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ILERI-Défense

Jérusalem proche du point de rupture

14 Novembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Dessin de Bleibel, Liban
Dessin de Bleibel, Liban

Pendant des années, une diplomatie intelligente a pu maintenir un statu quo religieux dans la Ville sainte. Aujourd’hui, les manœuvres politiciennes d’une droite instable attisent l’ire des musulmans.

Le groupe de militants qui squatte les abords du mont du Temple [Noble Sanctuaire pour les musulmans] depuis la tentative d’assassinat [le 29 octobre] du rabbin [ultranationaliste religieux] Yehuda Glick nous montre pourquoi la paix ne sera jamais possible en ce lieu sacré.

Ils brandissent des affiches sur lesquelles Glick, avec la coupole étincelante du dôme du Rocher en arrière-fond, exhibe un photomontage du gigantesque temple que ses disciples veulent édifier. Nul besoin d’être un architecte, un militant d’extrême droite ou un fanatique palestinien pour comprendre que cet édifice ne peut être bâti que sur les décombres des lieux saints musulmans. Les Juifs adorateurs du Temple sont convaincus que, si les Palestiniens veulent leur en interdire l’accès, c’est pour pouvoir éradiquer toute trace archéologique de son existence historique. Ce qui n’est pas faux. Certains travaux de “rénovation” entrepris par le Waqf [administrateur des lieux de culte islamiques] ont bien pour objectif d’effacer toute trace de l’Antiquité juive.

De leur côté, les Palestiniens sont convaincus que les Juifs veulent rayer de la carte les deux mosquées [dôme du Rocher et Al-Aqsa] pour y ériger le Troisième Temple. Nous approchons du point de rupture. Jusqu’à une époque récente, les groupes de fidèles juifs qui tentaient de se rendre sur le mont du Temple étaient rares, marginaux, voire folkloriques. D’autant que les autorités du judaïsme orthodoxe interdisaient tout rassemblement et toute prière sur le mont.

Des années durant, le statu quo religieux fut d’autant plus facilement maintenu que les responsables israéliens et palestiniens y avaient intérêt. L’Histoire leur avait maintes fois prouvé que ce lieu était celui de tous les désastres. Les autorités israéliennes feignaient d’ignorer les excavations du Waqf et préféraient consolider la souveraineté d’Israël sur les quartiers environnants. Les forces de sécurité, en faisant respecter l’interdit religieux juif, contrecarraient toute provocation fatale, quitte à donner un avantage de fait aux Palestiniens.

Cette politique intelligente nous évitait d’avoir à affronter plus d’un milliard de musulmans. Aujourd’hui, le mont du Temple devient, pour notre malheur, une question clé pour le gouvernement et la communauté internationale. Yehuda Glick et ses disciples sont en passe de nous entraîner vers une conflagration religieuse. Une troisième Intifada ne peut avoir que des conséquences incalculables en se propageant à tout le pays. Il est encore possible de circonscrire l’incendie. Si une nouvelle Intifada couve, nous ne sommes fort heureusement pas encore revenus aux jours sombres des attentats suicides qui ponctuèrent les accords d’Oslo et la deuxième Intifada. Les Israéliens, jusqu’à présent, sont plus mobilisés par les résultats du championnat de foot.

L’opinion publique se montre moins irresponsable que ses dirigeants, lesquels sont hélas nombreux à prendre la remorque d’une minorité religieuse fanatique qui espère précipiter le jour de la Rédemption. Néanmoins, l’instabilité politique israélienne actuelle est un facteur de risque. Tout est miné à tous les niveaux. Certes, personne ne veut a priori provoquer des élections anticipées un an avant terme [janvier 2016]. Mais le jour approche où chaque parti reprendra ses billes, tirera la couverture à soi et voudra tout simplement sauver sa peau, au détriment de l’intérêt national.

Le ministre de l’Economie, Naftali Bennett [extrême droite], déclare qu’un Premier ministre incapable de protéger Jérusalem ne mérite pas d’exister. Le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman de l’ultradroite laïque, traite de crétins ses propres députés et ceux d’extrême droite qui veulent aller sur le mont du Temple. Le ministre de l’Environnement, Amir Peretz, une colombe centriste, après avoir appelé à garantir la stabilité du gouvernement, claque la porte de la coalition et de son parti et prend un billet de retour vers son ancien parti, le Parti travailliste. Et, pendant ce temps, le Premier ministre, Nétanyahou, doit à tout prix se présenter en position de force à des primaires au sein d’un Likoud de plus en plus sensible aux sirènes des boutefeux.

Début 2015, le compte à rebours des législatives sera enclenché. Si la situation continue de se dégrader, pendant que les émeutes se propageront à tout Israël sans épargner l’Autorité palestinienne, nous devrons en outre subir une campagne électorale qui laissera libre cours aux insultes, aux coups fourrés et aux slogans insensés. Par contre, si la situation encourage nos dirigeants à jouer l’apaisement [avec les Palestiniens], peut-être aurons-nous enfin droit à un scrutin privilégiant, comme dans un pays normal, des questions sociales telles que le droit à vivre dans la dignité dans ce pays meurtri. Personnellement, c’est tout ce que je nous souhaite. Mais je doute que nous y parvenions.

source: Courrier International (13 nov, extraits d'un article de Makor Rishon)

relayé par B. Longère

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