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ILERI-Défense

La stratégie maritime: présence des grandes puissances en Asie du Sud-Est.

3 Avril 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #note de synthèse, #Asie

Hormis le Laos enclavé, tous les pays du Sud-Est Asiatique sont bordés de mers ou d'océans: l'océan indien, le golfe du Bengale, la mer d'Andaman, la mer de Chine du Sud, le Pacifique. Les pays du sud-est asiatique attirent les grandes puissances maritimes du XXI é siècle, le commerce maritime constituant la base technique de l'expansion industrielle de l'Asie. De nombreux enjeux poussent la compétition entre les Etats dans le domaine maritime: la nécessité de sécuriser le transport maritime, de contrôler les flux économiques des mers avec les aspects commerciaux, militaires et sécuritaires et l'accès aux matières premières. À ceci s'ajoute la délimitation des espaces de souveraineté, donc du droit et du pouvoir des Etats, et la légitimité nationale, le sentiment patriotique et la politique intérieure. L'instauration des Zones Economiques Exclusives (ZEE) rend précieuse la possession d'archipels et du moindre îlot habitable.


Forte de sa montée en puissance militaire et de sa volonté expansionniste, la Chine utilise aujourd'hui sa marine de guerre à des fins diplomatiques et stratégiques en combinant séduction et pression, ce qui porte atteinte à la stabilité régionale. Cette "menace" externe aurait pu consolider l'ASEAN, l'Association des Nations du Sud Est Asiatique, mais n'ayant pas de capacité commune d'intervention, elle élabore plutôt un "code de conduite" dans les eaux en question pour éviter tout dérapage militaire. La compétition stratégique entre la Chine et les Etats Unis (US) a des répercussions directes sur la région, de par l'annonce chinoise que cet espace fait partie de ses intérêts vitaux et demande son intervention, mais aussi parce que la présence américaine est globalement sollicitée pour faire barrage à cette volonté hégémonique. Ainsi, les US se réinvestissent dans cette zone par des traités bilatéraux et une présence navale plus importante, entre autre à Singapour. Le Japon a été très présent depuis les années 60 en étant à l'origine de nombreux projets, dont le projet ReCAAP (Regional Coopération Agreement on Anti-Piracy) qui a pour but la collecte et le partage d'informations maritimes. La Russie ménage ses intérêts auprès de l'ASEAN dont elle est un partenaire de dialogue régulier, bien que la Chine soit devenue le principal client de l'industrie militaire russe. L'Inde, qui souhaite suivre la croissance économique de l'ASEAN a créé avec sa marine sa "Look East Policy" qui consiste à s'investir dans une diplomatie de défense et d'entrainements conjoints, tout en renforçant particulièrement la coopération avec l'Australie, l'Indonésie et le Vietnam, pays avec lequel elle partage une certaine animosité envers la Chine. La recrudescence de l'armement, notamment maritime, fait craindre l'éclatement de crises entre pays historiquement en conflits.


Si l'ASEAN montre une nette volonté d'intégration, les clivages diplomatico-militaires ne peuvent être oubliés derrière les investissements des grandes puissances mondiales dans leur région dont les intérêts stratégiques sont souvent contradictoires. Face à la Chine et l'Inde, la présence américaine ne peut suffire sur le long terme. Le Japon, l'Australie ou la Russie ne sont que des variables d'ajustement stratégiques sans être des alternatives sécuritaires suffisantes.
Alors que les Philippines se tournent vers les US, que l'Indonésie voit sa marine s'essouffler, que le Vietnam affiche résolument sa volonté de contrer Pékin, que la Malaisie doit faire face à une géographie péninsulaire complexe et que Kuala Lumpur modernise sa flotte, Singapour prône une politique ambigüe entre la Chine et les US avec le budget militaire le plus élevé de la région pour maintenir sa supériorité au combat avec de potentiels adversaires régionaux.


La coopération multilatérale dépend des intérêts des souverainetés. Quelles que soient les menaces qui pèsent sur cette région, il n'y a pour l'instant que des réponses nationales. L'ASEAN Regional Forum créé en 1993 a jeté les bases d'une architecture régionale de sécurité, sans pour autant créer une organisation militaire intégrée. La garantie stratégique américaine et les nombreuses alliances bilatérales faites sont la seule alternative rassurante dans une stratégie de contrepoids de la volonté hégémonique de la Chine.

Thaïs Daufouy/Vigneron-Larosa


Bibliographie:


Hérodote, revue de géographie et de géopolitique biannuelle, (2012). Géopolitique de l'Océan Indien n°145. Paris: Éd. La Découverte.


Diplomatie, Les grands dossiers
-Géopolitique des mers et des océans, n°10, Août-Septembre 2012
-Géopolitique de l'Asie du Sud-Est, n°9, Juin-Juillet 2012


H.Tetrais (2002) Asie du Sud-Est: enjeu régional ou enjeu mondial? Éd.Gallimard.
Chapitre 5: Sécurité: la nouvelle donne.


V.Thébault.( )Géopolitique de l'Asie. Éd. Nathan. Chapitre 20: Les tensions maritimes


(2012) Texte NONALIGNMENT 2.0: A Foreign and Strategic Policy for India in the Twenty First Century

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