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ILERI-Défense

Comment la France a jeté 200 millions par la fenêtre... pour financer les portes-avions britanniques

21 Février 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Occident, #France, #Armement

Le 11/02/14

Par Jean-Dominique Merchet

Le rapport annuel de la Cour des comptes révèle les erreurs d'évaluation de la France dans la gestion d'un projet finalement abandonné

Dans son rapport annuel, présenté aujourd'hui, la Cour des comptes consacre un chapitre à "la coopération franco-britannique en matière de porte-avions" qui pointe une "perte nette pour les finances publiques françaises".

En juillet 2002 (Jacques Chirac est à l'Elysée et Michèle Alliot-Marie à la Défense), "le ministre de la Défense français a proposé à son homologue britannique une collaboration sur le projet CVF (Carrier Vessel Future) en vue de construire deux porte-avions pour la Royal Navy et un pour la Marine nationale française". Alors que les Britanniques ne concédaient à la France qu'un rôle mineur, "la France et le Royaume-Uni ont annoncé, le 18 novembre 2004, lors du sommet de Lancaster House, leur volonté de coopérer dans la construction de trois porte-avions". Un mémorandum d’entente est finalement signé en mars 2006 pour établir les modalités d’une coopération entre les parties, dans un cadre partenarial, « afin de s’entendre sur une partie commune du design pouvant être utilisée par les deux parties pour concevoir, construire et soutenir un porte-avions français et deux CVF britanniques ». Dans ce cadre, l’équipe française avait accès « aux informations et données techniques de la partie commune du design, uniquement dans le but de concevoir et de construire un CVF français ».

"L’objectif de la France était de « gagner » deux années de développement en acquérant et en adaptant le design britannique." A l'époque, la France avait toujours l'ambition d'acquérir un second porte-avions, objectif abandonné de facto avec le Livre blanc de 2008.

Les plus anciens se souviennent des cocoricos de 2006, lorsqu'on nous annonçait quasiment une future flotte franco-britannique ! Las. Comme le pointe la Cour, "le mémorandum d’entente franco-britannique ne constituait pas une convention de coopération sur un projet industriel commun, mais un « achat sur étagère » par la France au Royaume-Uni de certaines études, avec un accès des équipes françaises aux travaux et réunions du groupe de projet britannique". Mais pas gratuitement !

Or, cet accord était "voué à l'échec" estime la Cour, et ce, pour au moins quatre raisons : "des calendriers décalés", "des options techniques divergentes", "des politiques d'achat difficilement conciliables" et "une stratégie industrielle britannique centrée sur ses chantiers nationaux."

Ce fut donc "une dépense assumée en pure perte par la France". "Le montant total des dépenses effectivement payées au titre du programme de second porte-avions français s’établit à 287,5 M€ (constants 2013) , dont 73 % au titre des deux années de coopération franco-britannique. Outre le « ticket d’entrée » permettant à l’équipe française l’accès aux études anglaises, deux marchés d'études sont directement liés au processus de coopération. En 2006 et 2007, "les dépenses assumées par la France se sont élevées à environ 214 M€ (euros constants), dont 112 M€ versés au Royaume-Uni à titre de « ticket d’entrée », et 102 M€ de contrats industriels liés à la coopération dont les résultats sont aujourd’hui inutilisables."

"Sur une période de deux années (2006 et 2007), la France a donc choisi, pour la construction de son deuxième porte-avions, de s’orienter vers l’achat d’études britanniques, alors même que l’analyse du contexte, ainsi que des positions exprimées publiquement et sans ambiguïté par le Royaume-Uni, laissaient clairement voir qu’elle ne pouvait ni s’appuyer sur un projet industriel conjoint, ni même, à défaut, voir ces études répondre techniquement à certains besoins français", constate la Cour.

Dans ses conclusions, la Cour estime que le bilan de cet épisode est « clairement négatif pour la France." "Pour ne retenir que les 103 M€ versés au Royaume-Uni comme ticket d’entrée (112 M€ constants 2013), ils constituent une pure contribution française au financement des porte-avions britanniques dans la phase de définition du programme. Quant aux études acquises par la France, elles peuvent être considérées comme caduques, puisque le programme de second porte-avions français a été suspendu en 2008, avant d’être de facto abandonné en 2013.

Dans sa réponse, Bercy "souscrit globalement" aux conclusions de la Cour. La Défense se livre à quelques contorsions pour justifier les choix d'alors au nom de la volonté d'acquérir vite un second porte-avions. Pour la Défense, ces contrats sont justifiés "compte tenu des objectifs poursuivis par le ministère de la défense à l'époque".

Puis l'époque a changé et la facture a dû être réglée : plus de 200 millions dépensés en pure perte. Chapeau bas.

Réédité par Pierre Ferrebeuf.

Concept du nouveau Porte-avions DCN/Thales

Concept du nouveau Porte-avions DCN/Thales

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