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ILERI-Défense

Irak, Libye : « Tirons d'abord les leçons de nos erreurs précédentes », dit Olivier Zajec

16 Septembre 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #France, #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe

Le 16/09/14

De Jean-Dominique Merchet, lopinion.fr

Spécialiste de stratégie, il est maître de conférence à l'Université Jean Moulin (Lyon 3). Auteur de plusieurs ouvrages, il prépare un livre sur « Le réalisme dans les relations internationales »

Alors que l'on évoque de nouvelles interventions militaires en Irak et en Libye, que pensez vous de la stratégie mise en œuvre par les Occidentaux ?
Dans un cadre politique aussi fragmenté que le monde musulman, on ne peut pas mettre au point une stratégie sans revenir sur les erreurs d'analyses précédentes qui sont pour une part à l'origine des fragmentations actuelles. Car le changement de régime coercitif, qui se donne des objectifs moraux absolus et donc inatteignables, a échoué en Irak et en Afghanistan. À une approche réaliste et limitée dans le temps, on a préféré une approche globale, que ce soit avec la guerre contre le terrorisme ou la contre-insurrection. Le préalable est donc de tirer les leçons de la dernière décennie.

Vous évoquez l'Irak et l'Afghanistan, qu'en est-il de la Libye ou du Mali ?
En Libye, il est évident que l'on n'a pas mesuré les effets à long terme de notre intervention de 2011. La France a, en partie, corrigé cette erreur au Mali, une opération nécessaire et bien menée. Si l'on fait le bilan, je vois deux vrais succès : la Côte d'Ivoire et le Mali où nos opérations militaires ont fait baisser la tension et posé les bases d'une reconstruction et d'un dialogue. C'est un modèle imparfait mais plus réaliste que la séquence afghane et irakienne.

Que faire aujourd'hui ?
Dans une situation complexe où l'on a plusieurs adversaires, la bonne stratégie veut que l'on hiérarchise les choses.Quel est l'ennemi le plus terrible ? L'Etat islamique ou Bachar el-Assad ? Hiérarchiser ne veut pas dire qu'on cautionne mais c'est une démarche nécessaire pour cristalliser une coalition dans le chaos syrien et la déliquescence étatique irakienne. Pour stabiliser la situation, il est nécessaire d'inclure tout le monde dans l'équation : l'Iran, la Russie, l'Europe, les États-Unis, Israël, les pays du Golfe, la Turquie...Il faut d'abord endiguer la menace de l'EI, stabiliser les fronts, puis trouver les voies pour entamer un processus de réconciliation dans les sociétés syriennes et irakiennes. Et si ce processus de réconciliation s'avère impossible, il faut avoir le courage de le reconnaître et de le dire. La stabilité des frontières est un principe sain, mais cela ne veut pas dire que celles-ci doivent rester obligatoirement intangibles. Mieux vaut parfois un bon divorce que des violences conjugales prolongées.

On parle d'une « menace globale » qui irait de Boko Haram à l'Etat islamique en passant par les groupes terroristes au Sahel et en Libye. Que pensez-vous de cette idée ?
Certes, il y a un facteur commun qui est la maladie identitaire de l'islam politique avec aujourd'hui une ascension aux extrêmes. Mais attention à la confusion qu'entraîne cette notion de global. C'est souvent une manière élégante de dire qu'on est incapable de définir le problème... Ainsi George Bush parlait d'une guerre globale contre le terrorisme, comme si on pouvait faire la guerre à un mode d'action – le terrorisme – et non aux groupes politiques qui l'utilisent. Mieux vaut régionaliser notre regard et notre approche. L'Irak n'est pas la Libye ! Pour être plus efficace, distinguons les crises.

Irak, Libye : « Tirons d'abord les leçons de nos erreurs précédentes », dit Olivier Zajec

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