Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ILERI-Défense

Pakistan: On assiste à un génocide de chiites, mais tout le monde s'en fiche

27 Février 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Asie

Les forces de sécurité pakistanaises inspectent le 30 janvier 2015 une mosquée de la communauté chiite, cible d'un attentat à Shikarpur, à environ 500 kilomètres de Karachi.
Les forces de sécurité pakistanaises inspectent le 30 janvier 2015 une mosquée de la communauté chiite, cible d'un attentat à Shikarpur, à environ 500 kilomètres de Karachi.

La minorité chiite est régulièrement visée par des attentats meurtriers perpétrés par divers groupes intégristes sunnites. Pour Sibtain Naqvi, jeune journaliste chiite, il ne s'agit pas de simples violences intercommunautaires.

Les attaques contre la communauté chiite au Pakistan [qui représente environ 20 % de la population – majoritairement sunnite] ne cessent de se multiplier [les dernières ont eu lieu les 30 janvier et 13 février]. On pourrait croire que la fréquence de ces attentats finit par heurter l’opinion publique et l’oblige à reconnaître le génocide dont les chiites sont aujourd’hui victimes.

Il n’en est malheureusement rien. Les médias et réseaux sociaux ne résonnent que des échos de la Coupe du monde de cricket [qui a débuté le 14 février], et toute tentative de débat est rapidement balayée par de graves considérations sur le maniement d’une batte de cricket ou de tout autre équipement.

Quand des chiites sont tués au Pakistan, le premier réflexe est de les désigner comme des Pakistanais ou des musulmans. Certes les deux adjectifs leur sont applicables, mais ce n’est pas en raison de leur nationalité ou de leur religion qu’ils sont morts. Nous assistons au massacre délibéré et commis en toute impunité d’une communauté entière. L’expression "violences intercommunautaires" ne convient pas ici, car elle suggère l’affrontement de deux camps. Mais alors où sont les kamikazes et les assassins chiites ? Il faut ici parler de "génocide" défini comme "le massacre délibéré d’un grand nombre d’individus, appartenant notamment à une nation ou à un groupe ethnique particulier".

Honte à ceux qui mentent !

Le flou qu’entretient l’expression "violences intercommunautaires" sert à détourner l’attention des véritables questions. Les théories sur les guerres par procuration que se mèneraient l’Iran [chiite] et l’Arabie Saoudite [sunnite] et diverses manœuvres géopolitiques ne font qu’ajouter à la confusion. Pourquoi est-il si difficile de reconnaître ce simple fait ? Si les rues d’Abbas Road [à Karachi, lieu des attaques de mars 2013] et d’Alamdar Road [à Quetta, frappé en janvier 2013] ont été visées, c’est parce que des chiites vivaient là.

Les chiites de la minorité ethnique hazara ont été sortis des bus et exécutés parce qu’ils étaient chiites. Le défilé de l’Achoura (10 en arabe), le 10 du mois de mouharram, le premier mois du calendrier musulman, et les mosquées sont pris pour cibles parce qu’ils sont considérés comme des institutions chiites.

Si ces violences opposent les chiites et les sunnites, combien de terroristes chiites pouvez-vous nommer ? Combien de sunnites ont trouvé la mort après un contrôle d’identité mené par des chiites ? Combien de fois les rassemblements annuels sunnites ont-ils été visés par des attentats ? Combien de fosses communes ont-elles été creusées pour enterrer des sunnites victimes d’attaques lancées par des chiites pendant la prière du soir ? A chacune de ces questions, la réponse est : zéro. Honte à ceux qui nient le génocide des chiites et tentent de voiler la vérité avec des mensonges.
Des meurtriers protégés par les autorités

Chaque attaque donne lieu à des condamnations que les agences gouvernementales expriment pour la forme tout en continuant à protéger des gens connus pour avoir tué des chiites. Le gouvernement défend activement ces meurtriers [des groupes terroristes islamiques] en qui il voit des "atouts stratégiques" susceptibles de lui servir contre d'autres terroristes. A croire que les droits de l’homme ne valent que pour les individus déterminés à détruire une communauté dont les membres ont pourtant servi leur pays à tous les niveaux.

Les solutions ne sont pas simples mais nous pourrions commencer par reconnaître ces meurtres pour ce qu’ils sont : un génocide contre les chiites. Nous devons désigner les assassins par leur nom et donner leur identité, nous devons reconnaître que ces massacres ne sont l’œuvre que d’une communauté. L’opinion publique, les médias et la société civile dans son ensemble doivent prendre leurs distances avec tous les sympathisants proches des terroristes takfiris ou déobandis [groupes intégristes sunnites – la doctrine deobandi vient du nom d’une école située dans le nord de l'Inde et dont se réclament les talibans] pour défendre la société pluraliste et séculaire qu'avaient imaginée les pères fondateurs.

Ça n'intéresse personne

Toute personne tentant de justifier le génocide des chiites ou de le présenter comme une guerre par procuration entre l'Iran et l'Arabie Saoudite est indirectement complice des massacres. Combien de Pakistanais exprimeront-ils leur sympathie avec les chiites ? Combien ont participé aux rassemblements de solidarité avec les victimes chiites ? Combien se tiendront prêts à les défendre ?

On trouve plus de spectateurs devant un mauvais match de cricket que de Pakistanais prêts à défendre la communauté chiite. Pour l'humanité, il faudra repasser. Si les citoyens de ce pays s’intéressaient un peu plus au massacre de compatriotes innocents au nom d’une religion qu’à l’issue d’un match de cricket, la vie au Pakistan serait meilleure, et peut-être que nos joueurs de cricket aussi.

source: Courrier International (24 févr), d'après un article de Sibtain Naqvi dans The Express Tribune (Pakistan)

relayé par B. Longère

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article