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ILERI-Défense

Golan : l'opération de com' du Hezbollah

31 Janvier 2015 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Golan : l'opération de com' du Hezbollah

Quel était le but du Hezbollah lorsqu'il a tué deux soldats le 28 janvier sur le plateau du Golan (territoire occupé par Israël) ? Pour le site d'information libanais Now., le Hezbollah ne cherche pas à entrer en guerre, mais à se montrer combatif vis-à-vis de ses partisans.

Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, n'allait pas faire face à son public ce vendredi [le 30 janvier] sans une main gagnante. C’eût été extrêmement embarrassant. En revanche, ne pas prendre la parole du tout aurait été encore pire. Car l’attaque du 28 janvier contre l’Armée de défense d’Israël [Tsahal] était un acte de représailles risqué, mais nécessaire, mené par le Hezbollah avec l’objectif de maintenir sa popularité au Liban.

Depuis la frappe israélienne sur un de ses convois à Quneitra [poste-frontière israélo-syrien, le 18 janvier], le Hezbollah est en proie à de grandes difficultés. Bien sûr, il connaissait les risques d’un acte de représailles, mais il semble juger qu’il était beaucoup plus risqué de ne pas contre-attaquer. Depuis trois ans, c’est-à-dire depuis qu’ils sont entrés dans le conflit syrien, ses partisans attendent désespérément une victoire – en Syrie ou au Liban. Ce jour n’est pas arrivé. Parallèlement, la rhétorique de l’organisation s’est peu à peu effritée et, ces derniers temps, les chiites du Liban ne mentionnent plus la "résistance" qu’avec nostalgie.

A chaque nouvelle frappe israélienne, les déclarations du Hezbollah sont devenues plus embarrassantes, que ce soit au sujet de ses propres positions ou de celles de Bachar El-Assad. Sa rhétorique a changé, passant d’une expression héroïque de la dignité et de la victoire à une perspective plus réaliste, ponctuée de références redondantes aux notions de "sagesse" et de "moment opportun". Mais le Hezbollah ne peut survivre sans héroïsme ni victoire, notamment vis-à-vis de ses sympathisants, ce qui l’a entraîné vers une cote de popularité dangereusement basse. Voilà pourquoi la contre-attaque du Hezbollah contre Israël était une décision difficile, mais inévitable.

La pression de la population

Il est possible que cette décision n’ait été que le plan B. Pas plus tard que le 26 janvier, les représentants et les médias du Hezbollah nous inondaient de déclarations et d’analyses selon lesquelles il était nécessaire d’attendre et d’examiner la situation avant d’agir.

Mais après que le Hezbollah a enterré ses martyrs [morts dans l’attaque à Quneitra, le 18 janvier], la pression de la population s’est intensifiée. Les uns ont exigé que l’organisation contre-attaque, les autres sont partis du principe qu'elle le ferait forcément, et ils n’ont pas su contenir leur impatience sur les réseaux sociaux. Certains se sont simplement dits déçus.

Bref, pendant que le Hezbollah et ses médias disaient une chose, la population en attendait une autre, et l’écart entre ces deux positions a poussé l’organisation à passer au plan B. C’était la seule solution pour éviter de provoquer un désenchantement majeur auprès de ses partisans, d'autant plus que la guerre en Syrie n’est pas près de se terminer et qu'aucune victoire ne se profile à l’horizon. Au contraire : le nombre de corps de victimes rapatriés de Syrie ne fait que croître.

Victoire symbolique

Parallèlement, la situation économique du Parti de Dieu est au plus mal, c’est pourquoi il n’y a plus autant de distractions qu’avant ou après la guerre de 2006 [le Hezbollah offre de nombreux services sociaux et activités]. Ces temps-ci, le Hezbollah ne peut offrir à la population que victoire et héroïsme – et tous deux se font rares en Syrie.

La contre-attaque dans le Sud était donc motivée par un objectif interne. Hassan Nasrallah peut maintenant prononcer un discours merveilleusement enflammé et héroïque (prévu le vendredi 30 janvier), et donner à ses sympathisants un peu de la victoire qu’ils désirent à en mourir (parfois au bas mot).

Toutefois, c’est également pour cette raison que le Hezbollah ne se lancera pas dans un véritable conflit comme en 2006. Il sait que la population ne supporterait pas une nouvelle guerre. Elle a besoin d’une victoire symbolique, pas réelle. En fin de compte, l’opération du 28 janvier ne visait pas à rendre coup pour coup : le Hezbollah a tué deux soldats israéliens, alors que l’attaque de Quneitra a provoqué des pertes majeures dans ses rangs [tuant six membres hauts placés du Hezbollah], outre les généraux iraniens, sans compter les anciennes pertes jamais vengées comme la mort d’Imad Moughnieh [dont le fils Jihad a été tué le 18 janvier] et d’Hassan Lakkis.

Le jeu en vaut la chandelle

Une autre guerre avec Israël serait contre-productive. Les chiites n’ont plus d’endroit où se réfugier, contrairement à 2006, et le conflit syrien leur a attiré de nombreux ennemis. En outre, le Hezbollah est présent sur de trop nombreux terrains, entre le sud et le nord du Liban, la Syrie et l’Irak. Il n’a pas les moyens d’ouvrir de nouveaux fronts. Enfin, si une guerre venait à éclater, entraînant des destructions d’une ampleur similaire au conflit de 2006, l’Iran ne pourrait pas, cette fois, contribuer à la reconstruction et envoyer des aides financières.

Le Hezbollah a pris une décision très risquée, qui aurait pu entraîner tous les Libanais dans une autre guerre, et ce uniquement pour regagner quelques points de popularité auprès des chiites. Pour de nombreux Libanais, prendre ce risque serait pratiquement inimaginable, mais, pour les dirigeants du Hezbollah, il en valait clairement la peine.

source: C.I. (29 jan), traduction d'un article de Now. par Hanin Ghaddar

relayé par B. Longère

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