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ILERI-Défense

Le Vietnam célèbre les 40 ans de la chute de Saïgon

5 Mai 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Asie

Un char symbolisant un tank se dirigeant vers les grilles du palais présidentiel, lors des cérémonies du 40e anniversaire de la "libération" de l'ex-Saïgon, le 30 avril à Ho Chi Minh-Ville. DITA ALANGKARA / AP
Un char symbolisant un tank se dirigeant vers les grilles du palais présidentiel, lors des cérémonies du 40e anniversaire de la "libération" de l'ex-Saïgon, le 30 avril à Ho Chi Minh-Ville. DITA ALANGKARA / AP

L’heure était à la parade dans Ho Chi Minh-Ville, jeudi 30 avril, où les autorités de la République socialiste du Vietnam ont grandiosement mis en scène le 40e anniversaire de la « libération » de l’ex-Saïgon par les troupes de Hanoï.

Dès quatre heures du matin, la police avait bloqué tout le centre-ville pour assurer la sécurité d’une cérémonie qui s’est déroulée pour des foules choisies d’invités sur l’avenue ombragée séparant le palais de l’indépendance, ancien cœur du pouvoir déchu, et la cathédrale Notre-Dame-de-Saïgon, construite par les Français en 188O.

La date du 30 avril 1975 fut importante pour le reste du monde, puisqu’elle devait marquer, dans le contexte de la guerre froide, la fin des deux conflits d’Indochine menée par la France puis les Etats-Unis. Ces derniers, qui s’étaient retirés militairement du Vietnam en 1973 à la suite des accords de Paris, continuèrent malgré tout de soutenir le régime de Saïgon. La défaite du Vietnam du Sud, pro-américain, n’en fut que plus cuisante pour Washington.

Tous les corps d’armée, l’infanterie, l’aviation et la marine, ainsi que les forces spéciales ou les unités féminines de différents régiments ont défilé jeudi au pas de l’oie dans une chaleur d’étuve devant la tribune officielle où était notamment réuni le triumvirat formant l’ossature du pouvoir vietnamien d’aujourd’hui : le chef du parti communiste, Nguyen Phu Truong, le premier ministre, Nguyen Tan Dung, et le président de la République, Truong Tan Sang.

Contrairement aux années précédentes, c’est le premier ministre qui a prononcé un discours inhabituellement politique, soulignant ce qui a été achevé avec succès au cours des quarante dernières années, mais aussi s’inquiétant avec insistance de ce qui n’est encore ni achevé ni réussi…

Faut-il voir là une manière d’afficher ses priorités pour un chef de gouvernement qui avait été sérieusement mis en difficulté au parlement en 2013 ? Après qu’une nouvelle loi eut imposé au premier ministre et au président de la République d’obtenir le soutien du Parlement chaque année, Nguyen Tan Dung avait failli se retrouver la victime d’une motion de défiance en 2013. Il sauva sa tête de justesse. Une série de scandales liées à des entreprises d’Etat et des banques, sans parler des accusations de corruption au sein de l’appareil, avaient à l’époque ébranlé l’économie du pays. Egratignant la réputation d’un pays à l’essor remarquable salué dans les années 1990, fruit d’une politique de « renouveau » – « Doï moï » – lancé quelques années plus tôt par le clan des réformateurs.

Le Politburo reste divisé, et le premier ministre, partisan d’une ouverture du pays sur le monde extérieur, entretient des rapports houleux avec le président et surtout le chef du parti, qui représente une voix conservatrice à ce poste crucial dans un tel système, à la fois autoritaire et « postcommuniste ».

« Un fossé s’élargit entre les riches et les pauvres »

Nguyen Tan Dung a d’abord fustigé « les crimes barbares des impérialistes américains et de leurs valets » durant la guerre, une routine sémantique qui n’empêche cependant pas la poursuite d’un rapprochement entre Hanoï et Washington à l’heure d’une montée de la rivalité sino-vietnamienne en mer de Chine du Sud.

Le premier ministre a ensuite fustigé les « faiblesses » sociales et économiques du pays, même s’il venait de se féliciter de certains des résultats obtenus, quarante ans après la réunification de 1975. Mais c’était pour mieux critiquer l’« inefficacité du management socio-économique »,le manque de « protection de l’environnement » et le « fossé qui s’élargit entre les riches et les pauvres ».

Il s’en est pris ensuite aux cadres corrompus, à la « dégradation de l’idéologie politique, de l’éthique et du style de vie d’un nombre de cadres et de membres du parti ». Ce style de discours n’est pas nouveau dans la bouche des caciques du parti au Vietnam, mais il était intéressant de l’entendre de la part d’un premier ministre au cours d’une cérémonie exaltant à l’ordinaire les seules valeurs de l’héroïsme national…

A l’heure où blogueurs, avocats ou voix discordantes de tous horizons subissent la répression policière, le premier ministre a insisté sur l’importance d’établir un « Etat de droit » respectueux du « droit des citoyens » et la « liberté du peuple ». Là aussi, il reste un long chemin à parcourir.

Source: Le Monde, 30 avril, article de Bruno Philip

relayé par B.L

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