Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ILERI-Défense

En Syrie, la déroute des modérés

4 Novembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Moyen Orient

  En Syrie, la déroute des modérés

C'est une défaite symbole de l'agonie de la rébellion syrienne modérée. Les deux principales composantes de l'opposition démocratique à Bachar el-Assad - le Front révolutionnaire syrien (FRS) et le mouvement Hazem - ont été expulsées de leur fief de la province d'Idleb (nord-ouest de la Syrie). Seuls combattants à être officiellement armés par les pays arabes et les États-Unis, ils ont été respectivement délogés de la région de Jabal Jawya et de la localité de Khan al-Sobol. Leur tombeur n'est autre que le Front Al-Nosra, branche officielle d'al-Qaida en Syrie, et pourtant groupe le plus en vue de l'opposition syrienne.

Alliés des rebelles modérés depuis 2011, les djihadistes d'Al-Nosra, experts en guérilla et lourdement armés, leur ont longtemps fourni une aide indispensable, tant contre les forces de Bachar el-Assad que face aux djihadistes de l'État islamique (EI) depuis janvier 2014. Mais la donne a changé fin septembre, lorsqu'ils se sont retrouvés visés par les bombardements américains contre l'EI en Syrie. Une "trahison", pour Al-Nosra, d'autant que les États-Unis se sont bien gardés d'attaquer l'armée de Bachar el-Assad, obtenant même son aval pour mener leur opération.

Plan américain

"Depuis le début de l'intervention américaine en Syrie contre l'EI, être politiquement associés aux États-Unis est devenu un handicap majeur pour les groupes rebelles syriens", affirme Thomas Pierret, maître de conférences en islam contemporain à l'université d'Édimbourg. "Pourquoi en effet des combattants se sacrifieraient-ils pour des factions soutenues par une grande puissance dont il est évident qu'elle ne souhaite pas la défaite de Bachar el-Assad ?"

Créé fin 2013 pour faire contrepoids à la formation du Front islamique syrien (rébellion salafiste et islamiste beaucoup plus performante), le Front révolutionnaire syrien regroupe une quinzaine de brigades rebelles modérées, reliquats de l'Armée syrienne libre (armée de l'opposition, créée en 2011, qui a éclaté à la suite du refus de Barack Obama de frapper le régime syrien après l'attaque chimique d'août 2013). Avec le mouvement Hazem, une formation laïque fondée en 2014, ils ont été désignés par l'administration Obama pour bénéficier d'un plan de 500 millions de dollars visant à entraîner, à armer et à financer la rébellion syrienne modérée afin qu'elle puisse à terme reconquérir les régions aux mains de l'EI.

Rebelles en porte-à-faux

Dès lors, les deux groupes ont été considérés par Al-Nosra comme des "agents de l'Occident". Sous le feu de l'offensive djihadiste dans la province d'Idleb, les rebelles ont préféré se retirer de leur fief, abandonnant par là même de l'armement de pointe, en grande quantité, fourni par les monarchies du Golfe et l'Occident. D'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ONG la mieux informée sur le terrain syrien, une partie des rebelles aurait même prêté allégeance aux djihadistes du Front al-Nosra.

"Le Front révolutionnaire syrien était un groupe puissant sur le papier du fait de ses soutiens extérieurs, mais intrinsèquement fragile parce que sa cohésion ne reposait pas sur grand-chose d'autre", analyse Thomas Pierret. Favori du Golfe et de l'Occident, le commandant Jamal Maarouf, ancien ouvrier du bâtiment devenu chef rebelle, avait pour mission de constituer une armée nationale opposée à Bachar el-Assad comme aux djihadistes. "Sa réputation et celle du FRS étaient plutôt mauvaises en raison du comportement mafieux de certaines factions du Front", poursuit Thomas Pierret. Dans une vidéo citée par Reuters, le chef du FRS justifie sa fuite de la région de Jabal Jawya par la nécessité de "préserver le sang des civils".

Fin des illusions

Reste qu'après cette déroute à Idleb, le Front révolutionnaire syrien et le mouvement Hazem voient se réduire comme peau de chagrin leur force de frappe, qui ne se limite plus qu'au sud de la Syrie. Pris à leur propre piège, les États-Unis se retrouvent sans partenaire fiable au sein de la rébellion syrienne. Et voient s'envoler leurs dernières illusions de se débarrasser de Bachar el-Assad. En effet, pendant que les frappes américaines se poursuivent contre les djihadistes, le président syrien a toute liberté pour achever ses derniers opposants.

Par Armin AREFI, LE POINT, 03/11/2014

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article