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ILERI-Défense

Relation Transatlantique entre Acquis et Développement (2/2)

12 Décembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Amérique du Nord, #Europe, #note de synthèse

Relation Transatlantique entre Acquis et Développement (2/2)

II)Partenaires ou Poles, une relation Atlantique en devenir

A) Une Europe et une Amérique partenaire, une vision idéaliste ?

L’Europe et l'Amérique ont des liens solides, bien que remis en question de temps à autre, la réforme de l'OTAN étant au centre pour la défense de l'Europe et pour l'Europe de la défense. Cette réforme est souhaitée par les Américains, mais aussi les Européens. Pour les premiers, l'enjeu de la réforme étant un travail bien plus proportionné, car bien que les États-Unis soient centraux dans la politique mondiale et l'une des seules puissances à pouvoir intervenir où que ce soit à tous moment, leurs moyens, qui ne sont pas illimités, commencent à montrer des limites notamment dues aux coupes budgétaires, induites en partie par la crise économique et l’engagement de longue durée en Irak et en Afghanistan. Dans le même temps la question des conflits qui pourraient survenir du coté Pacifique pose problème en effet les Européens interviendraient-ils face aux adversaires des États-Unis ou ne se reposent-ils que sur la puissance américaine pour se protéger ?

Du coté européen la réforme est appelée car l'Europe a besoin de cette défense, avec l'aide des États-Unis mais surtout elle marquerait un pas de plus vers un continent unifié et donnerait un poids plus important à l'Europe ou réaffirmerait sa place face à des puissances émergentes qui revendiquent de plus en plus une place en contestation. Et une Russie de plus en plus menaçante, cela a déjà été dit, et un questionnement sur l'engagement américain pour la défense de l'Europe, notamment face à une puissance Russe en reconstruction. Un début de réforme s’est esquissé au cours du dernier sommet de l’OTAN lors duquel il a été décidé de mettre en place une cellule de réaction rapide de 4 000 hommes.

Ces deux points de vue supposent une chose que l'Europe se décide à mettre en place une défense commune, la mutualisation est un premier pas, cependant elle se fait de manière limitée et montre bien les antagonismes qui tiraillent l'Europe de l'intérieur. Il y a une recherche du but de l'Europe, tout comme les Etats-Unis se questionne sur la place de l'État fédéral. Au-delà de cette problématique interne, le déclin relatif des deux plus puissants continent au cours des XIXème et XXème siècles, doit amener à un moment à se demander comment contrer ce déclin. Une des voies les plus visibles semble être le resserrement de la coopération entre les deux, les modalités étant laissés bien entendu aux populations.

Un autre pas a déjà commencé pour cette coopération, les actuelles négociations pour le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership). Si ce traité est un premier pas, il est cependant contesté, des voix s'élevant, notamment en Europe, contre ce traité car censé donner une forme de domination aux Etats-Unis sur le continent européen. Il ne faut pas oublier que les négociations étant toujours, en cours nul n'en connaît à l'avance les termes. Ce traité semble marquer une volonté de part et d'autre de prendre des mesures pour renforcer des liens existants déjà à un autre niveau, notamment militaire (OTAN) ou diplomatique (G7/8).

Dans le cas de figure du resserrement des liens, il y a une nécessité d'une Europe bien plus intégrée et qui détermine ses objectifs réels, et surtout ses limites, une frontière orientale tournée vers une Russie opposée, une frontière certes maritime, mais pas sans perméabilité un sud et une menace d'instabilité sur certains points. Cette configuration étant plus ou moins celle perçue actuellement. Au-delà de son voisinage immédiat, l'Union Européenne (la question se pose sous quelle forme), a des intérêts à défendre notamment en Asie et en Afrique, des régions où la puissance chinoise commence à prendre ses marques et contester les liens engendrés par le passé colonial. Chaque pays ne pouvant défendre ses intérêts seul face à ce colosse, il y a une nécessité de rassemblement, un pas déjà fait avec le Service Européen d'Action Extérieure, mais qui n'est pas suivit par tous les pays.

On le voit, le scénario « optimal » d'une réévaluation pour un partenariat entre les deux est une augmentation de la place de l'Union Européenne dans les domaines de la défense et de la diplomatie. Les Etats-Unis, eux ont aussi un impératif, c'est de ménager leurs alliés et les choyés. En effet, les liens passés peuvent rapidement changer, en témoigne les précédents iraniens ou pakistanais, tant de la volonté des Américains que des Etats concernés. Une analyse intermédiaire serait que les deux domaines : défenses et diplomatie fassent l'objet d'un consensus mais pas d'une véritable intégration et mutualisation, en conséquence, les responsabilités des Etats-Unis seraient légèrement augmenter, l'Europe étant en capacité de se défendre mais pas forcément de se projeter tout au moins sur le court terme, notamment si des blocages politiques se font jour en fonction des menaces.

Ce scénario amènerait à une forme d'Union Transatlantique bicéphale avec d'une part Washington et de l'autre Bruxelles et non pas multicéphale entre les deux précédentes et les différentes capitales européennes.

B) Les risques de périls, entre les deux rives de l'Atlantique

En plus de ce scénario idéal et de ce scénario intermédiaire, rapidement esquissé. Un autre scénario se fait jour, celui qui prend en compte l'ensemble des obstacles tant intérieurs qu’extérieurs.

Tout d'abord bien qu'hypothétique une Europe s'étendant de Lisbonne à Vladivostok, serait une possibilité, en effet des liens renforcé avec une Russie puissante et sans vis-à-vis à l'ouest, paralyserait les États-Unis. La Russie de par son étendue et de la richesse de son sous-sol dispose de ressources exploitables qui sont très importantes. De plus l'intégration d'une entité fédérale de cette taille, déstabiliserait dans le meilleur des cas temporairement, ou durablement et tendrais à effacer l'influence des pays plus proches des Etats-Unis, la menace de la Russie étant transformée en celle des États-Unis. En conséquence, les relations ne seraient plus celle de partenaires, mais celles de pôles antagonistes. Cette relation ouvrant en partie un accès plus sûr sur l'Asie, mettrait les Etats-Unis au ban tant de l'un que de l'autre. Cette hypothèse qui peut sembler farfelue à l'heure actuelle, pourrait prendre forme dans le cas où, la Russie parviendrait à se réformer de manière rapide et surprenante, ce qui amènerait à reconsidérer pour les puissances Européenne, un partenariat avec cette puissance continentale. Un dirigeant moins agressif et une Russie se présentant en garante de l'ordre internationale. Cette configuration dans la situation actuelle ne semble pas réaliste, mais pourrait s'inscrire dans une vision à plus long terme, avec une Russie moins autocrate aux yeux des autres partenaires européens.

Une autre source de déstabilisation des liens entre Etats-Unis et l'Europe serait une implosion des institutions européennes, la principale menace serait une implosion politique de l'Union et le retour à un morcellement de la volonté politique et la concurrence entre les Etats européens sur la plupart des points. Un abandon des Etats-Unis, pour faire face à une menace ou parce que des liens plus importants se seraient créés avec d'autres puissances, vis-à-vis de l'Europe avec une protection incertaine qui inciterait à une radicalisation de l'Europe, potentiellement fatale est aussi à envisager.

En dehors de cette désunion totale, une discorde sur le volet économique pourrait en partie amener un certain nombre d'obstacles dans la relation américano-européenne.

En conclusion, l'Europe et les Etats-Unis sont deux puissances extrêmement liées, tant par les liens historiques, que part des intérêts bien souvent convergents sur certaines notions, comme les droits de l'Homme. Cet article a donc tenté de faire une synthèse et d'ouvrir quelques pistes sur le futur des relations entre les deux puissances, en effet aucune des rives ne veut se retrouver seule, mais la fragmentation du potentiel européen est aux yeux des administrations américaines un problème qui demande aux européens de le résoudre par eux même. Le recul américain qui a été perçu dû au pivot asiatique pouvant aussi amener à se dire que l'Amérique donnait un peu d'espace pour se consolider à L’Europe après les élargissements successifs, tout en laissant plus de latitude pour le reste de la diplomatie américaine sur les autres fronts.

Arthur Loréal

Bachelor 2

Ouvrages consultés

Brzezinski, Zbigniew, Le Grand Echiquier- L'Amérique et le reste du monde, Bayard éditions, 1997

Kagan, Robert, Le Retour de l’Histoire et la fin des rêves, Plon, 2008

Kissinger, Henry, La Nouvelle puissance Américaine, Fayard, 2003,

Quatrepoint, Jean-Michel, Le Choc des empires, Gallimard, 2014, 272 pages

Vaïsse, Justin, Barack Obama et sa politique étrangère (2008-2012), Odile Jacob, 2012

Politiques Américaines, décembre 2013, numéro 22

Sites internet consulté

Sur le TTIP, Commission européenne, 26 mai 2014 (consulté le 1er juin 2014)

http://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ttip/

Sur le sommet du Pays de Galle de 2014, OTAN, 07 septembre 2014 (consulté le 5 octobre 2014)

http://nato.int/cps/fr/natohq/official_texts_112964.htm?selectedLocale=fr

Sur la notion d’Hyperpuissance, Hubert Vedrine, Octobre 2013 (consulté le 3 juin 2014)

http://www.hubertvedrine.net/article-626.html

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