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ILERI-Défense

Le Botswana : piégé entre un parti hégémonique et une opposition désunie

24 Octobre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Afrique

Les électeurs botswanais se rendent aux urnes ce vendredi 24 octobre. La campagne pour ces élections générales a été ponctuée de violences et d'incidents graves. Malgré les critiques dont il fait l'objet, le Botswana Democratic Party, au pouvoir depuis bientôt cinquante ans, devrait remporter le scrutin et reconduire le président Ian Khama dans ses fonctions.

Petit pays enclavé de l’Afrique australe, le Botswana est connu pour ses paysages à couper le souffle, ses diamants et sa « démocratie exemplaire » qui lui vaut d’être régulièrement classé au premier rang des pays africains en matière de gouvernance et de transparence. La Fondation du milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim le classe troisième derrière Maurice et le Cap-Vert dans son indice 2014 qui vient de paraître. Déjà en 2008, cette même fondation avait décerné son prestigieux prix du leadership en Afrique à l’ancien président botswanais Festus Mongae pour sa précieuse contribution au développement de son pays.

Sur le plan économique également, le Botswana a le vent en poupe. Ce pays, qui a la réputation d’être bien géré, a connu un développement prodigieux depuis son indépendance en 1966, grâce à l’exploitation de ses abondantes ressources minières dont le diamant. C’est d’ailleurs le seul pays d’Afrique et de l’océan Indien, avec Maurice, à être passé dès 1994 du statut de « pays moins avancé » à celui d’Etat « à revenu intermédiaire » (tranche supérieure). En même temps, son revenu par tête d’habitant, qui avoisinait 70 dollars américains à l’indépendance, est passé aujourd'hui aux alentours de 7 000 dollars.

Un scrutin incertain

Paradoxalement, malgré ces performances spectaculaires, les élections générales qui se dérouleront ce vendredi 24 octobre risquent d’être compliquées pour le Botswana Democratic Party (Parti démocratique du Botswana ou le BDP) au pouvoir à Gaborone depuis bientôt cinquante ans. Les quatre présidents qui ont gouverné le Botswana depuis l’indépendance sont issus de ce parti historique.

Avec le pays divisé en 57 circonscriptions, la vie politique botswanaise est calquée sur le système parlementaire britannique. Mais l’essentiel des pouvoirs est centralisé aux mains d'un président qui, depuis 1972, n’est plus élu au suffrage universel, mais nommé par la majorité parlementaire. Les amendements constitutionnels successifs (1972, 1997) ont rendu le système fortement élitiste, coupant le chef de l'Etat de la volonté populaire. Il est nommé en vertu de sa position de dirigeant du parti majoritaire et n’est plus responsable devant le peuple.

Tout en limitant la fonction présidentielle à deux mandats de cinq ans, la révision constitutionnelle de 1997 a verrouillé le système encore plus, en autorisant le vice-président à succéder automatiquement au chef de l’Etat en cas de vacance du pouvoir, ce qui écarte dès lors le Parlement du processus de succession. Aussi, les présidents botswanais ont-ils pris l’habitude de partir prématurément à la retraite, c’est-à-dire un an avant la fin de leur second mandat, pour que le vice-président qu’ils ont coopté puisse leur succéder sans passer par la case Parlement. Cela permet de s’assurer que le pouvoir reste dans les mains d’une élite étroite. Dans la mesure où le nouveau président par intérim est aussi le chef du parti au pouvoir, sa reconduction à son poste par la majorité parlementaire après les législatives est une simple formalité, sauf s’il y a un changement de majorité.

Un changement de majorité, le Botswana n’en a pas connu depuis presqu’un demi-siècle. Le Parlement sortant compte 41 parlementaires appartenant au BDP, mais avec la popularité en baisse de ce parti-Etat (qui a perdu selon Afro Barometer 15% d'opinions favorables en cinq ans), le scrutin de 2014 promet d’être plus serré que dans les années précédentes.

En attendant l’alternance

Si la déroute électorale du BDP n’est pas encore à l’ordre du jour, les sondages d'opinions réalisés par Afro Barometer montrent que l’opposition est perçue de plus en plus par les Botswanais comme un alternatif viable. La population a été sensible ces dernières années à la multiplication des affaires de corruption impliquant les barons du régime. Ils vivent également mal la montée de l’autoritarisme, surtout depuis l’accession à la présidence en 2008 du lieutenant général Ian Khama. Depuis cinq ans, écrit Ian Taylor, spécialiste reconnu de l'Afrique australe, « la personnalisation du pouvoir politique et la militarisation se sont intensifiées ».

Fils du premier président du Botswana Seretse Khama, « père de l’indépendance », et d’une ambulancière anglaise, l’homme est un métis. Sorti diplômé de l'académie militaire britannique de Sandhurst, cet ancien militaire a surpris le pays par ses méthodes de gouvernement plutôt musclées. Il se montre de plus en plus intolérant à l’égard des critiques en général et des médias en particulier.

La presse sud-africaine a rapporté récemment l'odyssée d'un journaliste du Sunday Standardqui a dû fuir le Botswana après avoir reçu des menaces de mort. Le crime d'Edgar Tsimane était d'avoir publié un article racontant par le menu les virées nocturnes du président dans les rues de la capitale au volant de sa voiture. La présidence nie avoir menacé le journaliste en question, mais a entamé une procédure pour sédition devant les tribunaux visant le journaliste et l'éditeur du journal Outsa Mokone. L'affaire a fait grand bruit et a conduit le département d'Etat, à Washington, à réagir. Son porte-parole a déclaré que l'arrestation de Mokone « bafoue les principes de libertés fondamentales et s'inscrit en porte-à-faux avec la pratique de gouvernance démocratique que le Botswana a érigée en marque de fabrique ».

Khama ne se montre guère plus tendre avec les siens. Sous son égide, le parti au pouvoir a éclaté en 2010. Traditionnellement, ce parti a été un conglomérat de sensibilités et d’idéologies très diverses que les précédents dirigeants avaient su écouter et gérer. Lorsqu’une faction qui contestait ses positions a remporté les élections internes du parti en 2009, Khama a choisi de sévir, poussant les nouveaux élus à quitter le BDP

. C’est ce qu’ils ont fait et ont créé un nouveau parti : le Botswana Movement for Democracy (le Mouvement pour la démocratie au Botswana - BMD). Il fait partie aujourd'hui de la grande coalition des principaux partis d'opposition. Cette coalition, l’Umbrella For Democratic Change (Coalition pour le changement démocratique - UDC) est dirigée par le flamboyant Duma Boko, avocat spécialisé dans les questions des droits de l’homme. Boko a promis, s’il devenait président, d’amender la Constitution et de redonner au peuple le pouvoir de choisir ses leaders et de décider de ses priorités. Dumelang Saleshando, parlementaire expérimenté et leader du Botswana Congress Party (BCP), le groupe d’opposition le mieux organisé, est l’autre grand candidat de l’opposition à l'élection présidentielle de 2014.

Tensions

Les tensions entre les forces en présence ont ponctué la campagne électorale. La mort suspecte en juillet dernier de l’opposant Gomolemo Motswaledi, tué dans un accident de voiture, les attaques de plus en plus nombreuses contre des journalistes qui osent critiquer le gouvernement, sont les indices que le régime est en train d’opérer un tournant autoritaire. Evoquant avec amertume cette évolution, l’ancien président Festus Mogae, exilé en Tanzanie, a dénoncé récemment le dédain que nourrit son successeur pour « l’Etat de droit et la transparence ».

Pour autant, aucun analyste sérieux n'imagine que le BDP puisse perdre les élections législatives. Candidat à sa propre succession, le président Khama compte sur son excellent bilan économique reconnu par les organisations internationales (le Botswana est une « development success story », écrit la Banque mondiale) et surtout sur la désunion traditionnelle de l’opposition botswanaise, pour conserver sa mainmise sur le pays après le scrutin de ce vendredi.

Par Tirthankar Chanda

Source: http://www.rfi.fr/afrique/all/

Relayé par D.T.KPOGNON

Le Président du Botswana, Ian Khama au Bureau de vote.

Le Président du Botswana, Ian Khama au Bureau de vote.

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