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ILERI-Défense

Le gouvernement turc et le PKK proches d’un accord

6 Mars 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Le député prokurde Sirri Sureyya Önder (à droite) et le vice-premier ministre turc Yalcin Akdogan à Istanbul, le 28 février.Sirri Sureyya Önder a lu un message du chef emprisonné du PKK. AP
Le député prokurde Sirri Sureyya Önder (à droite) et le vice-premier ministre turc Yalcin Akdogan à Istanbul, le 28 février.Sirri Sureyya Önder a lu un message du chef emprisonné du PKK. AP

C’est depuis le palais de Dolmabahçe, la superbe résidence des derniers sultans et l’ultime demeure d’Atatürk sur les bords du Bosphore à Istanbul, que les rebelles kurdes et le gouvernement turc ont effectué une déclaration historique, samedi 28 février. « La Turquie est plus proche que jamais d’un accord de paix », a déclaré Sirri Sureyya Önder, député du Parti démocratique du peuple (HDP, prokurde) à l’issue de la conférence de presse tenue avec le vice-premier ministre Yalçin Akdogan et le ministre de l’intérieur Efkan Ala.

Sirri Sureyya Önder a lu la proposition d’Abdullah Öcalan, le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, autonomiste) invitant les rebelles à déposer les armes. « J’appelle le PKK à convoquer un congrès extraordinaire au printemps pour prendre la décision stratégique et historique de désarmer, il est temps de passer du combat armé à la lutte politique », a écrit le chef kurde depuis l’îlot-prison d’Imrali, en mer de Marmara, où il purge une peine de prison à perpétuité.

L’accord est le fruit de deux années de discussions entre les Kurdes du PKK, leur chef et le gouvernement islamo-conservateur turc. Tous semblent bien décidés à mettre fin à la guerre qui fait rage depuis trente ans au sud-est du pays (40 000 morts, des millions de déplacés, 3 000 villages kurdes détruits). Outre l’appel à désarmer, le message d’Öcalan comporte dix revendications.

« Patrie commune »

Jusqu’ici, personne ne savait exactement ce qu’il y avait dans l’enveloppe du processus de paix. Les députés du HDP faisaient la navette entre la cellule de M. Öcalan, le siège du gouvernement turc et le fief du haut commandement militaire des rebelles dans les monts Kandil, au nord de l’Irak. Des discussions avaient lieu, sans qu’il soit possible de dire sur quoi elles portaient. Avec l’annonce des dix revendications, une feuille de route est esquissée.

Ces dix points sont assez vagues, sans doute à dessein, pour ne pas irriter les opinions. Si un pas de géant a été franchi, personne aujourd’hui ne niant plus l’existence du « problème kurde », aucune des deux parties n’a intérêt à révéler de façon trop détaillée les détails des négociations. Les propositions d’Öcalan évoquent une « patrie commune » mais le mot « autonomie » en est absent. L’accent est mis sur la nécessité de graver les droits démocratiques des Kurdes (15 millions de personnes) dans le texte de la nouvelle Constitution.

C’est là que les intérêts des rebelles kurdes coïncident avec ceux des islamo-conservateurs au pouvoir. Le 7 juin auront lieu en Turquie des législatives cruciales pour le président Recep Tayyip Erdogan. Aux manettes depuis 2002, son Parti de la justice et du développement (AKP) ambitionne d’obtenir la majorité des deux tiers à l’Assemblée nationale afin de modifier la Constitution. M. Erdogan, qui a été élu président haut la main en août 2014, veut se tailler un costume à la mesure de ses ambitions en tant que chef tout-puissant de l’exécutif. Sa priorité absolue est donc de faire adopter une nouvelle loi fondamentale avec des pouvoirs présidentiels élargis.

« Statut régional et national »

Dans l’esprit des Kurdes, la nouvelle Constitution est importante. Elle devra mentionner leur existence en tant que peuple fondateur de la Turquie, à égalité avec les Turcs. Parmi les dix propositions faites par le chef kurde, il est question de l’avènement d’une « République démocratique » où les droits du peuple kurde seront garantis. La nécessité d’un « statut régional et national » est évoquée.

Les deux parties sont pressées. L’AKP compte sur les voix des Kurdes aux législatives du 7 juin et le parti HDP veut rallier les votes des électeurs du centre gauche, tandis que la branche armée, le PKK, dynamisée par les succès de ses combattants contre l’Etat islamique (EI) dans le nord de la Syrie, entend en finir avec son image d’« organisation terroriste ».

Qualifié d’« historique » par les médias, l’accord souligne l’esprit pragmatique du gouvernement islamo-conservateur. C’est la première fois qu’un gouvernement va aussi loin pour résoudre la question kurde, source d’instabilité pour la Turquie et frein majeur au développement des régions kurdophones dans le sud-est du pays.

Le premier ministre Ahmet Davutoglu, selon lequel « toute discrimination entre Turcs et Kurdes, entre sunnites, sera désormais impossible », a salué l’annonce, tandis que le président Recep Tayyip Erdogan a souhaité qu’elle soit « suivie d’effets ».

La direction militaire du PKK à Kandil réclame pour sa part « des mesures concrètes et radicales » en faveur des Kurdes. Le co-président du HDP, Salahattin Demirtas, a précisé samedi que le PKK ne renoncerait à la lutte armée que si un consensus était trouvé sur les dix points énoncés par M. Öcalan. Les négociations s’annoncent difficiles. Comment concilier à terme l’aspiration des Kurdes à plus d’autonomie régionale avec la volonté croissante de M. Erdogan de bâtir un pouvoir fort et centralisé ?

Le paquet de lois sécuritaires en cours d’adoption au Parlement est un autre obstacle. A la pointe du combat contre ces textes, le HDP (26 députés au Parlement) a fait savoir par la voix de Salahattin Demirtas qu’ils étaient « incompatibles avec les pourparlers ». Le gouvernement, a-t-il regretté, « ne donne aucun espoir car il ne va pas dans le sens de la paix ».

Source: Le Monde, 2 mars, article de Marie Jégo

relayé par B.L.

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