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ILERI-Défense

La Chine lance son “plan Marshall”

21 Novembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Asie

Dessin de Bromley pour le Financial Times
Dessin de Bromley pour le Financial Times

Pékin rompt avec sa relative humilité sur la scène internationale et propose de damer le pion aux Etats-Unis dans la région Asie-Pacifique.

La tenue du sommet de Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec) [les 10 et 11 novembre à Pékin] nous a apporté la preuve que le président chinois, Xi Jinping, était sérieux lorsqu’il avait annoncé, en janvier, son intention de se montrer “proactif” sur la scène internationale. La maxime de Deng Xiaoping selon laquelle la Chine devait gagner du temps et éviter d’être à l’initiative au plan international a donc été remisée aux poubelles de l’Histoire. Le temps est venu pour la puissance chinoise de s’affirmer.

Xi Jinping envisage la création d’une zone de libre-échange Asie-Pacifique plus vaste encore que le projet d’accord de partenariat transpacifique (TPP) défendu par Washington. Il prévoit aussi l’établissement de deux nouvelles banques de développement régionales. Pékin devrait créer un fonds de 40 milliards de dollars, baptisé Route de la soie, pour construire des ports, des routes et des voies ferrées, et relier toute la région. Certains ont surnommé ce projet le “plan Marshall chinois”.

Cette appellation n’est pas officielle, mais elle est révélatrice : l’offensive de charme menée par le président chinois a pour objectif de doubler les Américains. La Chine avait fait de l’obstruction lors de l’échec du cycle de Doha, en 2008, mais Xi Jinping déclare aujourd’hui que “plusieurs accords régionaux de libre-échange ont vu le jour, ce qui rend certains choix difficiles”. Avec près de 4 000 milliards de dollars dans ses réserves de devises étrangères – la plupart en bons du Trésor à faible rendement –, la Chine a certainement de quoi redorer son blason.

L’idée de lancer un plan d’aide pour soutenir la demande en produits chinois n’est pas nouvelle : l’économiste Xu Shanda avait déjà suggéré un plan Marshall chinois en 2009. Les projets de la Route de la soie pourraient en outre participer à l’internationalisation du yuan grâce à des obligations libellées dans cette monnaie.
Pékin rendrait néanmoins un fier service à ses voisins s’il leur permettait de prospérer grâce au commerce. A première vue, il s’agit de la même proposition gagnant-gagnant que le plan Marshall conçu par les Américains après la Seconde Guerre mondiale. La véritable question est plutôt de savoir si les autres pays asiatiques seront favorables à ce déplacement de l’autorité commerciale des Etats-Unis vers la Chine.

Nul doute que de nombreux pays accepteront l’offre chinoise, même si celle-ci n’est pas dénuée de contrepartie. Comme durant la guerre froide, certains pays tenteront de rester dans un entre-deux et de profiter de la rivalité des deux champions pour en tirer le plus de bénéfices.

Tribut. Pourtant, le jour n’est peut-être pas loin où Pékin demandera à ses voisins de choisir leur camp. Dans les nouvelles institutions proposées par Xi Jinping, la Chine dispose de plus de voix que Washington, ce qui explique en partie l’opposition américaine à ce projet. Les pays d’Asie du Sud-Est s’inquiètent du “nouveau modèle de relations aux grandes puissances”, dans lequel ils entrevoient les Etats-Unis abandonnant l’Asie de l’Est à l’hégémonie chinoise. Ce modèle inclut le respect des “intérêts fondamentaux” de la Chine, dont la définition par Pékin est très ample.

Ce “nouveau modèle” laisse penser que les dirigeants chinois cherchent à restaurer le système impérial du tribut, par lequel de nombreuses nations asiatiques faisaient allégeance à l’empereur en échange de droits commerciaux. L’ancien ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi y avait fait allusion en 2012 lorsqu’il s’était moqué des “petits pays” d’Asie du Sud-Est qui s’opposaient aux revendications chinoises en mer de Chine méridionale. En 2010, Pékin avait interrompu ses livraisons de terres rares au Japon afin de faire pression sur Tokyo sur la question des îles Senkaku-Diaoyu [disputées par les deux pays].

Comme les dirigeants du Cambodge l’ont constaté, accepter l’aide de la Chine crée l’obligation d’obéir aux ordres de Pékin dans les forums internationaux. Le pari chinois marchera-t-il ? Convaincus que le développement et le profit sont des éléments clés des relations internationales, les dirigeants chinois sont persuadés que les Etats-Unis seront bientôt isolés dans la région.

La tiédeur du soutien de l’administration Obama au TPP n’arrange rien.Toujours est-il que les nations asiatiques ont de bonnes raisons de se méfier d’un gouvernement autoritaire obsédé par l’idée de retrouver sa gloire passée et faisant fi des normes internationales et du droit (ainsi que le fait Pékin en mer de Chine). Barack Obama pourrait donc saisir cette occasion pour reprendre l’initiative en Asie, à supposer qu’il soit toujours déterminé à mener sa stratégie de “pivot en Asie”, une des promesses centrales de sa campagne.

source: C.I. (20 nov, traduction d'un article du Wall Street Journal)

relayé par B. Longère

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