Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ILERI-Défense

Centrafrique : "Jamais l'Union européenne n'était allée aussi vite !"

5 Avril 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Afrique, #Europe

Le 05/04/14

De Jean Guisnel, Défense ouverte, lepoint.fr

Chef de la mission EUFOR/RCA, le général français Philippe Pontiès se félicite de son lancement et fait le point sur les participations.

Le Point.fr : Peut-on dire aujourd'hui que la mission de l'Union européenne Eufor/RCA est bel et bien lancée ?

Général Philippe Pontiès : Elle est juridiquement lancée puisque le Conseil européen a pris cette décision le 1er avril. Les moyens militaires dont nous avions fixé le niveau pour lancer l'opération sont réunis. Cette capacité opérationnelle initiale requérait au minimum des éléments de sécurisation de l'aéroport de Bangui M'Poko, avec une capacité de commandement autonome, une capacité logistique et des moyens de renseignement. J'ajoute que la dernière conférence de génération de forces a permis d'obtenir des contributions sous forme de moyens de transport stratégiques. Elles sont proposées par l'Allemagne, le Luxembourg, le Royaume-Uni et la Suède.

La liste des contributions a fluctué. De quels moyens disposerez-vous concrètement ?

Je préfère laisser aux nations contributrices le soin de vous informer sur les effectifs précis engagés par chacun. Néanmoins, les éléments suivants sont acquis : la Géorgie fournit une compagnie de combat, tout comme la France qui ajoute pour sa part une participation à la composante de gendarmerie ainsi que des éléments de manoeuvre et de manutention. L'Estonie et la Lettonie fournissent chacune une section de combat. L'Espagne offre une section de forces spéciales et une participation à la composante gendarmerie. Le Portugal fournit également des éléments de gendarmerie et met à disposition un avion de transport tactique type C-130 Hercules, qui devrait notamment faire la navette entre Douala au Cameroun et Bangui. Une section du génie spécialisée dans l'aide au déploiement est amenée par l'Italie, tandis que la Pologne fournit une participation à la composante gendarmerie. Une équipe d'actions civilo-militaire, destinée à la mise en oeuvre de projets au profit des populations, et une équipe de lutte contre les IED (Improvized Explosive Device) viendront de Finlande.

Comment se fait-il qu'il ait fallu près de deux mois depuis le 10 février pour réunir cette indispensable capacité de transport stratégique ?

S'agissant de cette capacité précise, ce n'est pas surprenant. Dans les règles européennes, les moyens de transport stratégique ne sont pas négociables dans le cadre des conférences de génération de forces, mais de gré à gré entre pays. Il fallait donc que les nations concernées aient préalablement consolidé leur décision de contribution aux plans politique et militaire, qu'elles en définissent la nature et le volume en fonction du plan d'opérations. L'état-major d'EUFOR et le comité militaire et l'état-major de l'Union européenne ont facilité les mises en contact des uns et des autres. Voyons les choses positivement : moins de trois semaines après la décision de lancer cette mission, le plan d'opérations et les règles d'engagement étaient approuvés par le Conseil européen. Jamais l'Union européenne n'était allée aussi vite.

Mais la génération de forces ne s'est-elle pas révélée difficile ?

Au départ, les ouvertures ont été très prometteuses. Sauf qu'entre-temps, la crise ukrainienne est survenue. Nous en avons peut-être peu conscience en France, mais vue d'Europe centrale cette crise revêt une importance considérable, ne serait-ce que pour des raisons géographiques. Il est exact que l'évolution de la situation internationale a freiné le processus et a ralenti les contributions. Je vous fais également observer que les processus nationaux de décision, très différents les uns des autres, sont parfois très longs. Pour ma part, j'ai toujours su que nous arriverions à monter cette opération. Il en allait de la crédibilité de la politique de sécurité et de défense communes. Neuf nations participent au déploiement effectif de troupes sur le terrain. Quatre autres apportent cette capacité cruciale de transport aérien. Dans l'état-major de forces de Bangui, comme dans l'état-major d'opérations de Larrisa, 28 nations sont représentées.

Quand la première section de combat de l'Eufor sera-t-elle en mesure de remplir sa mission sur l'aéroport de Bangui ?

Sans doute dans le courant de la semaine prochaine.

Cette section sera-t-elle française, reversée de Sangaris vers l'Eufor ?

C'est bien possible ! Mais, franchement, ce n'est pas une question-clé. Nous avons désormais une capacité de transport aérien et sommes en mesure de projeter une compagnie depuis l'Europe. Il se trouve que des Français affectés à l'Eufor sont déjà déployés sur place... Évidemment qu'on les engagera les premiers, mais l'essentiel est bien de voir l'Europe s'engager !

Le Tchad a annoncé jeudi son retrait de la Misca, la mission africaine de sécurisation. Comment cette décision pourrait-elle affecter votre mission ?

Le Tchad a apporté une contribution importante à la Misca et a payé cet engagement d'un lourd tribut. Je comprends que ce retrait sera progressif. Par ailleurs, EUFOR était destiné à travailler prioritairement avec les contingents du Rwanda et du Burundi, cela n'aura donc pas d'incidence directe. D'une manière plus générale, EUFOR a vocation à opérer dans le cadre de son mandat en coordination étroite avec les forces de l'Union africaine.

Des soldats de l'Eufor en Centrafrique. © AFP

Des soldats de l'Eufor en Centrafrique. © AFP

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article