Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 09:32

Vendredi 25, jour de manifestation et de colère à travers la Syrie en révolte. « Plus de 90 civils ont perdu la vie dans des bombardements à Houla au centre de la Syrie. Les observateurs des Nations Unies déployés dans le pays pour surveiller un cessez-le-feu largement ignoré, se sont rendus sur place dès le lendemain alors que les explosions et les tirs n’avaient pas encore cessé… de nombreux habitants des villages périphériques de Tibé et Taldo fuyaient vers le centre de Houla par crainte de nouveaux bombardements, tandis que des vidéos mises en ligne sur YouTube montraient de terribles images de cadavres d’enfants gisant par terre » 1.

Des mots qui rappellent furieusement dans leur tournure les mythiques « bébés arrachés à leur couveuse et jetés sur le sol comme du bois à brûler » que le Président George Bush senior disait avoir eu devant les yeux, lorsqu’en prière, il décida, en janvier 1991, de jeter l’Amérique et le monde dans le brasier de la guerre. Une navrante mais très efficace invention qui tétanisa l’opinion et fit taire toutes les voix dissonantes. Épisode projeté sur la scène médiatique le 10 octobre 1990 grâce au faux témoignage d’une fausse infirmière mais vraie fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington 2. Un montage dû à la multinationale de relations publiques Hill & Knowlton (85 filiales dans 46 pays différents), grassement rémunérée – selon le qu’en dira-t-on – de la modique somme de dix millions de $… Un montant pas aussi phénoménal que cela si l’on considère les enjeux économiques colossaux liés à la confrontation américano-irakienne ! Au reste, depuis deux millénaires, les Trente deniers ont eu le temps de faire des petits, et puis les vingt-trois années de sanglantes atrocités en tous genres qui s’ensuivirent en Mésopotamie les valaient bien ! Non ?

Timisoara, Račak, Houla, même combat

Ici en 2012, les cadavres existent certes, des clichés en témoignent 3, mais tout autant que les cadavres recousus au fil de fer du charnier de Timisoara, qui eux témoignaient déjà éloquemment de la barbarie du régime du Conducatore Ceausescu 4… des corps sortis d’une morgue pour les besoins d’une mise en scène macabre aussitôt amplifiée par une affolante hystérie médiatique, laquelle suffit à jeter dans les rues d’un Printemps roumain, soi-disant démocratique, des foules conduites par d’habiles meneurs. Ceausescu et son épouse, attirés hors de la capitale, furent illico presto mis le dos au mur dans une cour d’école et cisaillés d’une rafale bien ajustée. Façon expéditive mais efficace de procéder à un « changement de régime » en installant à Bucarest un gouvernement communiste à la botte du perestroïkiste Gorbatchev pro occidental.

Arrêtons-nous un instant afin de répéter à l’usage des jeunes génération que la presse n’est pas là – ou si rarement – pour dire la vérité, mais n’existe qu’en tant que support publicitaire dans le but unique de vendre du papier ou du temps d’antenne, c’est-à-dire « du temps de cerveau humain disponible » 5 monnayé à prix d’or par les agences de « com » et les groupes financiers et industriels qui en sont les commanditaires. Supports publicitaires destinés à promouvoir et commercialiser des biens matériels ou immatériels, produits ordinaires et gloires de pacotille, tous se rapportant, de près ou de loin, au culte de la marchandise lié au monothéisme idolâtrique du Marché. Culte dévorant qui se nourrit de chair humaine – sans clause de style – et des cadavres que produisent industriellement les guerres d’absorption des dernières souverainetés résistantes… à savoir, faire entrer de force les nations encore indépendantes dans la matrice d’un « système-monde » sourdement, voire ouvertement totalitaire… Parce qu’enfin, le mensonge et la manipulation comme instruments privilégiés de la conduite des hommes et des peuples, n’est-ce pas en soi une forme pure de totalitarisme ? Laquelle n’asservit plus seulement les corps mais vise l’âme et l’esprit ? Dix ans après Timisoara, rebelote au Kossovo à Račak. Pour les États-Unis – comme en Syrie, mais avec à présent leurs alliés Turcs, Qataris et Saoudiens et non plus seulement franco anglo-germaniques – puisqu’il s’agissait d’expulser la Serbie de sa province orientale, et de « débloquer » la situation en apportant à ses alliés un bon prétexte pour entrer dans la danse, tout en réduisant au silence les critiques (à l’époque la Russie en crise de conversion à l’ultralibéralisme n’en peut mais !), le massacre de Račak 6 intervient à point nommé… Immédiatement suspect, voir dénoncé comme un montage par les observateurs les plus sagaces ou les moins déshonnêtes, mais aussitôt accrédité par une commission d’enquête internationale manipulée et muselée… à telle enseigne que son rapport ne sera rendu public que deux ans plus tard 7.

Le « massacre » prétendument perpétré par les Serbes à Račak n’a jamais eu lieu tel qu’offert aux regards horrifiés de l’opinion mondiale. Ce fut pourtant le prétexte qui justifiera le bombardement, notamment d’objectifs civils, sans déclaration de guerre, sans mandat des Nation Unis – ni a fortiori sans que le Premier ministre socialiste Jospin juge utile de consulter le Parlement français – de la Yougoslavie pendant quelque 70 jours.

Au Kossovo, des cadavres rhabillés, une scène du crime soigneusement saccagée

A posteriori il est apparu qu’à Račak des membres de l’UCK avaient récupéré et rassemblé les corps de francs-tireurs albanais tombés ici et là, puis revêtus leurs corps de vêtements civils. Une équipe de télévision d’Associated Press entrée dans le village peu avant la découverte du charnier à ciel ouvert, a certifié que le champ où les cadavres ont été trouvés, était vide au moment de leur arrivée. L’Américain William Walker, chef de la mission au Kossovo de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe durant l’hiver 1998/99, aurait ensuite peaufiné la mise en scène en faisant disposer les corps de façon à rendre plausible l’hypothèse d’une exécution collective, certaines dépouilles ayant même été, pour plus de vérisme, mutilées post mortem… Tout en faisant joyeusement piétiner la « scène du crime » par les soldats placés sous ses ordres, cela après avoir fait disparaître les douilles éjectées des armes automatiques ayant putativement servi aux exécutions !

La nouvelle rendue publique, la Secrétaire d’État américaine, Mme Madeleine Albright, s’empressait d’intervenir sur la chaîne CBS, annonçant que « des dizaines de personnes avaient été égorgées à Račak » et que désormais une seule solution s’imposait, « des frappes aériennes humanitaires sur la Yougoslavie ». Pourtant, l’expert finnois de médecine légale, responsable de l’équipe internationale chargée du rapport d’enquête (gardé au frais pendant deux ans), le Dr. Helena Ranta avait conclu à l’absence de preuves formelles quant à un bain de sang méthodique à Račak. Dix ans plus tard, en 2008, elle narrera dans un livre comment elle s’était trouvée obligée de cautionner la version officielle. Livre qui raconte notamment comment William Walker avait exercé de fortes pressions sur les enquêteurs pour que soit validée et confirmée la thèse « d’un crime contre l’humanité ». L’agent américain avait exigé du Dr. Ranta qu’elle établisse la preuve que les tirs ayant tué les victimes étaient en réalité des « coups de grâce » portés à l’issue d’une exécution en règle.

Ce « massacre » divulgué par les grands médias internationaux dans tous les détails, avec une parfaite orchestration dans l’indignation, a impulsé une montée en puissance décisive des factions favorables à la guerre. Les hésitants contraints de se taire, une campagne de frappes aériennes devenait inéluctable. Dans son discours du 19 mars 1999, le président Démocrate William Jefferson Clinton annonçait sa décision (sous couvert de l’Otan) de lancer les premières vagues de bombardiers sur la Yougoslavie : « Au moment où nous nous préparons à agir, nous devons nous rappeler des leçons apprises dans les Balkans. Nous devons nous souvenir de ce qui est arrivé dans le village de Račak en janvier dernier, des hommes innocents, des femmes et des enfants ont été arrachés à leurs foyers, amenés dans un ravin, forcés à s’agenouiller dans la boue et mitraillés – pas pour quelque chose qu’ils auraient fait, mais simplement pour ce qu’ils étaient ». Discours et arguments stéréotypés ou le participe passé « arrachés » fait écho aux emblématiques couveuses koweitiennes d’août 1990 et renvoie aux archétypes d’un fascisme onirique composés de tueurs nés agissant contre des innocents non « pour quelque chose qu’ils auraient fait, mais simplement pour ce qu’ils étaient » !

Racak/Houla un scénario inoxydable et un conditionnement psychologique d’enfer

Les événements d’Houla sont à l’évidence, comme au Kossovo il y a treize ans, le coup d’envoi du dernier acte. En tout cas tel que les planificateurs de la terreur globale l’envisage… Car « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise »… Parce qu’en effet le monde se transformant à grande vitesse, le succès n’est plus assuré à cent pour cent et les meilleures machines infernales peuvent finalement faire long feu. On l’a bien vu en Irak et en Afghanistan, autant de cuisants fiascos politiques, diplomatiques et moraux en dépit des faramineux marchés engrangés par les cartels pétroliers, les industries de la reconstruction et les marchands d’armes.

Ici, dans le cas syrien, le terrain psychologique est parfaitement préparé et les opinions publiques conditionnées selon d’antiques recettes qui ont toutes et partout fait leurs preuves. En premier lieu, en nous martelant au quotidien la lancinante litanie du nombre croissant de morts, chiffre global et résultats du week-end ! Un pénible décompte proche du supplice de la goutte d’eau, un procédé privilégié pour les prises d’otages surtout lorsqu’il s’agit de personnalité politico-médiatique – qui n’a à l’esprit Ingrid Betencourt ? – mais dont l’efficacité est assurée par une soûlante répétition finissant par faire entrer dans les caboches les plus dures la seule et unique responsabilité des forces gouvernementales syriennes dans les interminables tueries dont on nous bassine… un comptage auquel les médias n’ont jamais eu l’idée de se livrer lorsqu’il s’agissait d’Afghans ou d’Irakiens tombant comme à Gravelotte sous les balles libératoires de la Démocratie en marche, ou plus près de nous, des victimes de la guerre libyenne dont M. Lévy s’est fait si noblement l’apôtre. 8

En second lieu, en développant une surenchère dans l’horreur telle qu’il soit impossible de nier qu’il puisse ne pas y avoir de fumée sans feu ! Quelques exemples parmi des centaines d’autres : ainsi depuis le 4 mai « l’armée assadienne décore ses chars d’assaut avec les cadavres crucifiés de déserteurs de l’armée et d’opposants civils »… Le modéré Daily Telegraph – 10 mai 2012 – n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère lorsqu’il nous explique doctement que « Le viol est devenu l’arme courante utilisée par le régime syrien pour terroriser ou punir ses opposants… rapportant le témoignage effroyable d’une jeune fille d’Homs violée devant son père »… « Des observateurs des droits de l’homme ont rendu compte de sévices sexuels commis par les forces de l’ordre sur des hommes, le plus souvent des jeunes, parmi lesquels des enfants de 11 ans. Selon un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur la Syrie daté de novembre 2012, d’anciens détenus ont témoigné avoir été frappés au niveau des parties génitales, obligés de faire des fellations, soumis à des séances d’électrochocs et à des brûlures de cigarettes sur l’anus dans les geôles ».

Un luxe de détails sordides plus frappants les uns que les autres, qui ne sont pas sans rappeler les contes et légendes diffusés au début de la Grande Guerre, particulièrement les récits horrifiques relatifs à la propension déraisonnable des Boches à couper les mains des enfants… ceci pour mieux stimuler l’ardeur à s’étriper des belligérants… quarante-quatre ans auparavant, pendant de la guerre franco-prussienne de 1870, les mêmes rumeurs circulaient déjà 9, montrant une analogie stupéfiante avec l’actuelle campagne de diabolisation totale du régime de Damas : « Trente ou trente-cinq soldats allemands étaient entrés dans la maison de David Tordens, charretier à Sempst. Ils ligotèrent l’homme puis cinq ou six d’entre eux se jetèrent sous ses yeux sur la fille âgée de treize ans et lui firent violence, ensuite ils l’embrochèrent sur leurs baïonnettes. Après cette action horrible ils lardèrent de coups de baïonnettes son fils âgé de neuf ans et fusillèrent sa femme. »

Des invariants dans la guerre des mots que les progrès de la modernité n’ont pas fait évoluer d’un poil, ainsi Le Monde du 3 mars 1991, à propos de l’occupation du Koweït par Saddam Hussein : « S’ils ne prouvent rien quant au nombre, les corps mutilés de la morgue de l’hôpital Moubarak plaident pour la certitude de la cruauté des sept mois d’occupation irakienne. Yeux arrachés, gorges tranchées, têtes écrasées, crânes coupés dont la cervelle s’échappe, corps à moitiés carbonisés, brûlures de cigarettes… ». Description qui contraste fortement avec les images de blindés arrêtés… au feu rouge dans les rues désertes de Koweït-City. Qu’on ne nous fasse cependant pas dire ce que nous ne disons pas, les Irakiens n’étaient pas de petits saints et des pillages ont eu lieu, mais les exactions d’alors furent sans doute moins cruelles que les règlements de comptes qui suivirent la libération de la ville par les GI’s. Il y aurait long à dire !

Après les mots et les mensonges, la guerre ?

In fine, submergés que nous sommes par un flot continu d’horreurs et d’ordures, qui n’approuvera pas, le moment venu, la sévère correction que les chars volants de l’Otan infligeront au régime impie de Damas ? Normalement nous devrions donc maintenant voir se développer à propos de la Syrie – suite logique de l’hécatombe de Houla – le même schéma rhétorique d’accusation et de punition usité naguère comme suite de l’épisode fabriquée de Račak… et les mêmes effets, sous forme d’une intervention de l’Otan, avec ou sans le feu vert du Conseil de Sécurité… Car que pourront faire Russes et Chinois en cas d’attaque unilatérale sinon grogner et désapprouver ? Moscou a bien trop à faire avec le stylet du bouclier antimissile que Washington lui enfonce dans son flanc occidental. Quant à Pékin, il doit gérer le grand tournant de la reconversion de sa production vers la consommation intérieure à l’heure où la crise galope de part et d’autre de l’Atlantique nord et risque de le priver des débouchés américains et européens.

De toutes façons, les maîtres du chaos et de la terreur organisée auront toujours raison contre les évidences, la raison et le simple bon sens. Les enfants de Houla ont été égorgés, mais c’est l’artillerie et les armes lourdes baasistes qui les ont censément tués 10. Comprenne qui voudra. Nul ne songera d’ailleurs à s’interroger sur la pertinence d’un tel méfait pour des autorités syriennes qui se savent être dans l’ultra collimateur des caméras et des médias et alors même que des observateurs des Nations Unies sont sur place où ils observent la très hypothétique mise en place d’un cessez-le-feu entre les forces gouvernementales et la rébellion. Encore que pour appliquer un tel « cessez-le-feu » il faudrait être deux ! Ce qui ne semble pas être le cas du côté des rebelles, lesquels ne semblent guère disposés à désarmer.

En définitive, une Syrie placée sous l’étroite surveillance d’une communauté internationale prompte à stigmatiser la moindre faute de sa part – aussi vite que le chat saute sur la souris – ferait montre d’une insigne stupidité politique si elle s’amusait à exciter les puissances malveillantes qui l’entourent en attendant goulûment le moindre faux pas… Mais ne disait-on pas au lendemain 10 mai dernier qui avait vu se perpétrer un double attentat suicide à la voiture piégée à Damas – 55 morts et 372 blessés – que le gouvernement en était l’auteur ? Curieusement les médias ne sont cependant pas précipités pour filmer les corps mutilés et brûlés des enfants qui se trouvaient dans un autocar passant par là au moment de l’explosion. De là à supposer qu’il pourrait exister de bons morts médiatiques, et de moins bons… ?

Pourquoi en effet, le Baas, les Alaouites et les Assad s’empresseraient-ils de se suicider en donnant à leurs ennemis de quoi tirer prétexte et argument à intervenir, contribuant à embarrasser – voire à squeezer- Russes et Chinois dont le soutien a été jusqu’à présent sans défaillance ? Les Russes prudents et bons joueurs d’échecs, réclament une enquête et n’excluent pas une provocation 11… Une provocation“ la question se pose évidemment et a priori, mais le loup eut-il jamais tort face à l’agneau du fabuliste ?

Fort opportunément, le général Moustapha al-Cheikh, chef du Conseil militaire de l’Armée syrienne de libération, réclamait de façon pressante, dès le lendemain du drame et depuis le territoire turc, une intervention de la Communauté dite internationale : « Nous appelons de façon urgente les pays amis de la Syrie à former une alliance militaire, hors du Conseil de sécurité de l’Onu, pour mener des raids aériens ciblés contre les gangs d’Assad et les symboles de son régime ». Appel entendu cinq sur cinq à Doha et à Riyad, au Qatar et en Arabie saoudite grands « amis du peuple syrien » autant que pourvoyeurs d’armes et de mercenaires, apparemment d’ailleurs l’essentiel des forces rebelles… relais également des États-Unis et de l’Union européenne qui œuvrent ardemment – comme nous le savons – à un changement de régime à Damas malgré le vote récent d’une nouvelle Constitution et l’introduction du multipartisme dans la vie politique syrienne à l’occasion des élections législatives qui viennent d’avoir lieu en ce joli mois de mai !

Un « tsunami de mensonges »

C’est ce « tsunami de mensonges » que le représentant syrien aux Nations Unies, Bachar Al-Jafari dénonçait lundi 28 mai à New-York au sortir d’une réunion extraordinaire du Conseil de Sécurité alors que dix capitales occidentales déclaraient persona non grata, simultanément et avec un bel ensemble, les ambassadeurs de Damas, les priant de déguerpir au plus vite 12. Paris, capitale hexagonale, et M. Hollande peuvent au demeurant s’enorgueillir d’avoir été à la source d’une telle initiative, montrant s’il en était besoin qu’il suffit de déclarer la Syrie baasiste coupable pour qu’elle le soit. Là où hier encore la presse frétillait à l’évocation d’un éventuel revirement de la part de Moscou, le 29 elle n’épargnait plus rien aux Russes accusés – une fois de plus – de toutes les lâches complicités avec les assassins de Damas.

Car la Russie n’a guère barguigné pour dénoncer l’action de « terroristes sanguinaires au service de puissances » que ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov se garde bien de désigner nommément, tout en soulignant cependant le fait que « les pays qui exigent le départ du président Assad en aidant ou en armant les rebelles, ne peuvent en même temps pas exiger des forces syriennes légales de rester l’arme au pied. Car il s’agit d’appliquer le « Plan Annan » de façon équilibrée afin de permettre l’instauration du véritable dialogue entre Syriens, et non de réclamer à tout instant un changement de régime ».

Le 29 mai 13 le même Lavrov se déclarait ouvertement préoccupé par les tentatives non dissimulées de certains pays de torpiller le plan Annan en instrumentant les événements tragiques de la ville syrienne de Houla : « Certains pays commencent à se servir des événements du 25 mai comme prétexte afin de prendre des mesures militaires tout en essayant de faire pression sur le Conseil de sécurité de l’Onu. Apparemment, le plan Annan leur pose problème, car il vise non pas à remplacer le régime, mais à réunir les conditions pour la mise en œuvre des réformes nécessaires à un dialogue entre tous les Syriens ». Certes, la question est bien là : veut-on que la paix soit rétablie, les communautés réconciliées, ou veut-on une guerre civile, l’effondrement du régime laïc et son remplacement par des Frères musulmans ? Des « barbus » qui justifieront à perpétuité la doctrine du « Choc des civilisations » légitimant a priori toutes les interventions et les ingérences futures ?

Hystérie factice pour un massacre planifié

M. Roudoudou va-t’en-guerre – afin de pouvoir tenir ses inconséquentes promesses de retrait anticipé d’Afghanistan – a su endosser le rôle à lui dévolu de justicier moralisateur en décidant superbement « l’expulsion de l’ambassadrice de Syrie à Paris aujourd’hui ou demain »… cela au cours d’un point de presse concluant une rencontre au palais de l’Élysée avec un président béninois. Tout un symbole pour le président d’une authentique « République bananière », mais contempteur patenté de la Françafrique ! Une chose demeure certaine, M. Hollande n’a pas perdu de temps, il se montre à cet égard plus assuré que ne l’était M. Sarkozy, lequel s’était montré plus circonspect en des circonstances analogues… Invité ce mardi 29 du JT de 20h de France 2, M. Hollande – qui donc va très vite en besogne – n’a pas exclu une intervention militaire en Syrie ! Peut-être nous montre-t-il là son vrai visage, celui d’un Béria au petit pied ou d’un Bela Kun à la petite semaine ? Chef de nos armées et détenteur de la clef servant à ouvrir le feu nucléaire, nous sommes par conséquent désormais en droit de nous faire du mouron…

Notons que la vague d’expulsions a été déclenchée au moment même ou l’ancien secrétaire général des NU, Kofi Annan rencontrait le président Assad… ce qui donne la mesure du peu de considération (euphémisme) où le tiennent les décideurs euratlantistes. Au même moment, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, lançait du haut de la tribune de son parti, l’AKP, une diatribe aux allures de déclaration de guerre : « Il y a une limite à la patience, et je suis persuadé que si Dieu le veut, il y a aussi une limite à la patience au sein du Conseil de sécurité de l’Onu ».

En fin de compte, ceux qui s’imagine que la diplomatie surréagit – qu’elle part au « quart de tour » – qu’elle serait en quelque sort hystérique comme en témoignerait « la fébrilité d’une condamnation sans appel avant toute enquête et jugement », se trompent lourdement. Les puissants se moquent éperdument de la vérité, ils ne craignent jamais d’être démasqués et leur jugement, pour cruel qu’il soit concernant la capacité à juger des foules, est totalement fondé dans l’expérience.

Que des multitudes d’individus dans leur for intérieur doutent, voire même se rebellent contre des contrevérités par trop évidentes ou par trop cyniques, il n’importe au final qu’une seule chose, que l’Opinion soit chapeautée d’un lourd couvercle consensuel… et celui-ci n’a nul besoin d’être hermétique. Les machines à produire du consensus se nomment médias, et faibles sont les fuites. Quand elles existent, elles demeurent insignifiantes et sans conséquence : le seuil de réactivité collective n’étant jamais atteint, sauf révolution, qu’importe alors que 10, 20 ou même 30%, de la population occidentale s’autorise à penser souverainement et différemment de la doxa dominante ! Cela ne peut avoir d’incidence sur le cours des choses. Ce pourquoi contre toutes évidences, l’on peut déclarer que les attentats du 10 mai, tout comme le martyr de trop nombreux civils à Houla – mais aussi partout ailleurs en Syrie où sévissent des bandes armées de soudards et de mercenaires salafistes – sont de la coupable responsabilité d’un gouvernement tyrannique. Tous – en l’occurrence la meute coalisée s’étant juré la perte d’un régime faisant obstacle à ses visées géostratégiques sur le Proche-Orient – attendaient en effet fébrilement « ce massacre justifiant et validant toutes les accusations lancées depuis des mois » et qui, enfin, allait permettre de balayer toutes les arguties juridiques, diplomatiques, morales ayant jusqu’ici bloqué leur passage à l’acte.

Les politiques vicieuses de « regime change »

En Syrie, l’insurrection téléguidée depuis Paris, Londres, Berlin, Washington, Ryad et Doha étant en passe d’échouer, il fallait relancer la machine afin de franchir la barre et surmonter la réticence de l’immense camp des timorés ou des insuffisamment soumis. Cependant, nous devons ici noter que le « Printemps arabe syrien » – qui se montre si long à accoucher d’une démocratie consumériste et permissive – représente une étape, un indéniable tournant historique.

Pour la première fois le bloc eurasiatique constitué principalement de la Russie et de la Chine – mais sans doute également de l’Inde en dépit de vifs antagonismes régionaux, l’Inde étant membre observateur de l’Organisation de coopération de Shanghaï… aux côtés de l’Iran et du Pakistan – se trouve confronté au bloc occidental constitué autour de l’Alliance Atlantique… elle même outil privilégié des politiques hégémoniques des États-Unis sur le vieux continent jusqu’en Extrême Orient.

Antérieurement, depuis 1991 et jusqu’à maintenant, en Afghanistan, en Irak, en Somalie, dans les Balkans ou plus récemment au Soudan, en Côte d’Ivoire et en Libye, les coalitions impérialistes occidentales n’avaient rencontré que peu ou fort peu de résistance de la part des émergents du bloc eurasiatique. Or, pour la première fois en Syrie, le bloc euratlantique fait face à des alliances rivales qui lui tiennent tête. Il est vrai que depuis 2008, le centre de gravité de la planète s’est déplacé de l’Atlantique Nord aux confins orientaux du Pacifique. La Chine n’est pas seulement l’atelier du monde, elle est surtout le créancier de l’Occident, ce qui laisse à penser que dorénavant ni Pékin ni Moscou, nain économique mais superpuissance nucléaire, n’entendent plus se laisser évincer de leurs zones respectives d’influence… et encore moins se laisser encercler par d’agressifs dispositifs de contention style « Bouclier antimissiles ».

En conséquence de quoi, les guerres d’annexion au profit exclusif de l’Empire dont le siège bicéphale se trouve autant à Manhattan et que dans la Cité de Londres, conflits assortis à des dragonnades de conversion des nations récalcitrantes aux joies de la démocratie universelle, devront, en tout état de cause, devenir de plus en plus âpres et meurtrières au fil des ans, pour les rivaux comme pour les proies, peuples et pays disputés.

 

Notes

 

(1) France soir 26 mai 2012

 

(2) Le 10 oct. 1990, devant une commission ad hoc du Congrès des États-Unis, une fort jolie jeune femme témoigne, le visage baigné de larmes devant les caméras : « Monsieur le président, messieurs les membres de ce comité, je m’appelle Nayirah et je reviens du Koweït. Ma mère et moi étions au Koweït le 2 août pour passer de paisibles vacances. Ma sœur aînée avait accouché le 29 juillet et nous voulions passer quelque temps au Koweït auprès d’elle… Pendant que j’étais là, j’ai vu les soldats irakiens entrer dans l’hôpital avec leurs armes. Ils ont tiré sur les bébés des couveuses, ils ont pris les couveuses et ont laissé mourir les bébés sur le sol froid. J’étais horrifiée. ». Le Koweït ressemblait alors en effet bigrement à Guantanamo : « J’ai vu un de mes amis après qu’il eut été torturé par les Irakiens. Il a 22 ans mais on dirait un vieillard. Les Irakiens lui ont plongé la tête dans un bassin, jusqu’à ce qu’il soit presque noyé. Ils lui ont arraché les ongles. Ils lui ont fait subir des chocs électriques sur les parties sensibles de son corps ». Rien de tout cela n’a existé, cependant cela aurait pu avoir lieu, n’est-il pas vrai ? Dans certains cas l’imagination n’est pas plus authentiquement réelle que la terne et peu exaltante réalité ?

 

(3) De sinistres clichés de cadavres d’enfant sont en effet exhibés par tous les médias, qui montrent des petits corps égorgés… des blessures cadrant évidemment assez mal avec les bombardements aveugles supposés être la cause de leur mort. Bémol ou bévue de la part de la prestigieuse BBC qui publiait le 27 mai sur son site, une photographie où un enfant joue à saute-mouton par dessus des rangées de cadavres emmaillotés dans des linceuls blancs. Or ce n’est pas à Houla que cette image saisissante a été capturée mais à Bagdad, le 27 mars 2003, par le photographe Marco di Lauro. Les morts sont ceux des soldats irakiens qui avaient eu le malheur de vouloir résister à la généreuse démocratisation de leur pays par la troupe yankee. Anecdote qui prouve au moins une chose : pour la presse à sensation, « tout faisant ventre », les rédacteurs sont prêts à publier n’importe quoi pourvu que cela illustre leur propos « dans le bon sens ».

 

(4) Le 22 décembre 1989 Tanjug titrait « 4 632 cadavres » victimes des émeutes des 17 et 19 décembre « soit par balles soit par baïonnette ». Information aussitôt reprise par l’AFP « 7 614 manifestants fusillés par la Securitate ». Dans Libération l’ineffable Serge July exultait « Boucherie : Timisoara libéré découvre un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés, terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection ». Le 4 janvier 1990 le même journal revoit déjà le bilan à la baisse « 689 morts en Roumanie, dont 90 et 147 à Timisoara ». Bien entendu, lorsque la vérité éclatera, Timisoara zéro mort, les médias se montreront d’une discrétion exemplaire : le 30 janvier, le Figaro admet finalement que les morts complaisamment exposés devant les caméras provenaient du cimetière municipal et/ou de la morgue locale.

 

(5) AFP 9 juil. 2004 – Patrick Le Lay, Pdg de TF1 dans « Les dirigeants face au changement » nous explique comment rendre le cerveau du Konsommateur réceptif et malléable : « Le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit… Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».

 

(6) En fait, les enquêteurs finnois ne sont pas parvenu à savoir si les victimes étaient des civils ou non, si elles originaires de Račak, ni où elles avaient été réellement tuées [Berliner Zeitung 6 janv. 2001]. Un unique corps montrait des traces d’exécution, et rien n’indiquait que certains aient été mutilés. Ces conclusions ont été disponibles à partir de juin 2000 soit un an après l’écrasement de la Fédération yougoslave sous les bombes de l’Otan, et apparemment aucun journal américain ne les a jamais évoquées.

 

(7) Cf. Balkans Info n°138 déc. 2008. De nombreux articles se montrent sceptiques à l’égard de la version des faits mise en avant par le proconsul américain des Balkans, William Walker, ainsi Le Figaro le 20 janv. 1999 s’interroge-t-il « Nuages noirs sur un massacre », cela à l’instar du Monde le 21 janvier : « Les morts de Račak ont-ils réellement été massacrés de sang-froid ? ». L’allemand Berliner Zeitung signale le 13 mars que les gouvernements allemand et italien souhaitaient que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, se débarrassât de l’encombrant William Walker. Ceci après des contrôleurs de l’OSCE au Kossovo eurent établis que les corps de Račak n’étaient pas – comme le prétendait Walker – les victimes d’un massacre de civils par les Serbes mais ceux de rebelles de l’UCK tués au combat.

 

(8) L’événement cinématographique de vendredi 25 mai à Cannes aura été, en marge de la sélection officielle de navets, la montée des marches d’ex-rebelles libyens de deux résistants syriens le visage caché par le drapeau de la Syrie libre et les yeux dissimulés derrière des lunettes noires, venus assister à la projection du « Serment de Tobrouk » opus documentaire de M. Henri-Lévy. Lequel demandant au jury festivalier de juger le film avec « un regard à double foyer : le regard d’une guerre gagnée et le regard d’une tragédie en cours ». Tout un programme ! À Paris seule une vingtaine de personnes ont daigné se déplacer pour occuper les 584 sièges de la salle A du MK2 Bibliothèque. Parmi les personnalités présentes figuraient Monique Canto-Sperber, ex-directrice de l’École Normale Supérieure, Romain Goupil, ancien chaud partisan de la guerre d’Irak, Ofer Bronstein et Christophe Ono-Dit-Biot, directeur adjoint du Point.

 

(9) On lira avec curiosité et intérêt « Sueur de Sang », recueil de nouvelles de Léon Bloy, daté de 1893, faisant une large place à l’expression d’une haine totale de l’ennemi. Fait assez paradoxal chez ce grand chrétien qui fut cependant, aussi et avant tout, un homme à l’imagination fiévreuse.

 

(10) Le chef des observateurs onusien, le général norvégien Robert Mood, a indiqué qu’au moins 108 personnes avaient trouvé la mort à Houla, atteintes par des éclats d’obus ou tuées à bout portant, dont 49 enfants et 34 femmes. Au terme de l’enquête préliminaire des NU, la majorité des victimes ont été exécutées. Fait à tel point incontournable que France2 mardi 29 signalait que « la plupart des morts n’avaient pas été victimes de bombardements, mais tués par des armes individuelles dans leurs demeures. »

 

(11) AFP 29 mai – La Russie demande à l’Onu de mener une enquête objective et impartiale sur le massacre qui a fait 108 morts et environ 300 blessés à Houla

 

(12) Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Espagne, États-Unis, Canada, Australie, Bulgarie, Suisse.

 

(13) RIA Novosti

 

 

Géostratégie

 

Léon Cmaus

Par ileridefense - Publié dans : Syrie
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 09:27

Dans la presse généraliste comme dans les webzines technologiques, les titres sensationnalistes font presque penser à un « armhackeddon » : Massive cyberattack discovered… Flame prend la relève de Stuxnet et Duqu… Flame on the cyberwarfare horizon… Flame, une nouvelle étape dans la cyberguerre


Ne blâmons pas trop les rédactions : en qualifiant Flame de cyberarme (cyberweapon), la firme cybersécuritaire Kapersky a allumé cette mèche à des fins essentiellement infomerciales mais n’a guère surpris les afiocionados de la cybersécurité habitués à ses coups d’éclat depuis les affaires Stuxnet et Duqu.

Tremblez, cybernautes! Le mal est à vos portes. Mais nous l’avons isolé. Achetez nos vaccins!

 

Il ne restait plus qu’à asséner l’horrible vérité : le ver Flame – qui apprécie particulièrement les industries iraniennes – ne peut être que l’oeuvre d’un Etat ou de hackers lourdement financés et appuyés.

Un bonheur ne venant jamais seul, le vice-premier ministre israélien Moshe Yaalon montra les crocs – dans le sillage immédiat de Kapersky – en affirmant que « celui qui voit la menace iranienne comme une menace importante est susceptible de prendre diverses mesures, y compris celle-ci. […] Israël est en pointe dans les nouvelles technologies et ces outils nous offrent toutes sortes de possibilités. »

Info ou intox ? Peu importe. Le cyberstratégiste du dimanche peut enfin regarder vers les Etats-Unis, pointer Israël du doigt et aboutir à l’équation ultime : Flame = Stuxnet = CIA + Mossad vs. Iranium.

Ne passons pas à côté des choses simples.

De nombreux blogs et webzines de cybersecurité tels que Securelist, Si Vis Pacem, eConflicts, Eric Filliol (Atlantico), Informationweek, The Register, Darkreading et CrySys ont rapidement offert leurs très instructifs éclairages sur la réalité technique de Flame.

Ce malware n’est guère destiné à nuire ou à « cyboter » un système de contrôle industriel (SCADA) comme le ferait Stuxnet, c’est d’abord et surtout un remarquable couteau suisse de cyberspionnage conçu pour cibler des ordinateurs/serveurs particuliers et pour dérober leurs informations sensibles (authentifications, propriété intellectuelle, données industrielles/commerciales, etc).

Flame n’est donc pas une cyberarme ou un outil de cyberguerre, et ce, quand bien même une opération plus sournoise ou plus agressive serait précedée d’une longue campagne d’espionnage.


Grâce à son architecture modulaire, il intègre une multitude de fonctions et de modes opératoires, s’auto-duplique et se propage furtivement via des emails piégés (de spear-fishing ou hameçonnage), l’Internet, les clés USB, les réseaux locaux, et combine les fonctions de très nombreux malwares et procédés (botnet C&C, Remote Access Tool) couramment utilisés dans le cybercrime et dans le cyberespionnage.

Sa complexité intrinsèque explique probablement sa lourdeur inhabituelle (20 Mo au lieu de 50 Ko maximum pour un ver classique), évoque celle de Stuxnet ou de Duqu (malgré d’énormes différences programmatiques) et incite à penser que des moyens techniques et financiers conséquents (hors de portée des hackers conventionnels) ont été consacrés à son développement.


La prolifération de Flame dans les industries énergétiques de plusieurs pays du Moyen-Orient n’implique pas nécessairement que ses « commanditaires » aient ciblé l’Iran ou qu’il soit supervisé par Israël ou par les Etats-Unis.

Toutefois, si j’étais la main invisible derrière Flame, je ferais en sorte que Tel-Aviv ou Washington (et pourquoi pas Pékin ?) soit tacitement accusé par tous. Si j’étais l’Amérique ou Israël, je ne refuserais guère que l’opprobe internationale m’attribue – à tort ou à raison – une opération clandestine aussi brillante que malveillante… qui effrayerait de surcroît mes ennemis potentiels ou réels.

Dans les deux cas de figure, j’aurais réussi mon opération psychologique car les médias et les analystes en cybersécurité regarderont dans de multiples directions sans jamais trouver la bonne.

Charles Bwele, Electrosphère

Par ileridefense - Publié dans : cyberguerre
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 09:20

AFP - Quinze missiles Mistral, alors interdits à la vente, figuraient au sein de l'arsenal de l'armée rwandaise, à la veille du génocide, indique un document de l'ONU, versé jeudi au dossier d'instruction sur l'attentat contre le président Habyarimana, affirme Libération.
             
La liste révélant la présence de ces missiles sol-air de fabrication française -- découverte par une journaliste britannique dans les archives de l'ONU -- a été remise jeudi aux juges Marc Trévidic et Nathalie Poux par les avocats des personnalités rwandaises mises en examen dans cette affaire par le juge Bruguière en 2006, précise le quotidien dans son édition à paraître vendredi.
             
Jeudi marquait l'expiration du délai offert à toutes les parties civiles pour commenter ou contester une expertise balistique rendue publique le 10 janvier. Celle-ci avait orienté l'enquête vers des tirs de missile depuis le camp de Kanombe, alors aux mains de l'armée, sans désigner les auteurs possibles de cette attaque.
             
L'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Habyarimana est considéré comme le déclencheur du génocide rwandais, qui en cent jours a coûté la vie à 800.000 personnes selon l'ONU.
             
Le gouvernement rwandais soutient depuis 2009 que les tirs sont partis du camp militaire de Kanombe, importante base des Forces armées rwandaises (FAR, loyalistes), jouxtant l'aéroport et la résidence présidentielle au sud-est.
             
L'enquête française conduite initialement par le juge Jean-Louis Bruguière avait abouti à l'inverse au lancement en 2006 de mandats d'arrêts contre des proches du président Kagame qui dirigeait en 1994 la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR).
             
Depuis 1994, les anciens officiers rwandais inculpés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda n'ont cessé d'affirmer qu'aucun des leurs ne pouvait être mêlé à cet attentat car ils ne possédaient pas de missiles, rappelle Libération.
             
Selon le quotidien, la présence de ces armes dans les stocks de l'armée rwandaise à la veille du génocide ne confirme ni ne contredit l'enquête en cours du juge Trévidic. Elle n'est qu'un élément qui incite à se poser des questions "sur l'enfumage constant de ce dossier", comme le souligne Bernard Maingain, l'avocat des officiels rwandais mis en examen, cité par le quotidien.

Par ileridefense - Publié dans : Afrique
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 09:15

Il y a des décisions qui sont parfois incompréhensibles. Ainsi, en novembre 2011, une étude a recommandé au gouvernement norvégien de conserver une capacité sous-marine.

Récemment, le ministre norvégien de la Défense, Espen Barth Eide, a, le 25 mai, confirmé ce choix. « Je ne pense pas que la Norvège cessera jamais d’avoir sa propre flotte sous-marine, parce que nous avons de grandes zones maritimes et que la Russie est un voisin. Nous avons 2 millions de km² de mer à surveiller, en dehors de la mer du Nord » a-t-il déclaré.

Mieux même : alors qu’il est question de « défense intelligente » (comprendre, mutualisation des capacités) au sein de l’Otan, le ministre norvégien a écarté toute idée de fusion de flottes sous-marines des pays scandinaves.

Autrement dit, et comme il s’agit de protéger les gisements d’hydrocarbures dans le grand nord, Oslo entend garder la main-mise sur sa flotte sous-marine. Dans 3 ou 4 ans, le gouvernement norvégien aura donc à se prononcer sur l’avenir de cette dernière et devra trancher entre 3 solutions.

La première consisterait à moderniser une nouvelle fois les 6 sous-marin de classe Ula actuellement en service au sein de la marine norvégienne. La seconde viserait à acquérir de nouveaux submersibles, le Scorpène de DCNS, l’A26 suédois et les U-212/214 allemands étant de possibles candidats. Enfin, la dernière est un mélange des deux précédentes.

Alors pourquoi parler de décision difficilement compréhensible? Eh bien malgré la volonté d’Oslo de garder ses sous-marins, il a été décidé de mettre en vente la seule base sous-marine située dans le Grand Nord, alors même que la Norvège entend y accroître sa présence militaire.

Cette base, conçue pour résister à une attaque nucléaire, compte 13.500 m2 de bâtiments, un grand quai, un dépôt de carburant, des tunnels, un système d’alimentation d’urgence, un bassin en eau profonde. Bref, tout ce qu’il faut… Au fil des ans, 128 millions d’euros y ont été dépensés (certes, grâce à des financements de l’Otan).

Par ileridefense - Publié dans : Occident
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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 14:32

Dans un entretien accordé à FRANCE 24, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad se dit "déçu" par les massacres commis en Syrie mais met en doute la responsabilité du régime de son allié Bachar al-Assad.

Au cours d’une interview accordée à FRANCE 24, le président de la République islamique d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad, a commenté la situation en Syrie, condamnant notamment le massacre de Houla qui s'est produit la semaine dernière, tout en mettant en doute l'implication du régime de son ami Bachar al-Assad.

"Nous sommes très fortement sensibles et déçus", a-t-il assuré. "C’est le droit de tout peuple d’être libre, y compris le peuple syrien. Dès qu'une personne meurt c'est terrible, et surtout dans les conditions où c'est arrivé, dans le massacre...", a-t-il ajouté faisant allusion à la tuerie de Houla. Samedi 26 mai, 108 corps - majoritairement des femmes et des enfants - ont été retrouvés dans cette petite ville du centre de la Syrie située à quelques dizaines de kilomètres de Homs.

Le président iranien a néanmoins émis des doutes sur une éventuelle implication du gouvernement syrien dans le massacre de Houla. "Il existe des commissions dont le travail est d’examiner la situation. Il me paraît incroyable qu’un gouvernement puisse tuer son propre peuple ", a-t-il dit.

Soutien moral ou approvisionnement en armes ?

L'Iran a apporté son soutien au plan de paix défendu par Kofi Annan, l'émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe en Syrie. "C’est la meilleure solution pour sortir de cette situation", avait déclaré un porte-parole du gouvernement iranien il y a quelques semaines. Mais au cours de son entretien avec FRANCE 24, Mahmoud Ahmadinejad a, à plusieurs reprises, condamné “les interventions étrangères dans la région” et s’est demandé ce qu’envisageaient les gouvernements occidentaux en Syrie.

Alors que les initiatives internationales se multiplient pour faire cesser le bain de sang en Syrie, les gouvernements occidentaux accusent l’Iran d’assurer l’approvisionnement en armes du régime de Bachar al-Assad. De leur côté, les autorités iraniennes ont toujours affirmé qu’elles n’apportaient qu’un soutien moral à la Syrie.

Sur l'antenne de FRANCE 24, Mahmoud Ahmadinejad a assuré que l’Iran entretenait des "relations parfaitement normales" avec la Syrie. "Nous sommes en faveur de la protection des droits de l’Homme", a-t-il déclaré.

Le nucléaire, un droit selon Ahmadinejad

Par ailleurs, le président iranien a défendu le programme nucléaire de son pays. "Selon le droit international, l’Iran a le droit d’enrichir l’uranium à 20 %", a-t-il déclaré, assurant une nouvelle fois que son pays n’avait pas l’intention de se doter d’une bombe. Ces déclarations coïncident avec la reprise des discussions, longtemps suspendues, avec les six grandes puissances sur la question du nucléaire iranien. À l’issue d’une réunion cruciale à Bagdad la semaine dernière, les pays impliqués dans ces pourparlers ont accepté une nouvelle réunion en juin à Moscou.

"Je ne m’attends pas à un miracle à cette prochaine réunion à Moscou", a cependant affirmé le président iranien au journaliste de FRANCE 24 Marc Perelman. Tout en affirmant le droit de l’Iran d’enrichir l’uranium à 20 %, il a laissé entendre que son pays pourrait envisager un arrêt de cet enrichissement en échange de concessions "significatives" de la part des grandes puissances. "Si les grandes puissances ne veulent pas que nous puissions bénéficier de ce droit, ils doivent nous expliquer pourquoi. Ils doivent également nous dire ce qu’ils sont prêts à donner au peuple iranien en échange", a affirmé Mahmoud Ahmadinejad, tout en refusant de détailler ce que pourrait accepter son gouvernement.

 

FRance 24

Par ileridefense - Publié dans : Asie
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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 14:31

La Russie et la France mènent à Mourmansk (nord) des entretiens portant sur l'organisation d'exercices navals conjoints "Passex" en mer de Barents prévus en juin, a annoncé lundi le porte-parole de la flotte du Nord russe Evgueni Kirillov.

"Les représentants de la flotte du Nord et l'attaché de Défense française en Russie Eric Fournaud discuteront de du programme des manœuvres. Les parties se mettront d'accord sur l'approvisionnement de la frégate française "De Grasse" en eau douce et en vivres ainsi que sur l'organisation de manifestations culturelles pour l'équipage de la frégate à Severomorsk", a indiqué le capitaine de frégate Kirillov.

La frégate anti-sous-marine De Grasse fera une escale au port de Severomorsk, base navale centrale de la Flotte du Nord russe, du 11 au 15 juin prochains. Les exercices russo-français Passex marqueront la fin de sa visite. Ils se tiendront en mer de Barents et près de la sortie de la baie de Kola.

Les marins russes et français s'entraîneront notamment à échanger les données tactiques, à effectuer des manœuvres conjointes, à repousser les attaques de petits navires rapides.

La Russie et la France ont tenu les exercices Passex précédents en France, en 2010. La Russie y a dépêché le croiseur nucléaire lance-missiles lourd Petr Veliki, qui a fait une escale à Brest, base principale de la Marine française sur l'Atlantique.

Par ileridefense - Publié dans : Russie-CEI
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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 14:29
L'Azerbaïdjan aurait déjoué une attaque terroriste visant l'Eurovision

Le Palais de Cristal a acceuilli l'Eurovision, le 26 mai dernier à Bakou, en Azerbaïdjan.

REUTERS/Osman Karimov

Le régime azerbaïdjanais affirme avoir déjoué plusieurs attentats terroristes dont un visait la soirée de l'Eurovision le 26 mai dernier. 

Voilà qui aurait animé la soirée de l'Eurovision de manière bien peu conventionnelle. Les autorités azerbaïdjanaises affirment avoir déjoué une attaque terroriste visant le concours de l'Eurovision, le 26 mai dernier. 40 suspects menés par des chefs rebelles du Caucase russe auraient été arrêtés, et des armes ainsi que des explosifs auraient été saisis. 

Les terroristes auraient eu pour cible le Palais de Cristal de Bakou, où se déroulait l'Eurovision, des postes de police, des hôtels luxueux, des lieux de culte et le président Ilham Aliev. D'après le ministère de la Sécurité nationale, "leur but était de créer une atmosphère d'anarchie et la panique dans la population". 

Les services de sécurité auraient arrêté les membres présumés du groupe au cours d'opérations séparées à Bakou, dans les villes de Ganja et Soumgaït ainsi que dans plusieurs régions du pays, ajoute le ministère sans préciser la date des arrestations. Certains membres du groupe ont résisté et ont été tués, selon le même ministère. 

Le régime azerbaïdjanais, régulièrement critiqué sur les questions de droits de l'Homme et de l'opposition, a tenter de profiter de l'Eurovision pour promouvoir l'ex-république soviétique de la Caspienne connue surtout pour ses larges réserves de pétrole. 

Avec

Par ileridefense - Publié dans : Russie-CEI
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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 19:22

Ce photo reportage d’Alexandre Mouthon, réalisé à la veille des élections nationales turques de juin 2011, tente de saisir l’esprit des lieux à travers les dynamiques qui sont à l’œuvre au Kurdistan turc. L’auteur croise ici sa lecture de géographe et son coup d’oeil de photographe. Il nous emmène ainsi avec lui au Kurdistan turc.

L’ESPACE d’observation géographique s’articule ici autour de trois villes et d’un village, en treize photographies de territoires. Quatre espaces aux fortes revendications identitaires territoriales qui participent aux enjeux géopolitiques de la région.

Hasankef, le village en sursit. Mardin, entre le Tigre et l’Euphrate, vigie de la frontière syrienne. Sanliurfa, la ville sacrée, seule cité du Sud-Est à être connectée par autoroute à l’Ouest du pays, jouant ainsi son intégration plus réticulaire qu’identitaire. Et Diyarbakir, la rebelle, la capitale culturelle du Kurdistan à la croissance effrénée.

Voici le village citadelle et troglodyte d’Hasankef, sur la rive Ouest du Tigre. Il est devenu ces dix dernières années un étrange produit politico-marketing. Les stambouliotes et l’opinion publique de l’Ouest de la Turquie continuent dans sa grande majorité à penser qu’il est préférable de ne pas se rendre à la marge sud-est de leur pays depuis la guerre civile (1985-1999), dans la région du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, séparatiste, enclin à la violence, accusé de terrorisme par Ankara et déclaré illégal.

Le village, un des berceaux millénaires de l’histoire du Kurdistan et fief symbolique de la lutte du peuple Kurde, devait et devrait disparaître, comme d’autres - une quarantaine environ - sous les eaux de retenues du barrage d’Ilisu prévu pour 2013, engloutissant ce site archéologique et tout la région, de Batman, la métropole régionale mono industrielle (industrie pétrolière) à Midyat, proche de la frontière syrienne. L’irrigation du Sud-Est anatolien par les barrages et les lacs de retenus du vaste projet GAP (Güneydogu Anadollu Projesi) de mise en valeur énergétique et agricole du sud-est anatolien, lancé depuis plus de trente ans est réalisée à environ 70%.

Avec le barrage de Cizre, à la frontière syro-irakienne, l’armature de l’aménagement hydraulique du Tigre turc serait presque complète, permettant ainsi à Ankara de contrôler totalement le débit du fleuve et d’accentuer sa pression sur la Syrie et l’Irak, dépendants en aval de ses eaux, tout en irrigant un vaste périmètre à la frontière. Et de faire taire un peu plus la culture Kurde au passage. En 2009, les bailleurs de fonds européens (dont la BNP Paribas) se seraient retirés les uns après les autres du projet face à sa controverse. Des associations et des ONG sont entrées dans le bras de fer, d’autant que les habitants ont décidément tout à gagner à faire la Une, le plus longtemps possible, puisque le site est potentiellement classable par l’Unesco. Les villageois ne se font pas vraiment d’illusions et profitent simplement de la valeur ajoutée qu’ils peuvent tirer de la situation. Une rumeur laissait entendre en 2009 qu’un accord tenu secret pour le moment aurait été signé avec le Ministère des Affaires Etrangères allemand en vue de l’obtention d’un crédit. Trois jours avant notre venue, une voiture de la police fut prise pour cible dans la rue de Hasankeyf. La voiture brûla mais les policiers réussirent à s’échapper dans la foule.

Nous sommes à quatre-vingts kilomètres de la Syrie, à mi-chemin se trouve Mardin. Tout au long de la frontière court une route Est-Ouest qui se prolonge vers l’Irak. Pour le moment une autoroute partit d’Adana arrive jusqu’à Sanliurfa et ses vastes périmètres irrigués.

Le pays a connu une croissance économique soutenue les cinquante dernières années, de l’ordre de 3% par an en moyenne. En parallèle, le poids de la population urbaine dans la population totale n’a cessé d’augmenter pour atteindre 67% en 2005 et ainsi se rapprocher des 75% des pays dits développés comme la France. De 1950 à 2000, la croissance des populations citadines atteint 4,7% en moyenne. Cette croissance est ralentie depuis les années 1990 car la fécondité diminue, environ 2,1 enfants par femmes en 2008. L’exode rural est encore fort, ceci étant il subsiste encore en Turquie près de 45% de la population active dans l’agriculture. Ce pays fait parti des rares Etats à être en autosuffisance alimentaire. Le pays représente environ 1% de la population mondiale avec 73,6 millions d’habitants mi-2010.

Dans ce tableau, le Kurdistan a longtemps fait figure d’espace « en retard » de développement, peu industrialisé et mal connecté. Pendant la guerre civile, l’exode rural fut massif, les campagnards venant chercher refuge en ville. En 1992, Ankara a lancé une vaste opération de destruction des villages kurdes. En quelques années, cette politique de terreur a entraîné l’exil forcé des populations rurales. Ces quinze dernières années, la fécondité a diminué de près de 20% parmi la population kurde (politiques de planning familial et amélioration des services de santé).

En pleine période électorale, les meetings de l’AKP en terre kurde sont primordiaux. Le Premier ministre, M. Recep Tayyip Erdogan, et son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement, de tendance islamiste modéré), au pouvoir depuis sa victoire de 2002, est présenté comme « la rébellion des pauvres, des désespérés, des silencieux et des exploités ».

Accrochée au-dessus de la plaine aride, la vieille cité citadelle de Mardin et ses minarets fixent au sud la Syrie toute proche et le monde arabe qui gronde. Devant l’agence locale de l’AKP, des mulets sont attachés. Les enfants jouent aux cerfs-volants sur les toits, en contre bas de la forteresse. Un site de contrôle aérien qui fut très actif pendant la guerre civile, l’armée s’organise aujourd’hui pour le quitter. Dans les années 1990, le PKK attaqua la base de Mardin.

Depuis 1999, année de l’arrestation d’Abdullah Öcalan au Kenya, le leader du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan fondé en 1978 et qui change de nom en 2002 pour devenir le Congrès pour la liberté et la démocratie du Kurdistan, le Kadek), les kurdes conquièrent, petit à petit, de nombreuses mairies du sud est anatolien. La mairie de Mardin est aux mains de l’AKP depuis 2009, date des dernières élections, jusqu’en 2014. Mais ici, ce sont les élections législatives du 12 juin 2011 que les Kurdes attendent. En 2007, le parti pro-kurde DTP (parti pour une société démocratique fondé en 2005) place 22 députés. L’assemblée compte 550 membres élus pour un mandat de cinq ans à la proportionnelle. Pour qu’un parti soit représenté au Parlement, il doit présenter un candidat dans au moins la moitié des provinces de la Turquie, il doit par ailleurs obtenir un minimum de 10% des voix au niveau national. Ce qui est interprété comme un barrage antidémocratique exclu d’emblé le DTP qui doit pour le contourner présenter ses candidats comme « indépendants ». En 2009, la Cour Constitutionnelle interdit le DTP. Le BDP (le parti pour la paix et la démocratie) le remplace derechef. En 2003, les autorités avaient déjà interdit le parti pro-kurde Hadep créé en 1994. Le 21 avril, des manifestations ont éclaté après que le Haut Conseil Electoral ait invalidé la candidature de 7 candidats du BDP sur 66. La population kurde est en général estimée à quinze million de personnes. Il existe une controverse qui porte sur la comptabilisation des enfants nés de couples mixtes, nombreux.

Deux cents kilomètres séparent la plaine de Mardin-Ceylampinar de celle de Urfa-Harran à l’Ouest. Cette Haute Mésopotamie aride est devenu un gigantesque périmètre irrigué. De l’immense retenue d’eau du complexe organisé autour du barrage Atatürk sur l’Euphrate partent deux canaux. L’un, encore inachevé, irrigue la première plaine, le second, un des plus grand du monde, abreuve « Urfa la Prospère » qui est devenu le centre des plateaux irrigués par le GAP. La cité, grosse de cinq cent mille âmes, polarise alentour et s’étale. À Urfa, il y a soixante-dix pour cent de Kurdes, vingt pour cent d’Arabes et dix pour cent de Turcs.

L’avocat Bekir Eren, issu d’une vieille famille locale, se présente pour la première fois aux élections législatives avec l’AKP. Il va être élu, mais ne le sait pas encore. Urfa est plutôt conservatrice, de ce fait beaucoup de kurdes votent AKP. Urfa votera à 70% AKP le 12 juin 2011. Il préférera vanter l’avancement du GAP et l’héritage mésopotamien qu’aborder les revendications kurdes. Un grand nombre de journalistes et de photo reporters sont régulièrement arrêtés.

La route longe l’immense barrage-réservoir Atatürk, huit cent dix-sept kilomètres carrés. Il faut basculer à nouveau dans le bassin versant du Tigre. Évoquer les murailles de basalte noir de Diyarbakir fait encore frissonner nombre de turcs. La cité bénéficie moins qu’Urfa des bienfaits du GAP. Est-elle trop rebelle ? L’agglomération compte près de un million d’habitants, 90% de Kurdes et 10% de Turcs. Sa croissance a été fulgurante, alimentée par l’exode rural forcé des réfugiés de la guerre civile et du conflit irakien de 1991. Lorsque nous étions à Hasankef, quatre rebelles du PKK ont été assassinés à Tunceli, dans la vallée du Haut-Euphrate. En réaction, à un mois des élections, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Diyarbakir. La rumeur souffle le chiffre de cent mille.

La lecture urbaine de Diyarbakir est aisée. Deux avenues qui se coupent à angles droits, larges, modernes, commerçantes et embouteillées : le plan est Romain. De part et d’autre un entrelacs de ruelles délabrées donne à la vieille ville un air triste de bidonville. Les ordures ménagères - quand elles n’infestent pas les recoins - sont déversées dans le Tigre. Des vendeurs de légumes à la criée parcourent les étroits passages avec des charrettes à bras remplies de concombres. Les enfants sont livrés à eux-mêmes. En ce lieu s’entassent les familles kurdes les plus pauvres arrivées des campagnes.

L’afflux n’est pas encore terminé, mais les raisons ne sont plus les mêmes. Pendant la guerre civile, ils fuyaient selon le schéma d’urgence classique qui assigne à la Grande Ville le rôle du refuge le plus sûr. Dans le même temps, la croissance urbaine fournissait aux familles de la classe moyenne résidant encore au centre la possibilité de s’installer à la périphérie dans des cités flambant neuves disposant des standards européens en termes de confort et d’infrastructures.

Aujourd’hui, l’exode rural se poursuit, mais au rythme ralenti de migrations plus économiques que politiques. De tout cela résulte une paupérisation des quartiers centraux. Le ministère en charge du développement culturel et du tourisme, avec la participation des municipalités, s’engagent dans la restauration des somptueuses maisons traditionnelles et des caravansérails de Diyarbakir, juxtaposant à la misère et à l’insalubrité des quartiers, des îlots muséographiques et des maisons de thé pour la jeunesse branchée et l’intelligentsia locale.

Les résidences fraîchement achevées alternent avec les squelettes des bâtiments en cours. Dans les interstices, les accès sont encore en terre, il n’y a pas d’arbres, on marche dans la boue. Les animaux de basse-cour rappellent que l’agriculture est partout dans et hors les murs de la ville. Des maisons neuves de trois étages poussent sur n’importe quelle colline. Les silhouettes inachevées de coopératives immobilières spéculatives ou en manque de fonds mitent aussi le paysage.

En juin 2011, trente-six députés kurdes ont été élus au Parlement contre vingt-deux précédemment. Des fraudes massives et violations des droits de vote ont été constatées.

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Bibliographie

Hamit Bozarslan, Conflit kurde, Paris, Autrement, coll. Monde, 2009.

Colloque du GDR International du CNRS DREEM, Inégalités et développement dans les pays méditerranéens, Université Galatasaray, Istanbul, 21-23 mai 2009. « Urbanisation, inégalités urbaines et développement en Turquie », Maurice Catin et Abdelhak Kamal, LEAD, Université du Sud Toulon-Var.

Bernard Dorin, Les Kurdes, destin héroïque, destin tragique, Paris, Lignes de repères, janvier 2005.

Niels Kadritzke, « La société turque entre l’armée et les islamistes », Le Monde diplomatique, janvier 2008.

Wendy Kristianasen, « En Turquie, une victoire ambiguë » Le Monde diplomatique, juin 2011.

Delphine Nerbollier, « Les Kurdes dénoncent un complot d’Ankara », Le Temps, 21 avril 2011.

Olivier Piot, « Comment Ankara étouffe l’opposition kurde », Le Monde diplomatique, janvier 2008.

Par ileridefense - Publié dans : Asie
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