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ILERI-Défense

Ces jeunes européens qui partent faire le djihad

5 Février 2014 , Rédigé par ileridefense Publié dans #Proche-Orient- Moyen-Orient- Monde Arabe, #France, #Occident, #note de synthèse

Ces jeunes européens qui partent faire le djihad

Les journaux européens témoignent depuis quelque temps et de manière récurrente, de ce phénomène concernant les jeunes européens partis faire la guerre sainte.

Le fait le plus récent concerne les deux jeunes toulousains récemment recrutés et qui ont pris la direction de la Syrie. Ce fléau sociétal prend une grande ampleur dans l'actualité et semble révéler "un malaise au sein de la jeunesse"[1].

D'où vient ce phénomène ?

Depuis le 11 septembre 2001, la scène internationale est frappée par des mouvements djihadistes arabes, subordonnés par des organisations basées au Moyen Orient et en Asie du Sud principalement. Un problème est survenu lorsque les gouvernements européens ont instauré des mesures anti terroristes. En effet, il devenait impossible pour les membres de communiquer et voyager d'un continent à l'autre pour maintenir leur structure. Dès lors, les jeunes volontaires se sont détachés des organisations djihadistes et ont entamé des actes indépendants dont la plupart, entachés d'amateurisme, ont échoué. La logistique d'Al Qaida et de ses affiliés est donc apparu indispensable et, dès 2005, une forme d'organisation hybride des groupes européens radicaux s'est développés - indépendant des grandes organisations dont les membres vont rejoindre Al Qaida et ses affiliés au Moyen Orient et en Asie du Sud. Formés après leur séjour, les jeunes djihadistes bénéficient d'un appui logistique leur permettant de lancer des attaques sur place ou en Europe.

Motivés par l'idée de se battre aux côtés des opposants de Bachar Al Assad en Syrie, les jeunes européens découvrent souvent, par les recruteurs, une confrérie dont ils deviendront des héros une fois revenu du combat.

Ces européens subissent un endoctrinement prémédité qui mène, à terme, à une rupture sociale et familiale. Une fois sur place, leur chef les coupe de leur famille et les dissuade de retourner dans leurs pays, parfois sous des menaces de mort.

Comment sont-ils recrutés ?

Le recrutement est particulièrement bien organisé et amplement financé.

Les deux formes d'enrôlement les plus communément utilisées sont les recrutements sur les réseaux sociaux ou à travers des "associations" dans lesquelles la propagande est largement appliquée.

Le recrutement via les réseaux sociaux:

La jeune génération de djihadiste préfère utiliser les réseaux sociaux qui sont plus difficiles à surveiller. Cela leur permet de faire de la "pub" à moindre coût en divulguant des photos donnant une image "fun" du djihad. Les jeunes djihadistes sur le terrain postent également des photos de villas dans lesquelles ils habiteraient ou se mettent en scène avec des armes à la main. Internet est aussi le lieu sur lequel les imams prêchent des paroles islamistes radicales et contribuent à influencer des jeunes occidentaux. Ces comportements dédramatisent la portée de cette guerre et marquent le début du processus d'endoctrinement. Efficace, il a le mérite de sa simplicité; par l'envoie d'invitation sur les réseaux sociaux, le djihad est vendu comme étant un voyage incontournable où tout est pris en compte: la nourriture, le logement, les frais de transports. Ce phénomène de "tourisme du djihad" est accentué par la proximité géographique de la Syrie, une destination simple qui n'est qu'à 3h d'avion de Paris. Leur voyage se fait de manière simple et organisée. En effet, en atterrissant en Turquie, ces européens sont pris en charge par des passeurs qui les amènent jusqu'à la frontière syrienne où, une fois atteint la ville la plus proche, ils trouveront des magasins dans lesquels se vendent vêtements, armes et accessoires de guerres.

Le recrutement via des regroupements sur place:

L'enrôlement peut également se faire en direct à travers des associations qui, derrière des actions humanitaires, diffusent des vidéos de propagande montrant des musulmans se faisant tuer par des missiles occidentaux ainsi que des vidéos d'entrainements en Afghanistan. Les jeunes européens sont soumis à des discours radicaux, sous forme de réunions fréquentes, qui prétendent que le « djihad est obligatoire ». La mort est parfois abordée mais de manière décomplexée puisque "seul Allah compte, le corps est accessoire".

Dans un reportage d'Envoyé Spécial sur France 2 datant du 23 janvier 2014, on découvre un déterminisme découlant de l'image que ces jeunes se font de la religion musulmane selon laquelle tous devraient aimer le djihad car cela signifie combattre pour Allah, cela devient presque un devoir.

Coordonné en réseaux organisés, le recrutement est surveillé grâce à la mise en place d'une hiérarchie stricte de sorte que la source ne soit jamais divulguée.

Comment est organisée leur formation ?

Le voyage vers la guerre

Auparavant, les jeunes passaient par Londres pour rejoindre la Turquie ou l’Allemagne et afin de rejoindre les camps d’entrainement. Aujourd’hui, ils passent directement par le Pakistan avec de vrais ou faux visas.

Une fois arrivés sur place, c’est la désillusion. En effet, la crainte de l’infiltration par les organisations djihadistes fait que leurs « hôtes » montrent un doute permanent à leur égard. Ensuite, le choc culturel peut être violent. Al Qaida est situé en zones tribales pakistanaises frontalières de l’Afghanistan. Les camps d’entrainements sont souvent isolés, en montagne ou en forêt. Les conditions de vie sont difficiles, la nourriture manque, le but n’étant pas de contenter sa faim. Ils s’accommodent souvent de riz, de pain, et de thé. Enfin, la langue est une barrière car beaucoup de Pakistanais ne parlent pas ou peu l’arabe et rares sont les djihadistes européens qui parlent le Pashtou ou le Pendjabi.

L’entrainement dans les camps

Une véritable institution est mise en place pour former ces futurs « soldats de Dieu ». Une encyclopédie du djihad, écrite en arabe et comportant 11 volumes, contient des croquis des opérations pouvant être menées contre l’ennemi. Chaque chapitre rend hommage à Oussama Ben Laden, l’ancien chef d’Al Qaida, ainsi qu’à Abdullah Azzam, son mentor palestinien et Mollah Mohammad Omar, chef des Talibans au Pakistan.

Leur entrainement se décompose en plusieurs phases durant lesquelles seuls les meilleurs passent au stade supérieur.

La première étape consiste au maniement d’armes légères puis de plus en plus lourdes. Elle consiste également en l’apprentissage du tir, du montage et du démontage des armes de leur entretien. Les « élèves » y reçoivent des cours d’instructions religieuses et font leurs cinq prières par jour. Cet emploi du temps chargé et fatiguant renforce la désillusion évoquée précédemment.

La seconde étape consiste en l’étude de la topographie, comment l’utiliser pour se cacher, monter une embuscade, et poser une bombe…

Enfin, les plus doués auront accès à l’apprentissage du maniement des explosifs.

La structure des camps d’entrainement a également changé. Le camp de Darunta par exemple, accueillait initialement les djihadistes les plus surs et était le lieu dans lequel Al Qaida faisait des tests d’armes chimiques. Aujourd’hui, les entrainements se font par petits groupes à cause des bombardements de drones Américains sur les zones tribales pakistanaises et dans des bâtiments anonymes.

Les services secrets français recensent près de 250 personnes qui combattent, actuellement, en Syrie.

Le profil des jeunes européens est loin des clichés communément admis; ils sont parfois brillants et entourés mais, en fin d'adolescence, ils sont influençables et s'éveillent à une conscience politique. Idéalistes ou révoltés, leur profil les rend susceptibles de suivre un endoctrinement minutieux dont les djihadistes profitent pleinement.

Ne connaissant ni la religion, ni le pays, ni la langue arabe, ils sont souvent considérés comme étant de la chair à canon.

Quels sont les moyens pour lutter contre ce phénomène en France ?

En France, la traque des cyber djihadistes est arrivé au premier plan dans la lutte contre le terrorisme. La Direction Centrale du Renseignement Intérieur dispose désormais d'une cellule spécifique afin de se spécialiser dans ce domaine. C'est elle qui est compétent dans la surveillance des plateformes de recrutement.

Selon les services de renseignement, il existe un recrutement de masse.

Le centre de crise du Ministère des affaires étrangères peut également en témoigner car pas une semaine ne se passe sans que des familles appellent pour attester que leur enfant a quitté le domicile pour partir faire le djihad. La radicalisation de leur fils est resté inaperçue, hormis peut être le début d'une pratique sportive à outrance.

Ce phénomène est donc réellement en train de se développer, le gouvernement a notamment voté une loi le 21 décembre 2012 relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme. Elle vise à donner à la police, la gendarmerie et la justice les "moyens juridiques d'agir". En modifiant le code pénal, cette loi permet de poursuivre les actes de terrorismes commis par les ressortissants français à l'étranger et ceux ayant participé à des camps d'entrainement à l'étranger.

Sources:

Webographie :

Slate “Ce que les djihadistes francais apprennent dans les camps du Pakistan et d’afghanistan »

Slate « Comment les djihadistes français partent s’entrainer en Afghanistan et au Pakistan »

www.europe1.fr

www.lefigaro.fr

www.lemonde.fr

www.lepoint.fr

Bibliographie :

Politique étrangère, Revue IFRI

Télévision :

Envoyé Spécial, France 2, 23 janvier 2014

L. C. et P. B., équipe ILERI défense, pôles Moyen Orient, étudiantes ILERI deuxième année

[1] Selon Manuel Valls: http://www.lepoint.fr/societe/syrie-une-douzaine-de-mineurs-francais-concernes-par-le-djihad-19-01-2014-1781885_23.php

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