu son homologue Ditmir Bushati, lundi 4 novembre au Quai d'Orsay, pour évoquer les modalités de cette proposition.

UNE EXPÉRIENCE PARTICULIÈRE

Plusieurs autres pays, approchés par Washington, ont déjà refusé, notamment la Norvège. L'Albanie présente certains avantages, notamment géographiques, en raison de sa proximité et de la facilité d'un possible transport des stocks par voie maritime.

En outre, elle dispose d'une expérience particulière dans le domaine de la neutralisation d'arsenal chimique. En 2007, elle était devenu la première nation à entièrement détruire son propre arsenal, accumulé sous le régime du dictateur communiste Enver Hoxha. Ces stocks – près de 16 tonnes, notamment du gaz moutarde de facture ancienne – auraient été importés dans les années 1970 d'une provenance non spécifiée. Ils ont été découverts fin 2002 dans des bunkers à quelques dizaines de kilomètres de Tirana, parmi les centaines de milliers d'abris construits au cours des décennies précédentes dans tout le pays.

La destruction des stocks avait été financée par les États-Unis, à hauteur de 35 millions d'euros. Et, c'est le département de la défense américain qui avait supervisé l'opération.

OPTIMISME DE WASHINGTON, SILENCE DE TIRANA

Dans le cas de l'arsenal syrien, toutefois, l'ampleur des stocks à éradiquer et les conditions de sécurité en Albanie posent un défi d'une autre ampleur. Or le temps presse, pour Washington.

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé que ses inspecteurs, arrivés en Syrie il y a un mois, avaient placé des scellés sur l'ensemble du stock de 1 000 tonnes d'agents chimiques et 290 tonnes d'armes chimiques déclaré par Damas.

Le conseil exécutif de l'OIAC doit déterminer un calendrier d'ici le 15 novembre. Officiellement, Washington reste optimiste sur la capacité à respecter l'échéance du 30 juin 2014, date butoir à laquelle la destruction devra être achevée.

Pour l'heure, Tirana s'est refusé à tout commentaire sur la proposition américaine. Le gouvernement albanais est confronté à une équation complexe. Investi premier ministre le 15 septembre, après la victoire de son parti aux élections législatives de juin, le socialiste Edi Rama veut préserver l'orientation atlantiste et pro-européenne de son pays. Figurant parmi les États les plus pauvres d'Europe, l'Albanie a besoin de soutiens occidentaux. Mais d'autres considérations entrent aussi en ligne de compte et explique l'absence de réponse publique, depuis plusieurs jours, à la demande américaine.

En effet, deux jours après son entrée en fonction officielle, Edi Rama a décidé d'interdire l'importation de déchets toxiques, dangereux ou non, tenant ainsi un engagement électoral sur un sujet très sensible en Albanie.

RÉFÉRENDUM SUR L'IMPORTATION DES DÉCHETS

En novembre 2011, le gouvernement de centre-droit de Sali Berisha avait autorisé l'importation de 55 produits toxiques, provoquant la fureur des organisations de défense de l'environnement.

"L'Albanie post-communiste n'a pas été très regardante sur les questions environnementales, explique Albert Rakipi, directeur de l'Institut albanais des affaires internationales. Il serait totalement erroné de dire oui aujourd'hui, quelques semaines après l'interdiction décidée par le nouveau gouvernement. Cela créerait de la confusion chez les gens. En plus, ce n'est pas une façon de développer l'Albanie. Si on considère que le tourisme a un vrai potentiel économique chez nous, il faut être conséquent."

L'Alliance contre l'importation de déchets (AKIP) avait réuni plus de 64 000 signatures (au-delà de la barre des 50 000 nécessaires), afin d'exiger un référendum sur la question des déchets toxiques. La Cour constitutionnelle avait jugé cette pétition valide. Le référendum devait être organisé fin décembre. C'était avant l'interdiction décidée par le gouvernement Rama.

"QUI PREND EN COMPTE LES INTÉRÊTS ALBANAIS ?"

"Celui-ci est aujourd'hui face à une contradiction majeure, souligne Blendi Kajsiu, un des représentants de l'AKIP. En Albanie, les gouvernements ont tendance à être serviles vis-à-vis des alliés occidentaux, américains ou européens. Ils cherchent leur légitimité à l'extérieur. Mais qui prend en compte dans ce cas les intérêts albanais ? Vu les faibles capacités administratives de notre État et le haut danger de l'arsenal syrien, on aurait la recette pour un désastre."

Le 15 mars 2008, une explosion dans un dépôt de munitions situé dans le village de Geredec, près de Tirana, avait fait 26 morts et des centaines de blessés. Une société américaine avait la charge de détruire ces stocks de munitions anciennes, en partenariat avec le ministère de la défense.

Source Le Monde du 04.11.2013

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