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ILERI-Défense

Géopolitique du Vatican: la crédibilité du Saint-Siège dans les relations internationales.

19 Mars 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #note de synthèse

Seule parmi les confessions religieuses, l'Eglise catholique dispose d'un Etat souverain. Ce statut est le résultat d'une volonté délibérée car le souverain pontife fait de la politique. La visite de Paul VI à l'ONU en 1966 a illustré le come back du vatican sur la scène internationale. Le Vatican est considéré comme la base territoriale obligée du Saint-siège, grâce au statut d'extraterritorialité accordé par l'Italie. Le Saint-Siège possède la personnalité juridique, ce qui lui permet de nommer et recevoir des représentants diplomatiques et entretenir des relations diplomatiques. Il dispose d'un personnel diplomatique, les 101 nonces apostoliques, formés au sein d'une Académie pontificale à laquelle seul les prêtres ont accès. Depuis 1945, le Vatican participe à de nombreuses organisations et concertations internationales. L'internationaliste américain J.Nye voit en l'Eglise catholique l'idéal type du soft power, car c'est une puissance qui peut être considérée comme immatérielle et universelle, dont la sphère d'influence dépasse largement le territoire du Vatican.

La "paix catholique".

Le projet global de "paix catholique" présenté en 1922 s'est exprimé par la double volonté internationaliste de participer à la pacification des relations internationales et d'étendre l'influence de l'Eglise par une pastorale désormais mondialisée. Parfois blâmée ou encouragée, la "paix catholique" signifie un mouvement d'ensemble de l'Eglise catholique qui pousse les siens à défendre une société internationale pacifiée, par un combat complexe. Cela concerne ainsi les relations entre le Saint-Siège et les Etats, les ONG catholiques et les organisations internationales, auxquelles s'ajoute la conscience individuelle. Les analystes catholiques évoquent l'existence d'une communauté internationale, récusant le paradigme stato centré. Ils représentent en quelque sorte une tradition universaliste des relations internationales que les enjeux actuels de la mondialisation pourraient remettre en course. L'internationalisme catholique a affirmé très tôt la primauté de la personne sur l'Etat. Bien que prétendant à une analyse réaliste des relations internationales, les internationalistes catholiques affirmeront leur refus de la realpolitik. Globalement, l'acceptation de la légitime défense armée est un autre point d'accord même si ses formes varient. La paix internationale selon le Vatican repose sur trois approches: la sensibilisation de l'opinion publique (les organisations catholiques bénéficient d'un agenda commun de mobilisation), la paix par la promotion de la démocratie et la volonté de mettre en place des structures de dialogue international portant sur " les Droits de l'Homme, sur la justice entre les peuples, sur le désarmement, sur le bien commun international" (Jean Paul II, Message pour al journée mondiale de la Paix, 1983)

En 2010, le Saint-Siège avait des relations diplomatiques complètes avec 178 Etats et aucune avec 17 pays. La Chine en avait établi en 1942 mais les avait rompues en 1951. Il peut toutefois y avoir des relations officieuses, comme avec l'Arabie Saoudite: en 2007, le Vatican eut la visite du roi Abdallah qui symbolise la fin de 1400 ans de relations tendues entre les deux États. La diplomatie étatique et la diplomatie pontificale ont des pratiques assez proches dans leur organisation et leur culte de la discrétion, voire du secret. Le pape reste l'incarnation de l'Eglise catholique à la fois pour les chefs d'Etat et de gouvernement comme pour l'opinion publique, avide d'images et d'une organisation très centralisée. L'Eglise doit être omniprésente sur la scène internationale et les moyens qu'elle utilise sont aussi vastes que surprenants. Ainsi, l'Église a donné son avis négatif sur l'usage du préservatif (position très reprochée car il s'agit du seul moyen pour lutter contre les maladies sexuellement transmissibles), a mise à jour sa communication sur les réseaux sociaux avec l'envoi par le pape de son premier "tweet", a participé au sommet de Cancun et celui de l'OTAN et a prévu un sommet pour la Syrie, l’Irak et le Moyen Orient au Vatican en novembre 2013 au Vatican, afin de « réfléchir sur les possibilités de paix », en présence du pape François. Pourtant, les prises de position du Vatican ne semblent avoir un impact que sur les questions morales qui touchent les catholiques. Son poids réel en tant qu'acteur des relations internationales reste faible, et ce malgré l'investissement effectué. On peut dire que le Pape ne joue pas un rôle politique en soi mais que ses discours ont un impact en politique.

Le pontificat dans les relations internationales

Il y a une évolution du rôle diplomatique de la papauté depuis ces trente dernières années. Jean-Paul II était le pape de la pastorale mondialisée, de la joute politique par excellence, qui a fait de la lutte contre le monde soviétique et communiste l’axe fort de son pontificat. Benoît XVI s’est tourné uniquement vers la théologie, ne comprenant pas les relations internationales : il a fait des erreurs d’appréciation, notamment dans le discours de Ratisbonne et sa critique de l’islam. Pour le Pape François, c’est encore un peu tôt, mais il est dans une posture morale de la dénonciation protestataire.

C'est sous l'impulsion diplomatique de Jean Paul II, qui a fait devenir la pastorale et sa couverture médiatique un enjeu de niveau mondial, que l'analyse de ses déplacements manifeste l'expression d'une géopolitique renforcée par ses discours. Jean Paul II a fait passer de 84 a 174 les Etats qui avaient des relations diplomatiques avec le Saint Siège au cours de sa papauté, grâce à un renforcement poussé de l'appareil diplomatique. Il a participé à plus de 1475 entretiens avec des personnalités politiques, comprenant 38 visites officielles, 738 audiences avec des chefs d'Etat, 246 avec des chefs de gouvernement, 190 avec des ministres des affaires étrangères et 642 ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège. Il est à l'origine de la première réunion internationale interreligieuse réunissant près de 194 chefs de religions. Fondateur des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), il a organisé celle de Manilles en 1995, réunissant 5 millions de personnes, ce qui en fait possiblement le plus grand rassemblement de l'Histoire. Ces différents éléments montrent les efforts faits par la diplomatie vaticane par l'intermédiaire de la personnalité du pape, afin d'imposer l'Eglise catholique comme un interlocuteur obligé dans les relations internationales par la représentation d'une part importante de la population mondiale .

Le pape Jean Paul II a pourtant été sujet d'un paradoxe où la personnalité est appréciée mais le discours l'est moins. Cela résume les ambigüités de la communication à outrance. Beaucoup sont ceux qui considèrent que Jean Paul II, en tant que premier pape slave, a recomposé l'Europe centrale avec la chute de l'URSS. L'indépendance de l'Ukraine lui devrait beaucoup et l'existence de ce nouvel Etat équilibrerait la puissance russe. Néanmoins, les récents événements en Ukraine montrent que cet équilibre n'a été que précaire et que les questions culturelles donc religieuses sont prenantes dans les différends qui agitent ce pays aujourd'hui. Si Jean Paul II avait fait entrer la notion de solidarité au corpus doctrinal, Benoit XVI a remis le concept théologique de charité au centre.

Benoît XVI a mis en avant une désacralisation de sa fonction en remettant en question la surreprésentation médiatique qu'a pu avoir son prédécesseur. S'est alors dessiné une géopolitique inédite en tentant d'ordonner un double mouvement à l'égard des Etats et des autres religions. Dans le cadre d'une approche théorique des relations internationales, au dialogue avec l'islam sont substituées les relations avec l'islam, qui relèvent tant du dialogue entre les religions que de la diplomatie avec des Etats musulmans. Bien qu'il soit encore tôt pour observer la manière dont le pape François assure la représentation du Saint Siège, sa décision de conserver son passeport argentin tranche avec celle de ses prédécesseurs qui avaient l’habitude de renoncer au passeport de leur pays d’origine au profit d’un document diplomatique délivré par le Vatican. Il semble poursuivre dans sa logique de normalisation de la fonction papale, entamée depuis le début de son mandat.

Aujourd'hui, la puissance diplomatique du Vatican n’est pas avérée au même titre que les Etats traditionnels. Sa force reste d’avoir une capacité morale qui peut parfois influencer des décisions. Mais comme dans tout Etat, c'est la personnalité du représentant, ici le Pape, et ses décisions qui influencent la politique étrangère. L'avenir nous dira dans quelle mesure le Pape François s'investira dans les questions internationales et jusqu'où ses prises de décisions influenceront la société civile, les gouvernements et les institutions internationales.

Thaïs Daufouy / Vigneron-Larosa

Bibliographie:

Histoire secrète de la diplomatie vaticane, Éric Lebec, Éd. Albin Michel

Diplomatie-Les grands dossiers: Géopolitique du Vatican n°4 Aout-Septembre 2011

"Forces et faiblesses de la puissance diplomatique du Vatican". M. Vautrin de l'Institut Européen du Journalisme: interview

Géopolitique du Vatican: la crédibilité du Saint-Siège dans les relations internationales.

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