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ILERI-Défense

La crise politique s’aggrave au Bangladesh

5 Mars 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Asie

Des opposants manifestent à Dacca, le 20 janvier, contre la décision du pouvoir de ne pas mettre en place un gouvernement intérimaire d'union nationale le temps des élections. REUTERS
Des opposants manifestent à Dacca, le 20 janvier, contre la décision du pouvoir de ne pas mettre en place un gouvernement intérimaire d'union nationale le temps des élections. REUTERS

Le Bangladesh s’enfonce un peu plus dans la crise politique depuis qu’un mandat d’arrêt a été lancé, mercredi 25 février, contre la dirigeante de l’opposition Khaleda Zia pour ne pas s’être présentée à une audience d’un tribunal de Dacca où elle était convoquée pour corruption. L’ancienne première ministre est soupçonnée d’avoir détourné 580 000 euros lorsqu’elle était au pouvoir et risque la prison à perpétuité.

Cette décision du tribunal, dans un pays où la justice souffre du manque d’indépendance, a été perçue comme une attaque politique dirigée par sa rivale, la première ministre Sheikh Hasina. Le Bangladesh Nationalist Party (BNP) a prévenu que l’arrestation de sa dirigeante, Mme Zia, entraînerait « immédiatement la chute du gouvernement ». Cette confrontation marque une nouvelle escalade dans la guerre à laquelle se livrent les deux « begums » depuis des années.

Le Bangladesh est plongé dans un chaos politique meurtrier qui ne cesse de s’aggraver depuis que le dialogue a été rompu entre les deux grands partis bangladais, l’Awami League (AL), au pouvoir, et le BNP, à la veille des élections de janvier 2014. Le BNP et ses 19 alliés avaient boycotté ce scrutin après le refus de l’AL, à la tête du pays, de mettre en place un gouvernement intérimaire d’union nationale, comme ce fut le cas avant chaque élection nationale depuis 1996, pour éviter les soupçons de fraude et assurer une campagne impartiale.

Blocus des transports

Un an plus tard, le 5 janvier dernier, Mme Zia a appelé à un blocus des transports pour paralyser le pays et obtenir l’organisation de nouvelles élections. Mme Zia est confinée dans ses bureaux par les autorités depuis le 3 janvier. Ses sympathisants multiplient les actions isolées et sporadiques. Des barrages routiers sont improvisés et des centaines de véhicules ont été visés par des jets de bombes incendiaires pour semer la panique. Ces violences ont fait plus de 100 morts et entraîné plus de 10 000 arrestations. De son côté, le gouvernement accentue la répression tous azimuts.

En août 2014, une commission nationale a été créée pour surveiller les médias sur Internet et interdire les contenus contraires à l’« intérêt général ». Quatre mois plus tard, un projet de loi a été rédigé pour mieux réguler les transferts d’argent en provenance de l’étranger à destination des associations du pays et placer le « bureau chargé des ONG » sous l’autorité du premier ministre. Cette mesure cible les associations islamistes proches du BNP, et qui survivent grâce à l’argent des pays du Golfe.

Enfin, sur le plan judiciaire, le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) note dans un rapport publié le 9 février que « sous le gouvernement actuel, la Cour suprême a échoué à protéger les tribunaux des interférences du pouvoir exécutif et de leur politisation. » « Il est peu probable que le gouvernement puisse tenir jusqu’en 2019 sans organiser d’élections anticipées », estime Imtiaz Ahmed, professeur à l’université de Dacca. L’Union européenne, les Etats-Unis et les Nations unies ont déjà appelé, à plusieurs reprises, à une reprise du dialogue entre les deux partis, mais sans succès. Derrière cette lutte pour le pouvoir, se cachent des rancœurs bien plus profondes, héritées de la guerre pour l’indépendance, et que plusieurs procès viennent de déterrer.

Menace de radicalisation islamiste

Créé en 2010 par le gouvernement de Mme Hasina, le Tribunal sur les crimes internationaux, qui n’avait d’international que son nom, a jugé les crimes de guerre commis en 1971. Au terme de procès critiqués pour leur impartialité, leur improvisation et la connivence entre juges et procureurs, trois dirigeants du BNP et 13 responsables de son parti allié, le Jamaat-e-Islami, ont été condamnés, dont certains à la peine de mort. Le Bangladesh a manqué l’occasion de se réconcilier avec lui-même.

Ce sont désormais deux visions du pays qui s’opposent. L’une fondée sur la religion, incarnée par le BNP, et l’autre qui repose sur les idéaux de l’indépendance, arrachée en 1971 au Pakistan, et de la sécularisation, même si dans le passé, l’AL s’est allié à des partis islamistes pour des raisons électorales. Absorbés par leur lutte fratricide, les deux grands partis en oublieraient presque la menace de radicalisation islamiste qui couve au Bangladesh.

Jeudi 26 février, un blogueur se revendiquant comme « athée » a été tué à coups de machettes en pleine rue, et sa femme blessée. Selon sa famille, l’écrivain avait reçu plusieurs menaces de groupes islamistes radicaux. Dimanche 22 février, la police avait découvert un camp d’entraînement terroriste tenu par un réseau islamiste dans le district de Chittagong, en plein centre du pays. « Les organisations djihadistes identifient les grands partis comme leurs ennemis dans leur quête d’établir un pouvoir islamique, alors que le BNP et l’AL continuent de se percevoir mutuellement comme la principale menace à la sécurité intérieure », redoute l’ICG dans son rapport.

Source: Le Monde, 28 février, article de Julien Bouissou

relayé par B.L.

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