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ILERI-Défense

Terrorisme: comment les entreprises protègent leurs cadres en voyage d'affaires

26 Septembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Terrorisme

Le 26/09/14

De lefigaro.fr, Marie-Cécile Renault

Alors que les Français voyageant à l'étranger sont désormais appelés à redoubler de vigilance dans une quarantaine de pays, les entreprises doivent assurer la sécurité de leurs salariés en déplacement.

Alors que l'alerte contre le terrorisme est maximale après le meurtre d'Hervé Gourdel, la menace plane sur les Français installés dans les pays à risques, les touristes mais aussi des milliers de cadres qui, chaque jour, partent en voyage d'affaires pour le compte de leurs entreprises. Les plus concernés: ceux qui travaillent sur la zone appelée «EMEA» (Europe-Middle East and Africa).

La fréquence des voyages varie selon les groupes mais plus il y a de cadres, plus ils sont nombreux. Si tous se déplacent plus de 6 fois par an pour une durée d'environ 2 jours, ce sont les cadres dirigeants et les commerciaux qui voyagent le plus dans l'année: plus de 1 voyage par mois pour 50% d'entre eux et jusque 20 (et au-delà) par an pour les dirigeants, selon le baromètre PME-PMI d'American Express Voyages d'Affaires.

Les entreprises doivent-elles limiter les déplacements de leurs cadres? Comment font-elles face à la menace grandissante? «C'est encore trop frais, nous n'avons pas encore de remontées terrain», répond le Medef. Mais les grands groupes n'ont pas attendu. Chez Orange, très présent en Afrique et Moyen-Orient , «des consignes ont été données depuis longtemps aux cadres pour ne pas aller dans les zones trop éloignées, ne pas avoir tous les jours le même trajet», explique un porte-parole. Il n'y a pas, à proprement parler, de durcissement des règles en réaction aux derniers événements car les «règles sont déjà strictes. On ne peut pas faire plus», observe-t-il. Tous les ordres de mission sont visés par la hiérarchie du groupe avec, à chaque fois, une évaluation de la nécessité du voyage et des risques qu'il comporte.

Même chose, dans un autre grand groupe du CAC 40, qui préfère rester anonyme. «On ne fait rien de plus pour le moment. On n'a pas augmenté la sécurité d'un cran, ni banni les voyages vers le Maghreb», indique cette grande entreprise, qui a elle aussi depuis longtemps mis en place des consignes de sécurité, allant des simples mesures de bon sens (comme par exemple ne pas sortir seul dans certains pays) à des consignes plus drastiques pour les expatriés (utilisation de sociétés de sécurité).

Le groupe Renault a lui relayé auprès de ses salariés, les consignes du Quai d'Orsay, qui a fait une alerte sur son site, rallongé la liste des pays à risques (une quarantaine désormais contre une trentaine en début de semaine), et rappelé les mesures de sécurité. Cette décision d'étendre la liste des pays où les Français, résidents ou de passage, ont été appelés à la «plus grande vigilance», fait suite à un Conseil de défense réuni autour du président François Hollande. Le ministère des affaires étrangères recommande notamment aux Français, qui effectuent un voyage ou une mission ponctuelle à l'étranger, de s'inscrire (gratuitement) sur le réseau Ariane, afin de recevoir des recommandations de sécurité par SMS ou courriels si la situation dans le pays le justifie et d'être contacté en cas de crise.

«Depuis la jurisprudence Karachi, l'entreprise a une obligation de sécurité vis-à-vis de ses salariés à l'étranger», observe Jean-Louis Fiamenghi, directeur de la sureté chez Veolia. Ainsi, depuis 2004, il est de la responsabilité légale de tout employeur de mettre en place des modules de formation et de sensibilisation à la sûreté du voyage d'affaires (jurisprudence Karachi). En cas de non respect de cette obligation, l'entreprise s'expose à un risque pénal et financier.

A la demande de son PDG Antoine Frérot, Veolia a fait de la politique de sûreté une priorité il y a deux ans, et s'est adjoint les services de Jean-Louis Fiamenghi, ancien préfet et ancien chef du RAID. Chaque mois, le groupe établit une cartographie des risques dans le monde. Chaque salarié, expatrié ou simple cadre en voyage d'affaires, doit suivre une formation «e-learning» avant de partir à l'étranger. Pour les expatriés, le groupe utilise les services de sociétés de sécurité spécialisées, qui sécurisent bâtiments et véhicules.

Les cadres en voyage d'affaire doivent, quant à eux, remplir avant le départ un questionnaire détaillé mentionnant leur destination, qui vient les chercher etc. «On ne laisse pas un salarié prendre un taxi non identifié. Dés qu'il arrive dans le pays, on l'oblige à s'inscrire au consulat, même s'il ne vient que pour une semaine ou quinze jours», indique Jean-Louis Fiamenghi.

Malgré les derniers événements, le groupe n'a pas renforcé son dispositif: «le système est déjà à un niveau d'alerte très élevé, car la France est visée depuis longtemps. On a accru notre dispositif pour la sûreté des déplacements à l'étranger il y a déjà 2 mois et demi», ajoute-t-il, soulignant toutefois avoir reçu un afflux de coup de fil de salariés inquiets. Et sentir aussi une pression, liée à l'inquiétude grandissante des familles de salariés.

Les entreprises vont-elles faire face à une flambée des primes d'assurance pour assurer les salariés exposés? «Les polices d'assurance pour kidnapping et rançon de salariés existent dans certaines entreprises. Mais c'est extrêmement confidentiel et il est très difficile d'en parler. Les salariés eux-mêmes ne le savent pas, car cela pourrait les mettre en danger», indique Emmanuelle Biehler-Marghieri, Directrice du département risques politiques et financiers à l'international de Siaci Saint-Honoré, un courtier en assurance.

Selon cette spécialiste, «c'est à chaque fois du cas par cas, en fonction de l'entreprise et de la zone concernée», mais ces pics de tension «crispent» les assureurs, note-t-elle, soulignant qu'il est très difficile depouis le mois de juin d'assurer des contrats en Lybie, Syrie et Irak. «Mais nous accompagnons chaque jour des importateurs et investisseurs dans leurs projets, afin qu'ils puissent continuer à se développer malgré les tensions». Le business continue!

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