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ILERI-Défense

Riyad déclenche la guerre des prix

7 Novembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Riyad déclenche la guerre des prix

Contrairement à ce que souhaiteraient d’autres membres de l’Opep, l’Arabie Saoudite ne semble pas prête à réduire sa production pour faire remonter les prix.

Alors que le cours du pétrole dégringole, une question agite le marché : que fabrique donc l’Arabie Saoudite ? Lorsqu’ils évoquent le rôle joué par le principal pays producteur de l’Opep, certains observateurs du secteur de l’énergie n’y vont pas par quatre chemins. Pour eux, la chute de 25 % du prix du pétrole brent depuis la mi-juin – du jamais-vu depuis près de quatre ans – est le résultat d’une stratégie délibérée du royaume visant à tester le courage de ses concurrents : l’Iran, qui est également membre de l’Opep, la Russie et les exploitants américains de pétrole de schiste. En refusant de réduire significativement sa production et en diminuant ses prix à l’exportation, l’Arabie Saoudite aurait déclenché une guerre des prix qu’elle compte bien remporter grâce à la faiblesse de ses coûts de production et à ses énormes réserves de devises.

Des commentateurs plus réservés jugent toutefois que le comportement récent de Riyad est plus nuancé et reflète la réalité du marché. “Chaque fois que l’on se demande ce que préparent les Saoudiens, on a tendance à penser : ‘C’est clairement un geste politique qui s’inscrit dans le cadre d’un grand dessein’”, déclare Bill Farren-Price, directeur de Petroleum Policy Intelligence et grand spécialiste de l’Opep. “Mais c’est un mythe absolu.” Les prix entrent dans leur quatrième mois de déclin. Les formations de schiste d’Amérique du Nord génèrent de gros volumes tandis que la production de la Libye et de l’Irak se maintient malgré les combats qui ravagent ces deux pays. Comme, parallèlement, la faiblesse de la croissance économique en Europe et en Asie pèse sur la demande, on se retrouve avec des excédents.

Suicidaire. Dans ces circonstances, l’Arabie Saoudite avait deux possibilités : accepter des prix plus faibles pendant un certain temps pour conserver sa part de marché ou réduire sa production et sacrifier des parts de marché pour maintenir les cours. Elle a manifestement choisi la première. “Pour les Saoudiens, il serait suicidaire de réduire fortement la production en ce moment. Ils ne vont pas lutter contre ces mouvements du marché”, estime Nat Kern, président de Foreign Report, un cabinet de consultants de Washington. “Ils pourraient diminuer la production pour stabiliser les prix à 100 dollars, mais comme la demande est faible, ils risqueraient de devoir la diminuer encore et encore.”

Des prix élevés ne feraient qu’inciter les exploitants américains de pétrole de schiste – et, plus généralement, tous les producteurs dont les coûts sont importants – à procéder à de nouveaux forages. Les Saoudiens continueraient alors à perdre des parts de marché. La monarchie pétrolière a tiré les leçons du passé, estiment certains analystes. Quand, entre 1980 et 1985, elle a réduit ses exportations de 10 millions de barils par jour à moins de 3 millions, cela n’a pas suffi à maintenir les prix.

Car, dans le même temps, la production des pays non membres de l’Opep a augmenté et la demande mondiale a ralenti. Pour s’assurer un débouché auprès des raffineries asiatiques, sur lesquelles elle compte pour assurer sa croissance dans les années à venir, l’Arabie Saoudite leur consent depuis quelques mois des réductions de prix. La dernière, qui a porté les prix de certaines qualités à leur plus faible niveau depuis décembre 2008, a provoqué une nouvelle chute du cours du pétrole brent et a effrayé les négociants. “Cette décision technique, prise pour des raisons commerciales, a été interprétée à tort par nombre d’observateurs comme une décision avant tout politique”,commente une analyste du Moyen-Orient qui souhaite conserver l’anonymat.

Bien entendu, “[les Saoudiens] ne sont pas fâchés que leurs concurrents souffrent, mais il ne s’agit pas d’une attaque politique contre les Etats-Unis ou l’Iran ni d’une guerre des prix avec leurs concurrents de la région. Ce n’est pas comme ça que ça marche.” Il faut également prendre en considération les facteurs qui décident l’Opep et l’Arabie Saoudite à réduire leur production, explique Paul Horsnell, un analyste pétrolier. “L’Arabie Saoudite ne réagit pas aux mouvements de prix à court terme mais aux quantités [de pétrole disponibles sur le marché], précise-t-il.

Les chutes de prix les plus brutales n’ont eu lieu que très récemment. Il n’est donc pas surprenant qu’elle n’ait pas encore réagi.” Les excédents de production, signalés par l’Agence internationale de l’énergie [le 14 octobre], ne deviendront véritablement préoccupants qu’à partir du premier trimestre 2015, ajoute-t-il. Contrairement à 2008, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter dans l’immédiat. “L’Arabie Saoudite peut très bien ne rien faire pendant au moins six semaines, jusqu’à la prochaine réunion de l’Opep [le 27 novembre à Vienne].”

Réduire les stocks. Les propos tenus par des responsables saoudiens à des analystes à New York et à Londres laissent penser que le pays peut supporter une période prolongée de prix bas et se satisfaire de 70 dollars le baril. Cela stimulera la demande, réduira les stocks et équilibrera le marché, espère-t-on à Riyad.

“Tant que les cours tournent autour de 80 à 90 dollars, ils ne jugent pas nécessaire d’intervenir, déclare Nat Kern. S’ils baissent beaucoup plus, disons à 60 dollars, ils agiront. Mais ils ne pensent pas qu’on en arrivera là.” Les Saoudiens pourraient laisser les Américains prendre eux-mêmes la décision de réduire la production, va jusqu’à dire Bob McNally, un ancien responsable de la Maison-Blanche qui dirige aujourd’hui le cabinet de consultants Rapidan Group.

“Riyad éprouve moins le besoin de jouer les pompiers sur un marché affaibli, maintenant que les producteurs américains, qui réagissent relativement vite aux prix, sont entrés en scène, explique-t-il. Les Saoudiens pensent que ces producteurs de pétrole de schiste sont une bénédiction, parce qu’ils fixent un plafond et un plancher aux cours. C’est comme s’ils étaient devenus membres de l’Opep.”

source: Courrier International (6 nov, trad. d'un article du Financial Times)

relayé par B. Longère

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