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ILERI-Défense

Le triomphe de Nétanyahou sape l’espoir d’un Etat palestinien

20 Mars 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Le parti du premier ministre israélien, le Likoud,  remporte 30 sièges, contre 24 pour le centre gauche d’Isaac Herzog, mardi 17 mars. JACK GUEZ / AFP
Le parti du premier ministre israélien, le Likoud,  remporte 30 sièges, contre 24 pour le centre gauche d’Isaac Herzog, mardi 17 mars. JACK GUEZ / AFP

On le disait fini. « Bibi » a triomphé. On le pensait à la dérive. C’est Israël qui a dérivé, en validant une ligne nationaliste, identitaire et sécuritaire, qui compromet les maigres espoirs d’une solution politique avec les Palestiniens. Contre toute attente, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a réussi un prodigieux retournement de situation lors des élections législatives du mardi 17 mars. Après le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins de vote mercredi matin, son parti, le Likoud, obtient 30 sièges, contre 24 à l’Union sioniste (centre gauche). Il sera impossible de disputer à M. Nétanyahou le droit de former une nouvelle majorité avec les partis religieux et extrémistes.

Elle devra se préparer à des vents hostiles. Côté palestinien, où l’on retenait son souffle en attendant une possible alternance à gauche, la question d’une rupture de la coordination sécuritaire avec Israël va se poser de façon aiguë. L’accélération des démarches devant la Cour pénale internationale, pour poursuivre Israël, est déjà annoncée.

L’offensive diplomatique de Mahmoud Abbas devrait redoubler de vigueur aux Nations unies. Le président de l’Autorité palestinienne, privé du versement des taxes par le gouvernement israélien depuis deux mois, espère toujours arracher une résolution sur la fin programmée de l’occupation de la Cisjordanie. Le blocage américain a fait échouer la première tentative, fin décembre 2014. Mais quelle sera l’attitude de l’administration Obama, pendant les deux dernières années de son mandat, face à un dirigeant israélien qui l’exaspère ? L’Union européenne devra également prendre position sur d’éventuelles sanctions économiques, face à la poursuite de la colonisation.

Paradoxe de l’élection : une comparaison avec les résultats de 2013 montre une stabilité absolue. La droite nationaliste Nétanyahou-Bennett-Liebermann obtient 44 sièges, contre 43 lors du scrutin précédent. Mais ses partenaires, le Foyer juif (8) et Israël Beitenou (6), ont souffert de la dynamique du parti de tête. La gauche, elle, passe de 27 à 28. La Liste arabe unie arrive en troisième position du scrutin, avec un excellent résultat (14 sièges), suivie des centristes de Yesh Atid (11) et de la nouvelle formation Koulanou (10), de Moshe Kahlon, un ancien ministre de M. Nétanyahou. Deux formations religieuses, le Shass (7 sièges) et le Judaïsme unifié de la Torah, font pratiquement jeu égal (6).

Moshe Kahlon, ancien ministre star du Likoud, se retrouve dans un rôle pivot. Avec son appui logique, le « bloc national » disposerait d’une majorité confortable pour gouverner (67). Quel sera le prix de son ralliement ? Les urnes à peine dépouillées, la phase politique suivante, en vue de construire une coalition viable, a débuté. C’est le président Reuven Rivlin qui confiera cette tâche, après la publication des résultats officiels le 25 mars, au candidat ayant le plus de chances de succès. L’équation des 61 est posée. C’est le nombre de députés à la Knesset qu’il faut rallier, sur un total de 120. En des circonstances similaires, en 2009 et 2013, M. Nétanyahou a élargi cette majorité au-delà du « camp national ». Invitera-t-il les travaillistes à le rejoindre ? L’animosité entre les deux camps rend l’hypothèse invraisemblable. D’autant que « Bibi » avait justifié les élections anticipées par le besoin de cohérence idéologique au gouvernement.

Sentiments anti-élites

La participation très élevée, 71,8 %, témoigne de la mobilisation générale, suscitée par l’incertitude du scrutin. Du jamais-vu depuis 1999. Mais la remontée inespérée de Benyamin Nétanyahou fera l’objet de centaines d’articles, de conférences, de statistiques et d’études sociologiques savantes pour en analyser tous les ressorts. Les scandales sur les dépenses abusives de son couple n’ont pas atteint son image. Le coût de la vie exorbitant n’a pas été porté à son débit. Pas plus que sa prestation devant le Congrès américain, le 3 mars, au sujet du nucléaire iranien, malgré la dégradation de la relation avec les Etats-Unis. L’usure du temps, cette loi d’airain des démocraties occidentales, ne semble pas avoir d’effet sur lui, au moment décisif.

Pendant cette campagne, la presse israélienne le décrivait gagné par la panique, cédant à l’improvisation. Mais « Bibi » a trouvé un chemin escarpé pour fuir le débat sur son bilan. Il a renversé les termes du référendum que l’opposition voulait organiser sur son nom. Les siens étaient anxiogènes : la gauche est une menace, encore une, pour les fondations d’Israël et sa sécurité.

M. Nétanyahou n’a compté que sur lui-même au cours des derniers jours pour mobiliser l’électorat du « bloc national ». Il a hystérisé les débats, évoqué un complot de l’étranger et dénoncé le rôle de la presse, majoritairement hostile. Il a ainsi joué sur les sentiments anti-élites des séfarades d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, irrités par le poids et l’influence traditionnels des ashkénazes, dans les médias et les cercles culturels.

Dans le manuel de survie en milieu politique hostile, M. Nétanyahou vient d’écrire un chapitre interdit aux âmes humanistes, au feutre populiste. Mais à quel prix ? Non pas pour son image, chacun s’étant déjà fait une opinion, mais celle d’Israël dans le monde. Les électeurs ont créé les conditions de l’isolement aggravé de l’Etat hébreu.

Hilare, savourant longtemps les applaudissements, le premier ministre est arrivé sur scène avec son épouse Sara à une heure du matin, en vainqueur. « C’est un magicien ! », scandaient ses partisans. « Bibi » s’est félicité d’une « grande victoire » et promis un « gouvernement solide et stable ». Mais la campagne va laisser des traces.« Ce fut l’une des plus faibles qu’on ait vues », soupirait Yuli Edelstein, président (Likoud) de la Knesset sortante, avant la publication des sondages. Interrogé par Le Monde sur la responsabilité de M. Nétanyahou dans les excès constatés, M. Edelstein a répondu : « Il est apparu clairement ces derniers jours que des millions de dollars étaient dépensés dans la campagne, venus de l’étranger, pour se débarrasser du Likoud. Le premier ministre a voulu réveiller les gens. Les ramener au bercail. »

Lorsque les sondages de la semaine passée ont affiché un retard de quatre sièges pour le Likoud sur l’Union sioniste, le premier ministre a changé de stratégie. Il s’est précipité sur tous les plateaux de télévision, lui qui fuyait la contradiction. Il a abandonné toute tentative de séduction au centre et s’est replié sur sa base. Il a multiplié les appels à la mobilisation et pilonné la gauche, prête selon lui à abandonner les constructions de colonies en Cisjordanie, voire à s’en retirer. Lors du dernier grand meeting de Tel-Aviv pour les partisans de la droite, dimanche, il a insisté sur des symboles forts, comme la division de Jérusalem.

« Bibi » foule au pied les résolutions de l’ONU

Au cours des dernières vingt-quatre heures de la campagne, puis le jour du scrutin, cette stratégie a redoublé d’intensité : « Bibi » s’est lancé dans une surenchère destinée à électriser l’électorat de droite. D’abord, sur le conflit israélo-palestinien. Le premier ministre s’est pour la première fois prononcé contre la création d’un Etat palestinien, rendant ainsi caduque son allocution de juin 2009, prononcé à l’université de Bar-Ilan, appelant à une coexistence pacifique entre les deux Etats. Dans un entretien vidéo diffusé sur le site NRG, le premier ministre a expliqué qu’« établir aujourd’hui un Etat palestinien et évacuer des territoires offrirait des bases d’attaques à l’islam radical contre l’Etat d’Israël. »

Par ce reniement, « Bibi » foule au pied les résolutions des Nations unies et contrarie encore un peu plus l’allié stratégique américain. « On mise sur le fait qu’après les élections, la tension retombera », soupire un diplomate. Aucun commentaire n’a été fait par les chancelleries occidentales à ce sujet, juste avant le vote. Pas plus que n’avait été relevé l’invraisemblable appel du ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, à « trancher la tête avec une hache » des Arabes israéliens déloyaux.

Plus tard dans la journée de lundi, M. Nétanyahou s’est rendu dans la colonie de Har Homa, à Jérusalem-Est, où il a de nouveau mis en garde contre le danger de l’alternance. « Un Hamastan B » (un fief du Hamas) apparaîtrait dans cette partie de la ville sainte, en cas de victoire de la gauche, a-t-il assuré. La dernière étape de l’escalade a eu lieu mardi, le jour du vote. Le chef du gouvernement a publié un message d’alerte, expliquant que la droite était en danger. « Les électeurs arabes viennent voter en masse. Les organisations non gouvernementales de gauche les conduisent en bus. »

Un dérapage calculé : le Likoud a diffusé des vagues de SMS sur ce thème. De nombreux commentateurs ont dénoncé les propos ouvertement racistes du chef du gouvernement, traitant les Arabes israéliens comme des citoyens illégitimes, une cinquième colonne. Pour « Bibi », la victoire prime tout. Elle ouvre l’horizon et n’engage pas le passé. Il enverra, sans aucun doute, des messages d’apaisement et adoucira ses propos. Ils ne l’engageront pas plus que les précédents.

Source: Le Monde (18 mars), article par Piotr Smolar

relayé par B.L.

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