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ILERI-Défense

Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense qui se prépare à repasser à l'ouest

16 Juin 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #France

Le 15/06/14

De Jean-Dominique Merchet, secret defense, l'opinion.fr

Avec un bon bilan à Paris, ce proche du président de la République songe de plus en plus à son avenir en Bretagne, dont il a évité la fusion avec les Pays de la Loire.

Jean-Yves Le Drian se prépare à rentrer en Bretagne. Quand ? Lui-même ne le sait pas encore, mais les élections régionales de novembre 2015 constituent un horizon évident. «De toute façon, j'irai au combat» prévient-il. Peu nombreux sont ceux qui en doutaient tant est puissant son enraciment breton. Malgré un emploi du temps très chargé de ministre de la Défense, rares sont les semaines où il ne parvient pas à faire un saut sur ses terres. Tous les prétextes sont bons : vendredi, ce sera pour un colloque sur l'intelligence économique à Rennes, la semaine dernière, l'inauguration d'une stèle en hommage aux commandos du SAS dans le Morbihan. Et à Paris, il cultive soigneusement ses réseaux BZH.

«Pour moi, la présidence du conseil régional me semblait être l'aboutissement de ma carrière politique», confie-t-il. En 2004, il avait enlevé cette assemblée à la droite et resta à ce poste jusqu'en 2012. Depuis lors, il considère que tout le reste lui a été donné comme par surcroît, comme ce poste de ministre de la Défense pour lequel il s'était longuement préparé et où, de l'avis général, il excelle.

L'an prochain, il aura fait ses trois ans à l'Hôtel de Brienne –un très long service militaire. Rentrer en Bretagne pour y reprendre la présidence du conseil régional ? Il y pense. Beaucoup. Comme il pense à la Bretagne. Enormément. S'entretenant récemment à bâtons rompus avec quelques journalistes, il parle dix minutes de Centrafrique, D-Day ou crédits militaires puis... trente minutes de sa région. Et, alors, son œil s'allume.

Jean-Yves Le Drian sait qu'il vient de remporter une victoire historique grâce à son poids auprès de son vieil ami François Hollande. «La Bretagne est maintenue !» se réjouit-il, d'une phrase au ton gaullien mâtiné d'hermines. Il est en effet parvenu à empêcher la fusion de sa région avec les Pays de la Loire, fusion qui aurait été vécu comme une annexion. Le président de la République n'a, semble-t-il, pas été trop difficile à convaincre. Jean-Yves Le Drian lui a simplement expliqué qu'en cas de suppression d'une région bretonne spécifique, il y aurait un «soulèvement» à côté duquel les protestations des Bonnets rouges, cet hiver, feraient figure d'aimables parties de campagnes. «Si une autre décision avait été prise, plus aucun ministre ne pouvait venir en Bretagne» croit-il. Y compris, lui-même ? Rien ne dit qu'il serait resté au gouvernement, lui qui menaçait, une semaine plus tôt, de rendre son tablier si le budget de la défense était une nouvelle fois amputé. Alors, toucher à sa Bretagne !

«Cela fait 1500 ans que nous existons. Ce qui était en jeu cette fois-ci, c'était l'existence même de la Bretagne. L'identité n'est pas un gros mot et la Bretagne n'est pas une région comme les autres. », dit-il. Quant à la «réunification» avec la Loire-Atlantique, il sait que ce n'était pas le sujet du jour. «Hollande voulait réduire le nombre des régions, en les fusionnant, mais il refusait de les diviser» entre départements. Nantes et la Loire-Atlantique ? «On verra plus tard». Pour l'heure «je préfère être amputé que mourir».

Fichtre ! Avec une telle passion chevillée au corps, on comprend qu'il ne conçoit pas son avenir uniquement sous les ors de l'Hôtel de Brienne. D'autant que la roue tourne : Jean-Yves Le Drian aura 67 ans à la fin du mois. Son épouse, Maria Vadillo, d'origine espagnole, est très active en Bretagne où elle siège au Conseil régional, chargée du tourisme et du patrimoine.

A Paris, Jean-Yves Le Drian a le sentiment du devoir accompli. Comme ministre de la Défense, il a mené une rude bataille pour préserver les crédits militaires, face aux assauts de Bercy. Il s'est attaqué de front au scandale Louvois du paiement aléatoire des soldes. Il a repris le pouvoir face à l'état-major des armées. Il s'est imposé comme ministre de l'Afrique, à l'occasion des guerres du Mali et de Centrafrique, parlant d'égal à égal avec les chefs d'Etat du continent. L'un d'entre eux l'a d'ailleurs félicité pour son succès dans le redécoupage régional.

Ce qu'il veut aujourd'hui, c'est le «renforcement du pouvoir des régions, avec des départements qui partiraient doucement vers le cimetière». «J'attends ça depuis quarante ans !», dit-il. Le débat sur la taille des régions –que l'on trouve trop petites à Paris– l'exaspère... quand il s'agit de la Bretagne, «plus grande que la Belgique et plus peuplée que la Croatie». «Ce qui compte, explique-t-il, c'est l'articulation entre les compétences administratives et la force collective».

Actualisé : On nous précise dans son entourage que "sa décision n'est pas prise". Dont acte. En politique, une année est une très très longue période. Mais la tentation, forte, est bien là et rien, pour l'heure, ne vient la contredire.

Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense qui se prépare à repasser à l'ouest

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